La révolte des sardinières de Douarnenez en 1924 – Les grèves en Pays Bigouden en 1926-27

Eugène Cloutier : « Il y a toujours de la sueur de pauvre dans l’argent des riches. »
Victor Hugo : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches ».

Sommaire de cette page

1 – La révolte des sardinières de Douarnenez en 1925-25
2 – Les grèves dans les ports du pays bigouden en 1926
3 – Il reste actuellement très peu de conserveries dans ces secteurs

4 – Le projet de musée dans la conserverie Le Gall à Loctudy


Pour commencer, une copie de la page web d’Unidivers : source http://www.unidivers.fr/sardinieres-douarnenez-histoire-bretagne-pencalet/ écrit par Laure Besnier

I – Les sardinières de Douarnenez : un symbole des luttes de classes

Qui sont les sardinières de Douarnenez ? Les références littéraires ou politiques qui désignent ces femmes et la grande grève de 1924 sont nombreuses. Elles sont devenues des symboles dans la mémoire collective. Unidivers vous propose un retour sur ces femmes qui ont tant marqué l’histoire de la Bretagne.

Sardinières DouarnenezAu XIXe siècle, Douarnenez, ville du Finistère, s’industrialise et prospère grâce au commerce de la sardine. L’essor de la pêche était auparavant limité : malgré un riche vivier de sardines dans la baie et les fonds voisins, les marchés se trouvaient trop loin pour pouvoir les vendre. De ce fait, quand la technique de conservation des aliments fut inventée par Monsieur Appert (l’appertisation) et ensuite développée (les boîtes en fer-blanc remplacèrent les bocaux de verre), le Nantais Joseph Colin, confiseur de son métier, créa et développa des usines sur les côtes bretonnes dès le début du XIXe siècle. Douarnenez passe de trois usines en 1860, à près de trente en 1880. En Bretagne, l’activité de pêche et les conserveries se sont donc rapidement développées avec, durant l’entre-deux-guerres, 132 usines de sardines sur 160 en France. Le port de Douarnenez quant à lui s’affirme comme principal centre sardinier de la côte et capitale de l’industrie de la conserve.

Les « Penn Sardin »

Sardinières DouarnenezDans les années 1920, ce sont plus de 2000 femmes qui travaillent dans les conserveries. Les hommes partent à la pêche, tandis que leur mère, leur femme ou leurs filles vont travailler à l’usine. On les appelle, en breton, les « Penn Sardin » : « tête de sardine » à cause de la coiffe qu’elles sont obligées de porter lorsqu’elles travaillent (cette coiffe douarneniste serait issue d’une coiffe paysanne du cap Sizun, « importée » en somme lors de la forte vague d’émigration rurale dans les années 1860-1870). Les conserveries, aussi appelées « fritures », puisqu’il faut faire frire les sardines dans l’huile avant la mise en boîte, développent l’emploi des femmes de la région. On entend dans les conserveries les sardinières chanter pour oublier leurs conditions de travail. Ces chants font aujourd’hui partie du patrimoine historique et culturel de Douarnenez.

Les difficiles conditions de travail

Sardinières DouarnenezPour les patrons de conserverie, cette main-d’œuvre féminine, abondante et peu exigeante, constitue une aubaine. Ils en profitent pour exploiter les ouvrières. Les conditions de travail sont très difficiles. La législation non plus n’est pas respectée (concernant le travail de nuit, les enfants ou les heures). Les sardinières œuvrent dans l’urgence, car les glacières et les chambres froides n’existent pas. Elles gagnent 0,80 franc de l’heure en 1924 alors que le kilo de beurre coûte 15 francs et le café 17. Les ouvrières travaillent alors le plus possible pour compenser leur faible salaire.

La grande grève de 1924

Sardinières DouarnenezDéjà en 1905, une première grève avait éclaté parmi les sardinières qui réclamaient le paiement des salaires à l’heure et non pas au mille de sardines. Pour autant, la grève qui marque le plus les esprits, de par son ampleur qui dépasse vite le cadre local, est celle de 1924. Du 21 novembre 1924 au 6 janvier 1925, les sardinières luttent pour la revalorisation de leur salaire. Elles demandent un franc de l’heure. Pendant 6 semaines, elles déambulent dans la ville, s’arrêtant devant chaque usine pour entonner leur mélodie favorite. Chaque jour, les grévistes se rassemblent sous les Halles de la ville afin de discuter de la suite des événements. Un comité de grève est élu avec 6 femmes sur 15 membres, afin de négocier avec les représentants du patronat. Les sardinières, qui ont été rejointes par des soutiens locaux et nationaux, représentent 73 % des grévistes. La parole politique se libère chez les femmes. Alors que le patronat refuse de céder aux demandes des sardinières, de nombreux affrontements ont lieu. La tension est à son apogée lorsqu’ils font venir des briseurs de grève. Ces derniers provoquent un affrontement avec le maire de Douarnenez qui luttait aux côtés des sardinières. Finalement, le patronat doit céder et les sardinières obtiennent une hausse de salaire, le paiement des heures supplémentaires ainsi que celui des heures effectuées la nuit. Leur syndicat est aussi reconnu. Les sardinières se réjouissent alors d’avoir installé un nouveau rapport de force avec le patronat.

Les solidarités locales

Sardinières DouarnenezEn 1921, Sébastien Velly est élu maire de Douarnenez qui devient la première ville communiste en France. C’est, entre autres, ce fait majeur qui a permis aux femmes de lutter pendant six semaines. En effet, la mairie devient un appui politique de première importance, ce qui n’est pas négligeable lorsqu’on sait que les sardinières vont entamer un rapport de force avec le patronat. En 1924, Daniel Le Flanchec, une forte personnalité, est à la tête de la mairie de Douarnenez. Ce dernier soutient les travailleuses en s’engageant à leur côté pendant la grève. Il est même blessé lors de l’altercation avec les briseurs de grève. Les sardinières bénéficient d’une autre solidarité : les marins-pêcheurs qui les rejoignent dès le début de la grève. De plus elles occupent un poste clé dans la chaîne de la vente du poisson. Sans elles, les pêcheurs ne peuvent plus travailler, car le poisson ne sera pas conservé. Et, sans elles, ce dernier ne peut pas être vendu. Elles ont très bien compris leur rôle et pendant six semaines la grève paralyse l’économie de la ville qui ne vit que des ressources halieutiques.

Les solidarités nationales

Sardinières DouarnenezLa grève à Douarnenez prend très vite des proportions qui dépassent le cadre de la commune puisque des grèves de soutien ont lieu sur tout le littoral breton. Les sardinières reçoivent le soutien d’ouvriers, de syndicalistes, de politiques ou de simples citoyens touchés par leur lutte. Des dons et des aides, comme de la nourriture, sont envoyés d’un peu partout en France. Des responsables syndicaux nationaux ou encore des membres du Parti communiste rejoignent Douarnenez pour soutenir les grévistes et leur apporter leur expérience. Le député et directeur de l’Humanité Marcel Cachin vient soutenir le mouvement sur place, à l’Assemblée ou encore à travers des articles dans son journal.

Les sardinières de Douarnenez : un symbole

Sardinières DouarnenezLes sardinières sont passées à la postérité comme un symbole de lutte et de modernité. Au lendemain de la grève, une sardinière se démarque de la foule des grévistes, car elle est veuve et n’a donc pas de mari qui pourrait l’empêcher de se présenter aux élections : Joséphine Pencalet. Cette dernière figure alors sur la liste du maire sortant, Daniel Le Flanchec, lors des élections municipales. Malgré une victoire au premier tour, elle ne pourra participer aux délibérations du conseil municipal que quelques mois : son élection sera invalidée par le Conseil d’État au motif qu’elle est une femme (les femmes n’obtiendront le droit de vote en France qu’en 1945 soit 20 ans plus tard). Sans aucun soutien de son parti, elle retourne alors à sa condition de simple ouvrière avec amertume et le sentiment d’avoir été manipulée : pourtant, on se souviendra d’elle comme de la première femme élue en Bretagne. Les sardinières de Douarnenez deviennent un symbole des luttes pour les droits de la femme et contre le patronat. Elles font partie intégrante de l’identité de Douarnenez, ville longtemps marquée par les luttes de classes et les élections successives de maires communistes, ce qui lui vaudra, un temps, son surnom de « ville rouge ».

Les sardinières de Douarnenez, Joséphine Pencalet (1886-1972), Penn Sardin, Douarnenez, Finistère, luttes sociales

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Joséphine Pencalet

« Merc’hed Douarnenez a gane brav. Mouechou skiltr a n’eus, mouechou uhel. Glebor ar mour na rouilh ket o mouezh. » (Hor yezh, 1979.)

« Les femmes de Douarnenez chantent bien. Elles ont la voix aiguë, la voix haute. L’humidité de la mer ne rouille par leur voix. » (Tud ha bro, 1982.)

La chanteuse locale Claude Michel a consacré plusieurs albums à la reprise des chansons des sardinières de Douarnenez

Sources :

  • Témoignages et portraits des sardinières de Douarnenez dans : MARTIN, Anne-Denes, Les ouvrières de la mer. Histoire des sardinières du littoral breton, Paris, L’Harmattan, 1994.
  •  Documentaire sur Joséphine Pencalet, sardinière et première femme élue en Bretagne en 1925 : Joséphine Pencalet, une pionnière, réalisé par Anne Gourou, 2015.
  • Sur l’histoire de Douarnenez : BOULANGER, Jean-Michel, Douarnenez de 1800 à nos jours : Essai de géographie historique sur l’identité d’une ville, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2000.

    Le Chant des sardinières

En hommage aux luttes des sardinières voici un extrait de l’album de nos amies bigoudènes Marie-Aline Lagadic et Klervi Rivière « LE CHANT DES SARDINIÈRES » dans lequel on trouve la fameuse chanson « Saluez riches heureux  » qui a été reprise par les ouvrières en lutte à cette époque.

 

En pièce jointe ici les paroles complètes de la chanson « Saluez riches heureux » dont le refrain est

Saluez, riches heureux,

Ces pauvres en haillons

Saluez, ce sont eux

Qui gagnent vos millions


Douarnenez : Ces sardinières qui ont su tenir tête à leurs patrons

article d’AUDREY LOUSSOUARN,  VENDREDI, 19 JUILLET, 2013 dans L’HUMANITÉ

En 1924, une immense grève éclata à Douarnenez. Les « Penn Sardin », ouvrières des usines de conserverie de sardines, ont bataillé pour obtenir une augmentation de salaire. Elles ne lâchèrent rien, malgré les nombreuses intimidations des patrons.

Douarnenez (Finistère, Bretagne), envoyée spéciale. À ces mots, la France du début du XXe siècle imagine un lieu de conformisme où les familles vivent de l’exploitation des champs et où règne un certain conservatisme. Pourtant, cette commune de 12 259 habitants étonnera lors des municipales de 1921 en élisant le premier maire communiste de France, Sébastien Velly. Mais un autre souvenir marque également la mémoire collective. Car, trois ans plus tard, une formidable grève qui, dans son domaine n’avait pas de précédent, va éclater. Les sardinières, ouvrières travaillant dans les usines de conserverie, vont se soulever violemment contre leurs patrons. Penn Sardin (Tête de sardine) était leur surnom.

Munies de sabots et de coiffes bretonnes, pas pour le folklore mais bien par mesure d’hygiène, elles travaillaient jour et nuit. « Quand le poisson débarquait, les ouvrières devaient accourir jusqu’à l’usine pour le traiter rapidement », se souvient Michel Mazéas, maire PCF de Douarnenez pendant vingt-quatre ans, dont la mère fut l’une d’entre elles. Et, pour le savoir, des jeunes filles couraient à travers la ville en criant « À l’usine ! À l’usine ! » Douarnenez comptait alors 21 conserveries. Les rues vivaient au rythme de l’arrivée des poissons. À ce moment-là, la majorité des femmes travaillent, excepté les épouses de notables. Les « petites filles de douze ans » prennent aussi le chemin de l’usine, écrit Anne-Dénès Martin dans son livre Ouvrières de la mer. « Aucune législation du travail n’était respectée, pour les patrons cela ne comptait pas », renchérit Michel Mazéas. Et si la pêche était bonne, les femmes pouvaient travailler jusqu’à soixante-douze heures d’affilée ! Pour se donner du courage, elles chantaient. « Saluez, riches heureux / Ces pauvres en haillons / Saluez, ce sont eux / Qui gagnent vos millions. » Certaines sont licenciées pour avoir fredonné ce chant révolutionnaire dans l’enceinte de leur usine. Conditions de travail déplorables, flambées des prix, salaires de misère, c’en est trop. Le 20 novembre 1924, les sardinières de la fabrique Carnaud vont décider de se mettre en grève. Elles demandent 1 franc de l’heure, alors que le tarif de rigueur est de 80 centimes. Les patrons refusent. « L’ambiance est tendue », écrit Jean-Michel Boulanger, dans un livre consacré à une figure locale qui deviendra mythique par son engagement auprès des sardinières : Daniel Le Flanchec, maire communiste de 1924 à 1940. « Pour cette classe sociale très à part, il n’était pas envisageable d’entamer des discussions avec les ouvriers. C’était même en accord avec le préfet », raconte encore Michel Mazéas.

Trois jours plus tard, un comité de grève est mis en place. Le lendemain, ce sont les 2 000 sardinières qui arrêtent le travail et marchent dans les rues de Douarnenez. Une pancarte est dans toutes les mains : « Pemp real a vo » (« Ce sera 1,25 franc »). Aux côtés des femmes, Daniel Le Flanchec. Ce « personnage éloquent, tonitruant », comme le décrit Michel Mazéas, et que les sardinières appellent leur « dieu », leur « roi », accompagne le mouvement. Un meeting se tient début décembre sous les Halles. Il réunit plus de 4 000 travailleurs et des élus. Le 5 décembre 1924, l’Humanité titre : « Le sang ouvrier a coulé à Douarnenez ». Le journaliste raconte comment une « charge sauvage commandée par le chef de brigade de Douarnenez piétina vieillards et enfants ». Ordre venant du ministre de l’Intérieur. L’élu communiste, en voulant s’interposer devant l’attaque des gendarmes, sera suspendu de ses fonctions pour « entrave à la liberté du travail ». La tension monte, les patrons ne veulent toujours pas négocier, des casseurs de grève s’immiscent dans le mouvement. Dans le même temps, des représentants syndicaux et politiques de la France entière se joignent aux grévistes. C’est dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier que tout va basculer : des coups de feu retentissent. Des cris se font entendre : « Flanchec est mort ! » Il est retrouvé blessé dans la rue. La colère explose. L’hôtel des casseurs de grève est saccagé. Un chèque y sera retrouvé, signé de la main d’un des patrons d’usine. Les conservateurs, qui ont tenté d’assassiner l’élu, avoueront plus tard qu’ils voulaient « seulement combattre le communisme ». Finalement, le 8 janvier, après près de cinquante jours de bataille acharnée, les patrons céderont. Les sardinières obtiendront 1 franc horaire, avec heures supplémentaires et reconnaissance du droit syndical. L’une d’entre elles sera même élue au conseil municipal. Mais, les femmes n’ayant pas encore le droit de vote, la liste sera invalidée. « Cet épisode aura un impact énorme en France. On en parlait partout : à la Troisième Internationale, à l’Assemblée nationale. Des vivres et de l’argent arrivaient de tous les coins de l’Hexagone », raconte Michel Mazéas. Daniel Le Flanchec, déporté pour avoir refusé de retirer le drapeau français du fronton de la mairie, périra dans un camp nazi. Aujourd’hui, des vingt et une conserveries que comptait Douarnenez, il n’en reste que trois. Et leur production est pourtant mille fois supérieure à celles d’alors.

 

Les sardinières au XXIe siècle

À Douarnenez, le port-musée de la ville est ouvert tout l’été et consacre deux parties de son exposition permanente à l’histoire de cette industrie. Informations sur www.port-musee.org. On trouve au musée des Beaux-Arts de Quimper la peinture d’Alfred Guillou sur les Sardinières de Concarneau. À voir, le film les Penn Sardines (2004), de Marc Rivière, fiction qui a pour toile de fond cette révolte. Enfin, Claude Michel, chanteuse locale, a consacré quant à elle des albums à ces airs fredonnés alors dans les usines.



  • Un chant, cœur d’hommes « Les gabiers d’artimon », « La révolte des sardinières » mis par Bertrand Gourronc sur Youtube


Une publication de l’IHS (Institut d’histoire sociale de la CGT) pour le 80e anniversaire des grèves de 1926


II – Et en Pays Bigouden en 1926/27

En 1909 une grève des soudeurs et des sardinières dans certaines conserveries, dont Loctudy.

En 1926-1927 de grandes grèves sardinières eurent lieu également en Pays Bigouden. Elles inspirèrent la belle affiche d’Alain Le Quernec (voir ci-dessous, en vente à l’Union Locale CGT de Pont L’Abbé sous forme d’affiche ou de carte postale).

Salariés contre patrons : Une somme de cinq sous qui équivalait à 1,25 franc de l’heure d’augmentation, à l’époque. Les patrons refusant tout net, le conflit s’étend rapidement à tout le Pays bigouden. Le 5 août 1926, près de 1 000 grévistes sont recensés, avant que des marins pêcheurs ne rejoignent le mouvement. Quelques jours plus tard, les usiniers cèdent. Les Bigoudènes ont gagné. Elles perçoivent maintenant 1,35 franc de l’heure et les hommes 2 francs. Un marché de dupes, car les usiniers revanchards tronquent les accords à leur profit. Du chômage s’ensuit et vite, la faim arrive.

En 1927, tout dérape, le prix de la sardine chute, la grève générale s’installe. Fin juin, les députés prennent conscience du conflit. La presse parisienne s’en empare. Des souscriptions s’ouvrent. Imperturbables, les patrons d’usine restent sur leurs positions. Courant juillet, le prolétariat bigouden, vaincu, reprend la mer ou le chemin de l’usine. Cette épopée glorieuse néanmoins, laisse une trace indélébile dans l’histoire des Bigoudens.

Extraits du journal « Le Travailleur bigouden » n° 46 d’avril 1975 :
A Lesconil la grève éclata fin juillet 1926, en pleine saison des haricots verts : 25 sous de l’heure au lieu de 19. un mot d’ordre, en breton, allait dominer toute la grève : « Pemp real a vo, pemp real a vo, pemp real ! « .  Rapidement les ouvrières se sont organisées : le syndicat de la conserve est créé, adhérent à la CGTU. Elles défendent leur mouvement en installant des piquets de grève aux portes des usines, de jour et de nuit, aidées par les jeunes marins : il faut empêcher les camions de prendre pois et haricots.
Le drapeau des prolétaires
Charles Tillon, jeune militant syndical, apporte son expérience dans la conduite de la grève. il faut étendre la lutte, et c’est le défilé, drapeau roouge en tête, à travers les dunes, pour aller visiter les usines de Guilvinec et les faire débrayer. ah, ce drapeau rouge, simple morceau d’étoffe, avec l’inscription à la craie : « C.G.T.U. Syndicat de la conserve de Lesconil ». Et ensuite, jeunes filles de Lesconil et de Guilvinec rivalisant d’art et d’adresse dans leurs broderies pour avoir le plus beau drapeau.
La marche sur Pont L’Abbé
La grève, ce fut aussi la marche des grévistes sur Pont-L’Abbé où les usines travaillaient encore. Les témoins de l’époque ont gardé en mémoire ce rassemblement de Pont L’Abbé avec les ouvriers et ouvrières de Guilvinec, de Lesconil, les marins restés à terre par solidarité avec leurs femmes, leurs filles, leurs sœurs ou leurs fiancées.
Que de pantoufles usées au cours des marches et défilés, ces pantoufles, chaussures d’été de luxe du pauvre, tous les stocks en furent épuisés chez les boutiquiers de Lesconil.
De véritables dirigeantes syndicales
La grève révéla de véritables dirigeantes syndicales, qui surent entraîner les plus vieilles et les plus jeunes ouvrières dans la lutte, avec beaucoup d’enthousiasme, et ces toutes jeunes apprenties si sympathiquement dénommées « pistaloden ».
Et avec Charles Tillon, les déléguées surent mener à bien de difficiles négociations à la préfecture de Quimper et arracher les 25 sous et revendication d’avant-garde : l’échelle mobile des salaires.
Défilé de la victoire et grand bal S’il y eu dans Lesconil l’extraordinaire défilé de la victoire, un non moins grand bal clôtura ces semaines d’intense lutte, et des témoins rapportent que les jeunes filles refusaient à danser les gendarmes envoyés dans notre localité pendant la grève.
Mais après le succès… la répression patronale
Le travail allait-il reprendre dans les deux usines, avec leur personnel au complet ? Non, les patrons prirent une revanche immmédiate : des dizaines d’ouvrières furent licenciées et, bien sûr, en premier lieu, les dirigeantes, les déléguées du syndicat. Dans de nombreuses familles deux, trois femmes licenciées. Et en plein été, sans travail, l’ennui pesait aux ouvrières.
Admirable solidarité : un groupe de jeunes filles de Douarnenez vint apprendre aux Lescolinoises à faire du « filet », salle Corcuff.
Réduites à l’exode
Et l’année suivante ce fut l’exode : beaucoup de jeunes filles partirent faire la saison à L’Herbaudière (Vendée) et jusqu’à Saint-Jean-de-Luz, et plus tard Croix-de-Vie (Vendée).
Le souvenir de la grève de 1926 est resté vivace à Lesconil et les quelques faits ici rapportés rajeuniront ceux et celles qui, à l’époque, en furent les artisans.
Raymond Cariou, 1975

Les ouvrières des usines de Lesconil, sur les dunes, en route vers Guilvinec
affiche d’Alain Le Quernec

 

 

Ci-joint ce document d’Anne Lebel, en PDF, on y trouve un récit détaillé des luttes de 1926-1927 en pays bigouden

Dans le mémoire d’Anne Lebel on voit bien la violence de l’opposition entre les patrons des conserveries d’un côté, et les pêcheurs et employés de l’autre côté. Même le préfet dans son rapport rend les usiniers responsables de la situation en raison de leur intransigeance (ils préfèrent plonger la population dans la misère en n’achetant pas le poisson et en utilisant le lock-out plutôt que de négocier). Les employés des conserveries étaient surtout des femmes, (et aussi des enfants, surtout à St Guénolé), les hommes étaient surtout des soudeurs (de boites). Les accidents étaient nombreux (cf livre Joseph Coïc p 289), le travail pénible, et les salaires très faibles. Malgré un certain paternalisme dans les petites unités les conditions étaient difficiles. Dans le patronat local on trouve beaucoup de « dynasties ».

Ci-dessous une carte postale illustrant un rassemblement à Pont L’Abbé (en 1926 d’après JP Biger qui a mis cette photo en janvier 2017 sur la page Facebook du Club Bigouden – si une personne peut préciser, nous sommes preneurs) :

Envoi de Jean Pierre Biger : Cette carte postale est une photo du rassemblement des sardinières des conserveries lors de la grève « pemp real a vo » (ce sera 1 franc 25), rassemblement pour entrainer le personnel de l’usine Beziers. Cette grève avait démarrée à Lesconil le 26 07 1926 et est un fait historique majeur du Pays Bigouden. Je ne connais pas la date exacte de ce rassemblement à Pont L’abbé. Auriez vous des photos ou CP de cette grève ? L’éditeur de la CP ne semble pas être français, au verso il est indiqué K-ltd. Un nom est également inscrit à la plume au verso : René Loussouarn. – avec Marcel Lagadic, Marie-Louise Morzadec etPaul Lagadic. Marie Aline Lagadic : Ma grand-mère figure sur cette photo, elle tient un enfant dans ses bras, c’est ma tante, mes deux oncles l’accompagnent, Marcel devant elle et Paul à droite.

 


Voir aussi le livre de Joseph Coïc « L’épopée des conserveries guilvinistes et du littoral bigouden sud », édition Empreintes.

Ci-joint ici un extrait (avec autorisation de l’auteur), chapitre 8 : La naissance d’une classe ouvrière – Les grèves des ouvriers et ouvrières des conserveries.

Ici également un extrait d’un rapport d’Ifremer de 1985 sur les luttes sociales en milieu maritime en pays bigouden


III – La disparition de la plupart des conserveries

Au début du XXe siècle, d’après Anne Lebel (p13), on compte 7 usines à St Guénolé, 5 au Guilvinec, 2 à Lesconil, 2 à l’Ile-Tudy, 1 à Loctudy, et 20 ateliers.

Actuellement il reste très peu de conserveries dans nos secteurs (2 à St Guénolé). Voir pour avoir des détails le livre de Joseph Coïc. Malgré les résistances des salarié(e)s il y a eu des regroupements et des délocalisations, ce qui a eu des conséquences socio-économiques en cascade.
Voici quelques extraits du n°9 de la revue « Mémoire Vivante » de l’IHS (Institut d’histoire sociale de la CGT)

L’article, en pdf, de cette revue intitulé « Pays bigouden, 1970-1984, Les conserveries à la casse »

IV – A Loctudy l’ancienne conserverie Le Gall deviendra un musée

Cette conserverie a cessé son activité définitivement en 1954. C’est une des rares, sinon la seule, ancienne usine de ce type conservée y compris avec le matériel d’origine.
Elle a été classée monument historique en 2016, ce qui a permis de lancer le projet de la restauration pour créer un musée ou centre d’interprétation.
C’est une bonne initiative qui permettra de témoigner à la fois du passé de Loctudy, du patrimoine industriel, et des conditions sociales de l’époque.
Époque au cours de laquelle « deux mondes se côtoyaient », comme l’a dit un des intervenant lors de la présentation du projet au public le 18 janvier 2017.

Voici l’article à ce sujet dans le bulletin municipal de Loctudy « L’Estran » de novembre 2016

Loctudy, usine Vallière_1906_séchage du poisson