Après la déroute annoncée..

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Le changement n’est pas un slogan de campagne
Par Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste
Bravo à François Hollande! Bravo à tous les membres de son gouvernement! Bravo à tous les élus socialistes qui, votant avec la droite comme un seul homme, ont effacé le résultat du référendum de 2005 où une majorité de Français (dont une majorité d’électeurs socialistes) avaient dit non au projet constitutionnel concocté par Valéry Giscard d’Estaing! Bravo à l’immense majorité des médias de leur avoir prêté main-forte, d’avoir vanté « la concurrence libre et non faussée » avec une admirable constance jusqu’à aujourd’hui! Bravo à cette union sacrée des classes dirigeantes et nanties d’avoir réussi le plus grand déni démocratique des vingt dernières années! Car, ne nous y trompons pas, le résultat des élections européennes de dimanche prend sa source dans ce mépris absolu du vote des citoyens en 2005. Le Front national triomphe, mais cette victoire est un leurre. Un Français sur quatre n’est pas d’extrême droite. C’est là tout le paradoxe de cette élection. Nombre de ceux qui ont voté pour le Front national sont en réalité des démocrates, alors même que ce parti exècre la démocratie. Ce sont des démocrates dans la mesure où, d’une part, ils sont allés voter; d’autre part, ils avaient la conviction que, cette fois-ci, leur vote serait pris en compte; qu’aucun tour de passe-passe politicien ne serait capable de l’effacer. Et tant pis s’il fallait pour ça voter pour un parti nauséabond!
C’est la revanche de Lisbonne… La responsabilité des dirigeants socialistes dans le résultat aux européennes est donc pleine et entière, sans appel. On peut y ajouter l’hypocrisie de se présenter en victimes, les larmes de crocodile, l’appel à l’union nationale, la cécité et la surdité de monsieur Valls jurant, la mâchoire crispée, le petit doigt sur la couture du pantalon, que vote ou pas, il ne changerait pas de politique. Une fois encore, le mépris des citoyens est sans fard et, comme le dirait monsieur Sarkozy, « décomplexé ». Il n’y a donc rien à espérer de ce côté-là, sinon que ceux des militants socialistes qui ne se reconnaissent en rien ni dans les pratiques ni dans la politique droitière du gouvernement aient le courage d’envoyer messieurs Hollande, Valls et consorts rejoindre leurs semblables à l’UMP et refondent un parti qui puisse sans honte se réclamer de Jaurès. Quant à la gauche – qui n’est « radicale »  que dans la bouche des commentateurs –, la gauche raisonnable, la gauche de la raison de gauche, il n’est que temps d’en finir avec la foire des ego et des ambitions, les tractations d’appareils, l’éclatement généralisé des organisations. Peut-être est-ce le résultat inattendu de ces élections européennes: mettre chacun face à ses responsabilités. Ce qui sépare le Parti communiste, le Front de gauche, le NPA, voire Lutte ouvrière et une partie des écologistes n’est rien au regard de leur accord sur la majorité des questions économiques, sociales et politiques. Il est impératif de parler désormais d’une seule voix (même si c’est à plusieurs bouches!). L’Europe à la sauce néolibérale, l’Europe du chômage, des délocalisations, l’Europe de la finance, l’Europe du traité transatlantique, l’Europe de Hayek pour qui « une dictature qui soutient le marché » serait toujours préférable « à une démocratie qui le récuse », cette Europe-là, les citoyens européens n’en veulent plus; pas plus que les citoyens français ne veulent de la politique actuelle du gouvernement si inféodée au Medef et à Bruxelles que même les roquets de la droite en perdent la voix. Les citoyens n’en voulaient pas en 2005 – on les a muselés –, ils en veulent encore moins aujourd’hui, comme le montre le score formidable de Syriza en Grèce.

Alors, comme le disait Rimbaud, « allons! », débarrassons-nous du parti néolibéral abusivement étiqueté « socialiste » et réunissons-nous avec les socialistes authentiques pour mettre en œuvre une autre politique en France et en Europe pour penser le monde autrement, car, contrairement à ce que prétendait Margaret Thatcher, les alternatives existent et ne sont pas du côté des néofascistes d’ici et d’ailleurs, mais bien du côté de ceux pour qui le bien public est le plus précieux des biens, de ceux pour qui la finance est réellement une ennemie, de ceux pour qui le changement n’est pas un slogan de campagne. Comme en 1968, il est urgent de mettre l’imagination au pouvoir.

Alternative à gauche

Alternative à gauche

Remarque préalable : Il ne faut pas confondre alternative et alternance !
L’alternance nous avons connu. Quand une équipe au pouvoir est usée ou discréditée, on nous laisse en changer.
Mais cette nouvelle équipe, avec un autre style et un autre discours, continue en gros la même politique au profit des mêmes. Les capitalistes adorent l’alternance, (voir la Grande Bretagne, les Etats Unis…) elle donne aux gens une impression de changement, une impression de démocratie, mais elle ne remet pas en cause leur système. D’où l’intérêt pour eux de favoriser une bipolarisation qui ne laisse le choix qu’entre deux gestionnaires du même système et de plus, met dans la tête des citoyens qu’il n’y a pas d’autre solution, que toute alternative est vaine et utopique.
La crise actuelle est une crise du système.
Il ne s’agit en rien d’un épisode conjoncturel. Elle se superpose aux crises énergétique, alimentaire, écologique et financière. Leur simultanéité révèle des dysfonctionnements que le système capitaliste mondialisé ne peut qu’amplifier, incapable qu’il est de définir un autre cap que celui de la course folle aux profits. À vouloir ponctionner aux deux extrémités du système marchand ce dernier déséquilibre tout l’édifice. Ainsi pour ce qui concerne le pétrole, la logique purement financière pousse les compagnies pétrolières à garder intactes leurs marges faramineuses quand les prix à la production flambent. La même logique imposant depuis 20 ans une répartition des richesses toujours plus à l’avantage des profits au détriment des revenus du travail, de la spéculation au détriment de l’investissement. Au final c’est un consommateur disposant donc de moins de revenus qui doit payer plus cher son carburant, son alimentation, son logement, ses soins médicaux… Une causalité simple mais bien réelle qui implique que ce ne sont plus simplement les ouvriers, les employés, les salariés qui se sentent opprimés mais toutes celles et tous ceux qui se croyaient à l’abri et insérés dans la société.
Ce système n’est pas une fatalité, il est soutenu par nos dirigeants qui l’assument à tous les niveaux : national (accélération des « réformes », de la déréglementation, de la casse des acquis sociaux), européen (dogme libéral de la mise en concurrence et de l’orthodoxie budgétaire), et mondial (FMI, OMC).
Comment en sortir ?
Sous peine d’une catastrophe planétaire annoncée, il est plus que jamais urgent de construire une véritable alternative à un système devenu aussi malade que pyromane. Nous avons besoin de construire, d’unir et d’organiser une gauche enfin à gauche qui soit en phase avec les aspirations de la population.
Nous avons des propositions, en voici quelques unes :
* Établir d’une autre répartition des richesses. (donc remise en cause du libéralisme).
* Reconquérir et développer des services publics. (donc remise en cause du libéralisme).
* Initier un nouveau type de développement.
* Garantir un accès égal pour tous  et toutes
aux biens communs de l’humanité tout en garantissant leur préservation : l’eau, l’énergie, l’environnement. (par ex établir un pôle public de l’énergie, mettre fin à la privatisation de la distribution de l’eau))
au droit à l’emploi, à la retraite, à la santé, à l’éducation, à une information pluraliste.
* Dégager les moyens d’une alternative (taxation des transferts financiers, réforme de la fiscalité, contrôle des fonds publics).
* Assurer un renouveau démocratique.
* Refondre les institutions françaises (passage à une VIe république) avec
·         .représentation pluraliste des citoyens avec non cumul des mandats et l’élection complète ou partielle des députés au scrutin proportionnel.
.réforme du Sénat.
·         .renforcement des pouvoirs du Parlement, ce qui passe notamment par la suppression de l’élection du président de la république au suffrage universel.
* Construire une autre Europe dans un autre Monde.
L’ampleur de la crise actuelle soulève la question de la remise en cause du système monétaire et financier. « Remettre à l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers » suivant la devise de la Fondation Copernic.
Il y a pour cela nécessité d’une action commune des forces anticapitalistes et antilibérales, c’est l’objectif de notre collectif.

Il ne faut pas sauver le système, mais le changer !
Cela ne se fera pas avec ceux qui le soutiennent et qui l’ont mis en place :
En France : Hollande, Sarkozy et les différents dirigeants depuis 30 ans.
En Europe : Ceux qui soutiennent la stratégie de Lisbonne (droite, centre, socialistes, verts).
Dans le monde : OMC et FMI.
D’où la nécessité absolue de construire à gauche une force d’alternative de progrès social, démocratique et écologique.
Une alternative ne sera possible qu’à deux conditions :
–         une convergence des luttes sociales.
–         un front commun des forces antilibérales qui doit devenir la véritable opposition.