Peut-on encore construire le rassemblement à gauche ?

1.                                                              Débats&Controverses  –   L’humanité du 15 mars 2017

LE DÉBAT FAIT RAGE SUR LE PROGRAMME ET LA CANDIDATURE
À quelles conditions peut-on encore construire le rassemblement à gauche?
RAPPEL DES FAITS Alors que le dépôt des candidatures sera clos vendredi, en pleine phase de recueil des parrainages, de nombreux appels au rassemblement circulent.
TEXTE COLLECTIF  :  UNE CANDIDATURE COMMUNE ET UN PACTE DE MAJORITÉ
L’élection présidentielle approche dans une situation très préoccupante, lourde de dangers. Le FN est en tête dans les sondages et Emmanuel Macron semble pouvoir se substituer à François Fillon pour qualifier la ligne ultralibérale et austéritaire pour le second tour. Cela relance le défi de la construction d’un rassemblement de la gauche pour battre la droite et l’extrême droite, rompre avec le social-libéralisme et sortir de l’austérité avec une candidature commune à la présidentielle, un contrat de majorité pour les législatives, avec un pluralisme des candidatures et une dynamique de luttes populaires.

La responsabilité des candidats et des forces de gauche est engagée. Jean-Luc Mélenchon somme Benoît Hamon de se rallier à lui tandis que Benoît Hamon paraît se contenter de miser sur un « vote utile » sans bouger sur le contenu de son programme. Continuer ainsi, c’est courir à la catastrophe d’un deuxième tour entre la droite et l’extrême droite, alors que des éléments nouveaux permettraient de la conjurer. Qui est prêt à en porter la responsabilité ?

Devant les réticences des deux candidats à s’unir, il est urgent de travailler à la convergence des propositions. C’est possible et c’est le moyen de concrétiser le rassemblement !

Travaillons à converger sur un pacte majoritaire avec le souci d’une cohérence associant des objectifs sociaux audacieux à la conquête de pouvoirs pour les salariés et les citoyens sur l’utilisation de l’argent. On conjuguera ainsi, au lieu de les opposer, réalisme, efficacité et radicalité. Nous avons la conviction qu’il est possible de converger sur quelques grands axes dont le contenu doit être débattu :

1. Emploi, travail, salaires : il s’agit de la préoccupation majeure de la population française. Face au défi de la révolution numérique, il faut conquérir des moyens financiers (à travers le crédit et la fiscalité) et des pouvoirs sur ceux-ci pour sécuriser l’emploi et la formation ainsi que le revenu, et créer les conditions d’une véritable égalité femmes-hommes. Ce n’est plus le marché ni le patronat qui doivent décider des trajectoires professionnelles de chacune et de chacun, de nos vies. Augmenter les salaires, retraites et minima sociaux, réduire le temps de travail, redonner sens au travail devraient faire partie des objectifs communs. On irait ainsi vers l’éradication progressive du chômage et de la pauvreté.

2. Protection sociale : son avenir exige une forme de refondation, à travers de nouveaux modes de financement qui responsabilisent les entreprises (avec modulation des cotisations selon le volume et la qualité de l’emploi) et qui fassent contribuer la finance. Ce n’est pas le « coût du travail » qu’il faut baisser, c’est le « coût du capital » (intérêts, dividendes, etc.), pour consacrer beaucoup plus de moyens au développement de toutes les capacités humaines. C’est indispensable pour revenir à la gratuité des soins à 100 % comme à la retraite à 60 ans.

3. Services publics : leur relance est nécessaire pour répondre aux besoins populaires sur tous les territoires (éducation, santé, recherche, écologie, culture, justice, logement, énergie…). Elle soutiendrait aussi la demande, aujourd’hui si insuffisante, tout en développant l’efficacité de la production nationale (l’offre). Il faut rompre avec l’austérité budgétaire, mettre en cause le verrou européen actuel. Il faut repenser les missions des services publics à partir de leurs finalités spécifiques, donner une priorité aux valeurs humanistes et à leur démocratisation profonde avec leurs usagers.

4. Écologie : il faut accentuer la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation des ressources naturelles avec, dans une transition énergétique pour remplacer les énergies carbonées, un mix associant développement des énergies renouvelables et encadrement de celui du nucléaire, sous contrôle public et social. Elle va de pair avec l’essor de tous les services publics et le soutien à un mode de développement et de production alternatif fondé sur l’économie de moyens matériels, la promotion de nouveaux emplois et de nouvelles qualifications, avec de nouveaux financements maîtrisés par les populations et leurs élu-e-s.

5. Argent : la dictature des marchés financiers et des grandes banques privées sur l’utilisation de l’argent doit être combattue de façon conséquente. Pour cela, il faut un pôle public bancaire démocratique pour pratiquer un crédit incitatif à l’essor de l’emploi, des qualifications et de la recherche. Il y a besoin de pouvoirs pour les salariés et les habitants afin de changer l’utilisation de l’argent des entreprises, contre la spéculation financière et l’évasion fiscale et pour soutenir un développement efficace et écologique de l’activité et d’un emploi de qualité. Le Cice doit être supprimé et une réforme fiscale de progrès entreprise. 6. Europe : le pacte de stabilité est une stupidité. Les centaines de milliards d’euros créés par la BCE doivent servir à une expansion nouvelle de tous les services publics, avec les emplois et les investissements nécessaires. Cela permettrait d’aborder tout autrement les enjeux européens, pour construire avec les autres peuples les rapports de forces nécessaires à des mesures immédiates de progrès. Il faut viser une refondation progressiste de l’Union européenne, une transformation progressive du monde, avec de tout autres traités que le Ceta ou le Tafta.

7. Démocratie : une VIe République est nécessaire, sociale et démocratique, rompant avec le présidentialisme et ressourçant la démocratie représentative : pouvoirs décisionnels nouveaux des salariés dans les entreprises et les administrations, et des citoyens sur le territoire. Il faut aussi inciter au renouvellement des élus et représentants politiques.

8. Égalité et justice : une égalité réelle pour toutes et tous, émancipée des origines assignées, univoques et prétendument apparentes, de toute différenciation injuste liée à l’âge, au genre, à la catégorie sociale, doit être instaurée et affirmée en donnant les mêmes droits à chacun-e, dans une égale dignité de participation et d’intervention. La politique des boucs émissaires, des relégations territoriales, de l’incitation au racisme et de la stigmatisation masque les vrais problèmes et les entretient. Cela appelle tout à la fois un effort culturel, un effort démocratique, une justice réaffirmée, une autre police et un nouvel âge des services publics.

Rien n’est joué. Il est urgent et encore possible de construire des bases solides au rassemblement nécessaire pour battre la droite et l’extrême droite. Une candidature commune à gauche est possible et indispensable. Cet appel ouvert rassemble des militants et responsables politiques du PCF et de différents partis de gauche, des personnalités intellectuelles, des syndicalistes, des militants associatifs et des personnalités de la société civile.

PARMI LES PREMIERS SIGNATAIRES : Gérard Aschiéri, Alain Beitone, Amar Bellal, Thibaut Bize, Alain Bolla, Frédéric Boccara, Paul Boccara, Gaby Charroux, André Chassaigne, Ulf Clerwall, Gilles Cohen-Tannoudji, Mahama Compaoré, Raphaël Dubû, Yves Dimicoli, Marc Dolez, Denis Durand, Jean-Marc Durand, Gérard Filoche, José Fort, Jacques Girault, Serge Guichard, Valérie Gonçalves, Roland Gori, Aurélien Guillot, François Jacquart, Jacky Hénin, Sylvestre Huet, Brahim Jlalji, Pascal Joly, Marie-José Kotlicky, Pierre Lacaze, Cédric Lattuada, Didier Le Reste, Cécile Lefèvre, Gérard Mattera, Nicolas Marchand, Catherine Mills, Yannick Monnet, François Morin, Alain Pagano, Christian Piquet, Sébastien Prat, Frédéric Rauch, Jean Rigaudiat, Lucien Séve, Arnaud Spire, Dominique Vidal, Bora Yilmaz.


TEXTE COLLECTIF :  À LA HAUTEUR DES ENJEUX
«Quoi qu’il en soit, si vous ne vous mettez pas d’accord de n’importe quelle façon, allez tous vous faire cuire un œuf, je reste à la maison le jour du vote. » Nous sommes citoyen-ne-s, élu-e-s, militant-e-s politiques, et voilà ce que nous entendons, chaque jour, autour de nous, dans la rue, sur nos lieux de travail. Depuis plusieurs mois, la campagne pour l’élection présidentielle 2017 est faite de très nombreuses surprises avec la mise hors jeu des responsables politiques des dernières années (Hollande, Sarkozy, Valls…).

Chez la gauche et les écologistes, la victoire de Benoît Hamon a ouvert de nouveaux espoirs au-delà des électeurs socialistes. Cette primaire bouleverse toutes les prévisions et nous place toutes et tous face à de grandes responsabilités :

Souhaitons-nous instaurer une nouvelle République plus démocratique ? Le changement de République en France ne s’est produit qu’à des moments historiques majeurs : deux révolutions pour les deux premières, la chute de Napoléon III, la fin de la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Algérie. Aujourd’hui, la Ve République est à bout de souffle avec un président incapable de se représenter ou un ancien premier ministre rattrapé par les « affaires ».

Voulons-nous nous projeter dans un avenir sans risques en actant la sortie du nucléaire et la mise en chantier de la transition énergétique créatrice d’activités multiples et d’un surcroît de justice sociale ?

Souhaitons-nous construire les bases d’un nouveau pacte social, par exemple autour d’une réflexion sur le revenu d’existence, comme nos pères le firent au sortir de la guerre en mettant en place la Sécurité sociale, issue du programme du Conseil national de la Résistance ? ­ Serons-nous capables collectivement de réorienter l’espace européen dans un cadre de justice sociale, fiscale et environnementale ? Aujourd’hui, nous savons que seul un vaste rassemblement des forces écologistes et sociales est susceptible d’enclencher une dynamique gagnante à la présidentielle et aux législatives, comme de permettre à une majorité parlementaire qui le soutiendra la mise en oeuvre d’un ambitieux programme de transformation écologiste et sociale.

La société civile est en ébullition. Les grandes associations, les appels des 100, des Jours heureux et d’autres, les syndiqués, le peuple de gauche et écologiste nous appellent à nous dépasser. Ne les décevons pas ! Monsieur Mélenchon, monsieur Hamon, saisissez ce moment historique pour entrer dans l’Histoire. De votre volonté et de votre décision, il résultera soit de laisser la France et l’Europe aux mains des forces les plus sombres, réactionnaires et récessives, soit de lever une grande espérance en un monde viable pour toutes et tous, apaisé et juste.

SIGNATAIRES : Ariane Ascaride (comédienne), Didier Bezace (comédien), Christophe Boudet (secrétaire régional EE-LV Bourgogne), Jacques Boutault (maire écologiste du 2e arrondissement de Paris), Catherine Corsini (réalisatrice), Alain Coulombel (bureau exécutif EE-LV), Jean Pierre Darroussin (comédien), Jérôme Gleizes (conseiller de Paris EE-LV), Robert Guédiguian (réalisateur), J. S. Herpin (secrétaire régional EE-LV Centre), Guillaume Hédouin (secrétaire régional EE-LV Normandie), Nicolas Hervé (président de commission électorale EE-LV), Annie Lahmer (conseillère régionale EE-LV Île-de-France), Claire Mallard (secrétaire régionale EE-LV Bourgogne), Gil Mettai (secrétaire régional EE-LV Picardie), Michèle Rivasi (députée européenne), Sandra Regol (bureau exécutif EE-LV), Philippe Torreton (comédien), Lambert Wilson (comédien).

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