Le souhaitable et le possible

La prise en compte de la société civile par Gérard Aschieri.

– ancien responsable de la FSU, membre du Conseil Economique Social et Environnemental

Il y a quelques jours, un sondage nous apprenait que 71 % des personnes interrogées sur l’avenir de la protection sociale considéraient que la priorité était la lutte contre « l’assistanat » plutôt que le développement de politiques fondées sur la solidarité. C’est un signe parmi d’autres qui confirme combien les idées-forces d’une transformation sociale sont sur le recul, sapées par la vague de l’idéologie néolibérale. Et pourtant, les arguments solides ne manquent pas, pas plus que les militants, les intellectuels et les organisations pour les porter. Je n’ai pas la prétention de donner de leçons sur la manière de remonter la pente. Je veux simplement formuler ici quelques idées que me suggère mon expérience militante.

D’abord, je pense qu‘il ne suffit pas d’avoir des analyses pertinentes, des arguments solides et des propositions justes pour emporter la conviction que des alternatives sont possibles : il faut que le souhaitable apparaisse en même temps comme possible. Pas seulement techniquement possible mais possible parce qu’existe une dynamique un rapport de forces perçu comme susceptible de faire bouger les choses dans le bon sens. Si les solutions qu’on considère comme bonnes semblent hors de portée, rien d’étonnant à ce qu’elles reculent dans l’opinion. L’enjeu du rassemblement et de l’unité n’est pas tant d’additionner des voix ou des forces, voire des sigles, que de créer cette dynamique qui valide la crédibilité du souhaitable.

Et pour construire cette unité, il faut avoir le courage de bâtir des compromis qui soient dynamiques en ceci qu’ils permettent de franchir de premières étapes et d’ouvrir le champ du possible. Il est tout aussi indispensable d’être à l’écoute de la société, de percevoir les évolutions en cours et les défis de demain, qu’il s’agisse par exemple du numérique, du dérèglement climatique et de ses conséquences, de ce que devient le travail, ou de la prise de conscience d’un destin commun de l’humanité.

Dans cette perspective, et c’est là une idée que j’ai déjà formulée, il faut avancer dans la prise en compte de ce que disent et portent les organisations de la société civile. Non comme supplétifs instrumentalisés du politique ou ressources pour trouver des idées, mais comme partenaires, porteurs d’expériences particulières et de points de vue spécifiques, dont la mise en synergie par le débat peut créer de nouvelles formes de prise en charge de l’intérêt général et de dépassement des oppositions. Mon expérience du Cese m’a fait percevoir combien cette société civile pouvait justement construire le nécessaire équilibre entre le souhaitable et le possible, et regarder le long terme. Enfin, il me paraît indispensable de prendre en compte une aspiration largement partagée dans la société, celle d’être associé, de se voir donner les moyens de prendre en main ses propres affaires. Un certain nombre de candidats, à des degrés divers et sous des formes différentes, affichent leur volonté de s’appuyer sur cette aspiration. Encore faut-il que ce ne soit pas un alibi et que cet affichage d’un souci d’horizontalité ne soit pas un prétexte à justifier des décisions prises par un sommet étroit. Il est indispensable de travailler à des formes inédites d’articulation entre la démocratie représentative et la démocratie « participative », tout autant indispensables à la revitalisation de la vie démocratique et à la transformation sociale.

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