JD-Larnicol J-LeBrun

LARNICOL Jean-Désiré, né le 20-4-1909 à Treffiagat.

JeanDesireLarnicolPensionné à 100 % de la Marine nationale , Jean-Désiré Larnicol adhère en 1931, au Secours Rouge Interna­tional. Elu maire de Treffiagat en 1935 sur une liste d’Union populaire (Plus jeune maire de France), il est alors convaincu par Alain Signor de rejoindre le PCF. Il crée cet année-là la cellule de Lechiagat-Treffiagat dont il assume le secrétariat.
Membre du comité régional (Finistère-Morbihan) du P.C.F. dès 1936, membre du bureau régional de 1936 à 1939. il a une grande activité dans le Sud-Finistère et particulièrement en Pays Bigouden. En fin de 1939, il participe à la réorganisation du P.C.F dans la clandestinité après son interdiction par le gouverne­ment Daladier . Il prend part aux premières réunions clandestines du bureau régional dans les jours qui ont suivi la mise hors la loi du Parti, et par la suite, à celles qui se tinrent jusqu’à l’arrestation du secrétaire régional Alain Signor. Une autre structure clandes­tine fut alors mise en place.

Dès les premiers jours de l’occupation allemande, le P.C.F. entre dans la Résis­tance et J-D. Larnicol commence sa tâche de propagandiste résistant, diffusant les journaux, les tracts clandestins du P.C.F., du F.N ., etc. En début de 1941, il est con­tacté par l’interrégional du Parti, Robert Ballanger pour la création, en Pays Bigou­den, de groupes de l’O.S. du P C. (O.S. : Oganisation Spéciale pour la protection, le sabotage et la lutte armée) . J.-D. Larnicol participe au tirage, sur une ronéo (petite machine à imprimer de bureau), de tracts et de petits journaux locaux ou à des retirages locaux de « La Bretagne Ouvrière, Paysanne et Maritime », l’hebdomadaire régio­nal communiste, interdit en 1939 et qui reparaît clandestinement depuis mars 1941, en édition finistérienne à Lehan (v. Jean Le Coz).

En 1942, J. D. Larnicol réussit à convaincre et rassembler quelques camarades et réalise avec eux un des plus brillants faits d’armes de la Résis­tance finistérienne, à savoir la récupération d’armes en provenance d’Angleterre, dépo­sées aux Glénan par le navire « l’Auda­cieux» de Michel Bolloré et ramenées, en grande partie, à Léchiagat par Guillaume Bodéré et Jean Baudry. Cet armement est alors livré aux FTPF qui en manquaient cruellement.
A la suite d’une descente de police menée conjointement par la gestapo et la police française, tous ces Résistants, pour des raisons de sécurité doivent entrer en clandestinité. Malheureusement, Jean Baudry sera arrêté à son retour de pêche et fusillé un peu plus tard au Mont-Valérien. Jean-Désiré Larnicol, quant à lui, quitte la région et se rend à Paris. Il y rencontre R. Ballanger qui lui confiera de nouvelles tâches. C’est ainsi qu’il participera en 1944 aux com­bats pour la Libération de la capitale. En septembre 1944,il retourne au Pays Bigouden enfin libéré et reprend ses activités militantes au sein du PCF notamment.

Secrétaire de la section communiste du Guilvinec, pendant une vingtaine d’années et trésorier fédéral du Finistère du P.C.F. de 1953 à 1966. Aux élections municipales de 1945, sa liste est battue par une coalition SFIO-MRP , mais dans le même temps J.D Larnicol est élu conseiller général du canton de Pont-L’Abbé de 1945 à 1949.
Plus tard, Il sera réélu au conseil municipal de Treffiagat en 1965 et 1971 ainsi que Guillaume Bodéré et Jean Le Coz

Outre ses activités politiques , Jean-Désiré Larnicol fut aussi un ardent défenseur de l’Enseignement public. Dès son accession à la Mairie de Treffiagat , il crée une école maternelle à Léchiagat (quartier maritime de Treffiagat) et met sur pied une Amicale laïque. Au plan départemental, il milite au sein du Comité départemental d’Action Laïque du Finistère dont il va assumer la présidence durant de longues années. Son activité militante pour la défense de l’Ecole publique lui a valu une haute distinction conférée par La Ligue de l’Enseignement.

SOURCES : La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime. — L’Action laïque du Finistère. — Notes autobiographiques. — Eugène Kerbaul, 1 270 militants du Finistère (1918-1945), Bagnolet, 1985 ; Complément, 1986. — Biographie complétée et mise en forme par Jean Kervision


LE BRUN Jean (1905-1983)
LeBrun_JeanNé le 1er mars 1905 et décédé le 2 décembre 1983 au Guilvinec (Finistère) ; officier de marine marchande ; résistant et déporté ; conseiller municipal (1947-1965) puis maire du Guilvinec (1965-1983) ; candidat suppléant du PCF aux élections législatives de juin 1968 dans la circonscription de Quimper.

Son père Jean Marie Le Brun, marin, épousa Mlle Maréchal, ménagère. Ayant reçu une formation de radio à L’Abri du Marin, puis à l’école des radios de la marine, Jean Le Brun quitta Le Guilvinec en 1935 et s’engagea à la pêche à Boulogne-sur-Mer à bord des grands chalutiers. Membre du PC boulonnais dès 1935, il fut officier radio en 1937-1938 à la compagnie France-Navigation créée par le PCF pour assurer le ravitaillement en armes des républicains espagnols. Après la débâcle de 1940 il revint en Bretagne recevant l’ordre du PC clandestin de ne pas reprendre contact avec les communistes du Guilvinec. Quand la direction clandestine nationale réorganisa son réseau de radios décimé par la Gestapo, elle se tourna vers les officiers radios de France-Navigation et contacta secrètement Jean Le Brun. Tous se retrouvèrent à Paris pour mettre au point leur méthode et prendre livraison de matériel. L’épouse de Jean et leur dernier né furent du voyage malgré les difficultés de déplacement de l’époque. Le matériel radio prit place au retour parmi les affaires du bébé. Jean Le Brun reprit la pêche à la sardine au Guilvinec puis obtint un poste de répartiteur du poissons auprès des mareyeurs. Il appartenait au réseau le plus secret de toute la guerre, le Service B. Les services goniométriques de l’armée d’occupation repérant les émissions venant du Guilvinec, il fut arrêté le 12 janvier 1943 par la Gestapo. Incarcéré à la Santé, à Poissy, à Melun, à Chalons-sur Marne, puis à Compiègne, il fut déporté par les nazis au camp de concentration de Buchenwald où il devient un matricule, le N° 51801, dans le block 19. Il fit partie du groupe de protections des détenus organisés clandestinement sous la direction de Marcel Paul.
Revenu de l’enfer concentrationnaire, il reprit ses activités militantes et fut élu en 1947 au conseil municipal du Guilvinec. Il devint maire de la commune en 1965, succédant à Marc Scouarnec* qui conduisit en 1935 la liste d’union conduite enlevant 19 sièges sur 23. Jean Le Brun dirigea la commune pendant trois mandats jusqu’en mars 1983. Pendant cette période, la municipalité oeuvra au développement de la commune (école maternelle, ateliers municipaux, salle omni-sports, aménagement du collège Paul Langevin et de l’arrière-port). Jean Le Brun fut candidat suppléant du PCF aux élections législatives de juin 1968 dans la circonscription de Quimper avec Jean-François Hamon* obtenant % des suffrages exprimés au premier tour. Arrivés en tête au premier tour ils représentèrent la gauche au second tour. Louis Péron de l’Association Nationale des anciens Combattants de la Résistance, Mme Yvonne Kervarec de la FNDIRP et Jean Kervision* pour le PCF prononcèrent son éloge funèbre.

SOURCES : Notre Finistère, supplément de l’Humanité Dimanche. — Bretagne Nouvelle, hebdomadaire des fédérations du PCF de Bretagne (1968-1981). — Eugène Kerbaul, 1270 militants du Finistère (1918-1945), IRM Bretagne, 1985, 288 p. — Le Travailleur Bigouden, organe des sections du PCF du pays bigoudin, N° 110, novembre-décembre 1983. — Article de Pierre-Jean Berrou dans le bulletin municipal du Guilvinec, Ar Gelveneg. — Témoignage de Jean Kervision qui prononça son éloge funèbre.

Alain Prigent                                      2007-2015 © Copyright Maitron/Editions de l’Atelier – Tous droits réservés || Maitron – 9, rue Malher – 75004 Paris


Jean LE BRUN , radio en liaison avec Londres

Extrait d’un article «   La Résistance – La Libération au Guilvinec-Léchiagat » par Pierre-Jean BERROU publié dans le  Bulletin Municipal « AR GELVENEG » N°11 de 1996

LeBrun_Jean_radioLe futur maire du Guilvinec de 1965 à 1983 communi­qua avec Londres pendant l’occupation à la barbe des Allemands, avant d’être arrêté et déporté à Buchenwald. Ayant reçu une formation de radio à l’abri du Marin, puis à l’école des radios de la marine, Jean Le Brun quitta Le Guilvinec en 1935 et s’engagea à la pêche à Boulogne sur les grands chalutiers. Membre du PC bou­lonnais, il navigua par la suite en 1937-38 pour le comp­te d’une compagnie maritime « France-Navigation » qui participa au trafic clandestin d’armes et de vivres en faveur des républicains espagnols en lutte contre Franco. Ayant fondé une famille à Boulogne, Jean la conduisit au Guilvinec au moment du déclenchement de la guerre et seul repartit sur les chalutiers du nord.

A la débâcle de 1940 il revint en Bretagne mais selon les ordres qu’il reçut, au lieu de prendre contact avec le PC clandestin du Guilvinec , il ne se manifesta pas. Il n’était donc pas surveillé.

Quand le comité central réorganisa son réseau de radios décimé par la gestapo, il se tourna vers les offi­ciers radios de « France-Navigation » et contacta secrète­ment Jean Le Brun. Tous se retrouvèrent à Paris pour mettre au point leur méthode et prendre livraison de matériel. L’épouse de Jean et leur dernier né furent du voyage malgré les difficultés de déplacement de l’époque. Le matériel radio prit place au retour parmi les affaires du bébé. Des voyageurs insoupçonnables! Jean reprit la pêche à la sardine au Guilvinec puis obtint un poste de répartiteur du poisson auprès des mareyeurs.

Il menait une vie de « père tranquille » tout en communi­quant avec l’ambassade soviétique à Londres transmet­tant des messages secrets dont il ne connaissait pas toujours le contenu. Le poste émetteur était caché dans la cheminée après chaque émission.

Jean Le Brun appartenait ainsi au réseau le plus secret de toute la guerre, le Service B. Il recevait des ren­seignements du service de sécurité du PC et des F.T.P.

Il lui arriva de transmettre des messages pour le célèbre réseau de « L’orchestre rouge » qui communiqua via Le Guilvinec avec Staline désireux de connaître la situation à l’Ouest et l’importance de la Résistance.

Hélas les services goniométriques repérèrent les émissions venant du Guilvinec. Un jour de janvier 43, les voisins virent arriver une traction avant noire rue de la Palue. Trois agents de la gestapo cueillirent Jean Le Brun chez lui et l’emmenèrent avec son baluchon. Les Allemands ne découvrirent pas le poste émetteur et ne soupçonnèrent pas l’importance de la prise. Il semblerait même qu’il ait été condamné comme « droit commun » et non comme politique ou résistant. Après quelques mois dans les prisons françaises, il fut déporté à Buchenwald. Dans ce camp dont la direction était aux mains des communistes, Jean retrouva des amis comme Marcel Paul. Il fut affecté au petit camp où l’on accomplissait les travaux d’entretien. Il lui arriva de voir Marcel Guénolé, Henri Le Goff, Raymond Le Corre qui travaillaient dans une usine proche de Weimar. Pour rejoindre ce ­Kommando, ils devaient marcher sur 1 km en habit rayé encadré par les SS et les chiens au vu de toute la popu­lation environnante. Raymond Le Corre lui avait sem­blé déjà affecté par les sévices et les privations. Proche de la direction du PC clandestin de Buchenwald, Jean Le Brun participa à la résistance intérieure du camp qui se libéra lui-même avant l’arrivée des Américains.

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Comment fut sauvé Marcel Dassault

Témoignant d’une grande fidélité à notre Association, la famille de Marcel Dassault vient de contribuer géné­reusement à notre souscription, 64 ans après la déportation du grand ingénieur à Buchenwald .
Marcel Dassault, décédé en 1986, avait témoigné plusieurs fois de l’aide qui lui avait été apportée par le Comité des intérêts français au camp.
Aujourd’hui, nous pouvons citer ceux qui, alors qu’il était désigné pour une marche de la mort, ont fait bascu­ler son destin.

Célèbre ingénieur, constructeur d’avions. Marcel BLOCH, qui prendra le nom de DASSAULT en 1949, pseudonyme de son frère dans la Résistance est in­terné en octobre 1940, puis placé en résidence sur­veillée en avril 1941 dans le cadre du procès de Riom. Transféré à Lyon en janvier 1944, Il est déporté à Bu­chenwald le 25 août, où on lui attribue le KLB 39611, correspondant au numéro d’un déporté arrivé à Bu­chenwald le 19 janvier 1944 et décédé en février 1944 à Dora.
A Buchenwald, Marcel Bloch se trouve sous la protec­tion du Comité des intérêts français. Ce déporté qui est trop célèbre pour se cacher complètement dans l’ano­nymat de la masse des détenus est vite repéré par un ­médecin SS. Celui-ci le dénonce au commandant du camp qui informe le ministère de l’air allemand. Marcel Bloch est convoqué un jour dans une des villas à l’ex­térieur du camp où il est attendu par des représentants du ministère de l’air et du ministère du travail qui lui proposent de diriger une usine Focke-Wulf en Alle­magne. Marcel Bloch refuse et doit craindre le pire pour son sort. Quatre fois, il est cerné par les SS et destiné à l’extermination et à un départ en kommando et qua­tre fois l’organisation des Français le cache dans le camp. Pour le protéger, le Comité international lui donne notamment le matricule et l’identité d’un mort et le fait changer de Block. Le 8 avri11945, il est pris dans la foule de ceux qui seront évacués du camp par les routes à travers l’Allemagne.
Dans ses Mémoires (Le Talisman-Editions J’ai lu -1970), Marcel Dassault écrit: « Quelques jours avant la libéra­tion du camp, les allemands décidèrent de faire partir vers, l’Autriche les hommes qu’ils jugeaient valides. Je fus désigné (…) et me trouvais sur les rangs lorsqu’un homme portant un brassard qui indiquait sa qualité de policier du camp « lagerschutz », me dit: « Suivez-moi, ­vous êtes sous la protection du parti communiste. » (…)Il me conduisit dans un autre block où le tri pour le dé­part avait déjà été fait, ce qui me permit d’attendre trois jours la libération du camp. Ce policier était évidem­ment un homme du groupe créé par Manhès et Marcel Paul pour protéger les déportés français. »
Ce lagerschutz était Roger Arnould. Il était accompa­gné de Jean Le Brun. Tel est, tout au moins, le souvenir qu’en a aujourd’hui Christian, fils de Roger, quand , celui-ci lui raconta ce sauvetage.

« Dans les premiers jours d’avril (1945), des amis tra­vaillant dans l’administration du camp prévinrent l’or­ganisation clandestine de résistance qu’un groupe allait être formé une nuit suivante pour partir sur les routes.
Les responsables Français firent le point des personnes à protéger particulièrement et Marcel Paul à un moment demanda « Où est Bloch ? »… Pas de Bloch
Dans l’effervescence, sans doute, celui-ci n’avait pas été caché.
Marcel Paul envoya immédiatement deux de ses ca­marades très actifs dans l’organisation (Lagerschutz) pour tenter de retrouver Marcel Bloch. Il s’agissait de Jean Le Brun (ancien maire du port du Guilvinec, en Bretagne) et de Roger Arnould.

Ceux-ci s’intégrèrent dans la colonne qui se formait, au milieu des SS et de leurs chiens. Ils se mirent d’accord pour que l’un parte du début de la colonne et l’autre de la fin, allant à la rencontre l’un de l’autre, les yeux très grands ouverts! ~
Malgré la difficulté supplémentaire qu’ils ne connaissaient pas très bien Marcel Bloch, ils se mirent à cher­cher celui-ci.
A un certain moment 1’un d’eux (R.A.) aperçut un dé­porté, assis à terre, portant la lettre F à son matricule. Un Français donc. Il le questionna
«  Oui je suis Marcel Bloch, mais je suis seul, j’ai perdu les autres amis avec qui j’étais ».

Il est quasiment impossible de se figurer les ruses, les détours, les arrêts, les plat-ventre qu’ils ont dû faire. Le risque était énorme.

Toujours est-il que l’opération de récupération fut réus­sie. Ainsi cette nuit, Marcel Paul et ses camarades sau­vèrent-ils Marcel Bloch d’une mort certaine dans cette marche de la mort. »