Les sociaux-démocrates en perdition dans toute l’Europe

Thomas Lemahieu, dans l’Humanité du 06/12/2016
UNION EUROPÉENNE
La déroute de MatteoRenzi constitue une nouvelle sanction pour ce « centre-gauche » qui accompagne l’austérité et met en oeuvre les politiques néolibérales.

Cette fois, ça sent vraiment la pâtée pour les sociaux-libéraux européens. Après la gifle infligée par les électeurs italiens à Matteo Renzi, leur dernier superhéros, ce jeune scout qui avait il y a à peine deux ans, en 2014, réussi à pulvériser Silvio Berlusconi ou Beppe Grillo en promettant de mettre à la casse toute la « vieille » gauche de la Péninsule, est brutalement renvoyé aux vestiaires. Sur tout le continent, en dehors du Portugal où les socialistes gouvernent avec le soutien critique des communistes et de la gauche radicale, les grandes forces social-démocrates collectionnent les déculottées électorales et, dans certains pays, elles sont presque totalement effacées du paysage.

ESSOR DE LA GAUCHE RADICALE

En Grèce, le Pasok, premier parti du pays pendant des années ­ il faisait encore près de 44 % en 2009 ­, a été laminé par son soutien à l’austérité: lors des deux dernières élections législatives, en janvier puis en septembre 2015, il n’a recueilli que 4,7 % et 6,3 % des suffrages. En Irlande, le scénario est identique pour les travaillistes du Labour, qui ont payé cher leur participation à une coalition avec les conservateurs du Fine Gael appliquant docilement les diktats austéritaires : en février dernier, ils ont culminé à 6,6 % lors des élections générales, largement devancés par les républicains du Sinn Fein et talonnés par l’Alliance Anti-Austérité (AAA-PBP).

En Autriche, Alexander Van der Bellen, le vainqueur, dimanche, de la présidentielle, issu des Verts, avait au premier tour relégué, loin derrière lui et sans aucune difficulté, le candidat du Parti social-démocrate SPÖ, qui gouverne le pays au sein d’une grande coalition avec les libéraux. En Espagne, les socialistes, dispersés façon puzzle lors des derniers scrutins, sur fond de montée de Podemos et d’Izquierda Unida, ont fini par décider de laisser la droite garder le pouvoir. Aux Pays-Bas, le PVDA risque de connaître le même destin lors des élections du printemps prochain: la gauche de gauche, avec le SP pourrait dépasser largement les , travaillistes. En Belgique, en dépit de l’opposition spectaculaire de ses dirigeants au traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (Ceta), le PS wallon sent désormais le souffle de la gauche radicale sur sa nuque : selon un sondage, le PTB, longtemps bloqué autour des 3 ou 4 % des voix, poursuit son ascension fulgurante avec 18,4 % des intentions de vote…

La social-démocratie européenne se trouve plus que jamais à la croisée des chemins. Entre un Matteo Renzi, qui, comme Manuel Valls ou Emmanuel Macron en France, entendait construire un « parti de la nation » en se débarrassant des derniers oripeaux de la gauche, et un Jeremy Corbyn, qui, lui, réussit jusqu’ici à replacer le Parti travailliste britannique au coeur d’une grande bataille contre l’austérité et pour la justice sociale, le sens de l’histoire a manifestement changé dans les têtes.

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