ESCARRES, CO2 ET PETIT MARQUIS

Accidentogène, polluant, lent, inconfortable… l’autocar, un merveilleux moyen de transport pour les « gueux». N’est-ce pas, Monsieur le marquis! 

Il fallait le voir, notre ministre Macron, précieux comme un petit marquis, arpentant le couloir d’un autocar en partance de Paris pour Bordeaux et serrant les mains de celles et ceux qui s’apprêtaient dignement à choper des escarres aux fesses au cours d’un voyage de 7 heures quand un trop cher TGV rallie les deux villes en 3 h 20. Mais, au diable les ankyloses, il en fallait plus pour assombrir cette célébration du « tout-autocar » qui, selon l’impétrant, va révolutionner la vie de nos compatriotes et mettre définitivement notre économie dans le sens de la croissance, sinon du progrès.

Tout enthousiaste, voilà notre édile prophétisant la création de 20 000 emplois grâce à la libéralisation de ce transport privé, omettant de préciser que si les emplois sont hypothétiques (souvenons-nous des fausses promesses liées à la baisse de la TVA dans la restauration), par contre cette concurrence va coûter plus de 200 millions à la SNCF. Un déficit qui sera compensé par … la suppression de 13 000 emplois dans les quatre prochaines années qui s’ajouteront aux 25 000 déjà supprimés depuis 2003 et … un surcoût des billets! Enfin, on aura tous apprécié le tact de notre ministre promoteur d’une France low cost (la sienne est « premium »), passant sous silence, auprès des voyageurs, le fait que le transport en car est deux fois plus accidentogène que le train et que la pollution carbone des bus et des cars est dix fois supérieure à celle du train (130 g CO 2/km contre 13). Ah, ce souci de ne pas gâcher la fête, une élégance aristocratique!

ANDRÉ CICCODICOLA dans l’Humanité Dimanche du 7 août