International

Les origines du conflit Israël/Palestine :

Un document complet en PDF

D. de Villepin dans le Monde Diplomatique de dec 14 : l’impasse militariste

télécharger l’article en pdf

Ukraine : Entre « révolution » et déstabilisation, l’erreur occidentale

Par Jean Geronimo, spécialiste des questions géostratégiques russes, université Grenoble-II, Aout 2014

télécharger l’article en pdf

Ukraine : Les vrais enjeux 

 
Sous le titre « Ukraine : ce que l’Europe refuse de voir », un article du quotidien (décembre 2013) La Tribune donne une analyse des événements de Kiev bien éloignée du discours stéréotypé de la plupart des médias occidentaux. Pour l’auteur, vouloir défendre les « bons manifestants » de Kiev contre le « mauvais pouvoir tyrannique » du président Viktor Ianoukovitch révèle une vision caricaturale de la situation…

Pour lire l’ARTICLE, veuillez cliquer ici 

Cuba : Le blocus condamné pour la 22e fois par l’ONU (2013)

Israël et les USA, deux pays qui ne respectent pas les résolutions de l’ONU.

Ça bouge en Amérique latine !

Dans une grande diversité de formes, le mouvement populaire latino-américain transforme ses luttes en expériences gouvernementales. Cette diversité s’exprime dans les stratégies adoptées et dans les formes d’affronter les défis que les réalités nationales imposent.

Les années sombres de la répression exercée par les dictatures et régimes autoritaires avaient désarticulé et affaibli la gauche et des organismes comme le FMI avaient réussi à imposer des politiques libérales qui ont aggravé la pauvreté et ont creusé les inégalités tout en permettant aux transnationales de s’approprier des richesses du continent. Ces peuples relèvent la tête. Le mouvement populaire et les partis de la gauche transformatrice se renforcent et des acteurs nouveaux apparaissent sur la scène politique. Des syndicats sont créés et les paysans sans terre s’organisent sur tout le continent, le mouvement indigène redonne leur dignité à des populations exclues depuis des siècles de la vie politique, les habitants des quartiers populaires organisés deviennent des interlocuteurs des nouveaux gouvernements progressistes. Tout en se réclamant des expériences historiques de la gauche latino-américaine, ces forces populaires montrent une grande créativité dans la conception des stratégies et une grande capacité à inventer des nouvelles formes de démocratie.

Les expériences en cours nous montrent qu’il est possible de penser l’alternative en termes nouveaux dépassant les schémas classiques utilisés par le monde progressiste jusqu’ici. L’adoption de nouvelles Constitutions ouvre la voie à l’exercice des formes participatives de la démocratie et à la réappropriation des ressources naturelles que les transnationales exploitaient jusqu’ici sans que les peuples bénéficient des richesses produites.

En Argentine, en Equateur des gouvernements tombent sous la pression populaire. Au Brésil et en Uruguay des coalitions de gauche avec la participation des communistes arrivent aux gouvernements après des longues années d’effort pour construire une alternative. En Bolivie les mouvements sociaux transforment leurs luttes contre la privatisation de l’eau et pour la nationalisation des hydrocarbures en victoire électorale et plus que jamais, parce qu’il faut s’assurer de la réussite des expériences gouvernementales en cours, les mouvements sociaux restent dans l’action en essayant de peser dans les rapports de forces créés.

En nationalisant les hydrocarbures, le gouvernement d’Evo Morales met en question les discussions en cours au sein de l’OMC et les conditions que l’Union européenne veut imposer dans ses négociations avec les pays latino-américains, notamment celles qui les obligent à privatiser des secteurs stratégiques et à adopter des législations qui excluent toute possibilité d’expropriation. La résistance face aux politiques libérales s’est convertie en une force de proposition qui dépasse le cadre national. La puissance des États-Unis est questionnée dans ses projets de domination continentale grâce à la mobilisation et à la volonté de faire avancer une intégration des pays latino-américains fondée sur la coopération.

L’unité rêvée par Simon Bolivar est peut-être en train de naître en ce début de siècle.

(Obey Ament, journaliste Relations internationales)

Amérique Latine

L’Amérique Latine est-elle en train de se débarrasser de la tutelle de Washington ?

Le rêve de Simon Bolivar…

Par Jean Ortiz, Universitaire. Décembre 2011

La Celac (Communauté des États latino-américains et des Caraïbes) vient de naître à Caracas, sans les États-Unis. L’événement est vraiment historique. Le chantier de l’intégration continentale a franchi une nouvelle étape.

Deux cents ans après les proclamations d’indépendance, 33 pays, hétérogènes, réunis à Caracas les 2 et 3 décembre 2011 (presque tous leurs chefs d’État étaient présents), ont commencé à matérialiser le slogan « l’Amérique latine aux Américains » (du Sud), que le président Roosevelt lança au début du XXe siècle avec une tout autre signification : l’Amérique (du Sud) aux Américains (du Nord). Certes, le chemin sera encore long vers une intégration sans la tutelle de Washington, mais les vents ont tourné.

La déclaration du sommet fondateur de Caracas fixe le but final du processus : une « grande patrie », le vieux rêve de Bolivar, de José Marti, des « libertadors ». La Celac disposera, pour ses débuts, d’une structure légère, d’une troïka de direction (Chili, Venezuela, Cuba), qui fonctionnera entre chaque sommet annuel, et les décisions seront prises par consensus la première année et aux quatre cinquièmes des voix ensuite. Elle n’aura cependant pas de budget propre, ce qui limitera dans un premier temps ses pouvoirs. Les médias latino-américains soulignent le « rôle moteur » du président Chavez et l’importance de la « course de fond engagée ». L’Alba (Venezuela, Cuba, Équateur, Bolivie, Nicaragua et quelques petits États des Caraïbes) aurait souhaité aller plus loin dans les structures et les moyens de l’intégration, mais le bilan reste néanmoins significatif des nouveaux rapports de forces et du recul de l’hégémonie des États-Unis.

Certes, au-delà des bonnes intentions, les contradictions et obstacles seront nombreux à dépasser :

– poids continental et ambitions régionales et internationales du Brésil,

– influence de Washington sur les gouvernements conservateurs (Mexique, Chili, Colombie, Honduras, Panama),

– contre-offensive des États-Unis (coup d’État au Honduras, ingérences multiples en Colombie, en Équateur, provocations contre Cuba…), tentatives redoublées de déstabilisation du Venezuela bolivarien…

– persistance de l’OEA (Organisation des États américains), créée jadis pour servir de « ministère des colonies » aux États-Unis et aujourd’hui affaiblie. L’un des objectifs de nombreux pays de la Celac est, à terme, de la substituer. Un bras de fer et une course de vitesse sont désormais engagés. Les résultats des récentes consultations électorales consolident les processus démocratiques en marche. L’élection présidentielle vénézuélienne, à l’automne 2012, constitue pour tous, d’ores et déjà, un enjeu de la plus haute importance, marqué par l’état de santé du président Chavez, qui soigne un cancer grave. Pendant que les chefs d’État dessinaient un avenir indépendant, quelques centaines de manifestants, beaucoup de dames des beaux quartiers, comme jadis au Chili de Salvador Allende, manifestaient dans les rues de Caracas en tapant sur des casseroles. « On a faim ! »… de pouvoir. Ceux-là préparent la revanche de classe.

Tous les chefs d’État – certains sans doute moins spontanément que la plupart –, à l’instar de l’Équatorien Correa, ont insisté sur ce « pas en avant » vers une véritable indépendance, vers une coopération économique équitable, un dialogue souverain, la résolution des conflits sans la tutelle du puissant voisin du Nord, etc.

En 1904, le poète nicaraguayen Ruben Dario écrivait à Malaga : « Vous êtes les États-Unis, vous êtes le futur envahisseur de l’Amérique qui a du sang indien… » L’Amérique du Nord est intervenue militairement à près de 200 reprises dans l’histoire de ce qui fut son « arrière-cour ». Les temps ont bien changé. Même si l’impérialisme cherche à reprendre la main, le continent lui échappe. De nombreux pays sont des laboratoires de changements sociaux et démocratiques. 
On débat, on tâtonne, autour du « socialisme du XXIe siècle », sans tabou…

Le 13 juin 1826, Simon Bolivar, dans une lettre au « libertador » Santander, affirmait prophétiquement : « Les États-Unis semblent destinés par la providence à répandre dans notre Amérique des misères au nom de la liberté. » Aujourd’hui, « notre Amérique », au nom de la liberté, combat la misère et la dépendance. Avec volonté politique, renforcement de l’État, des services publics, redistribution, stabilité, croissance, efforts en matière de santé et d’éducation, et des progrès sociaux reconnus par la plupart des observateurs et spécialistes.

————————————————————————————————————————————–


AFRIQUE


Décembre 2013 –

A l’occasion du décès de Nelson Mandela, Achille Mbembe nous parle de l’Afrique (racisme, colonialisme, interventions militaires,…)

Interview d’Achille Mbembe

Amath Dansokho : « Derrière les guerres en Afrique, la guerre économique »

Le Sénégalais
 Amath Dansokho
 est une figure de la gauche africaine. Ministre d’État, l’ancien secrétaire général du Parti 
de l’indépendance et du travail, réputé pour son franc-parler, décrypte les engagements militaires français 
sur le continent.

Avec l’opération «Sangaris» en Centrafrique, la France est une nouvelle fois engagée militairement sur le continent. Comment jugez-vous cette posture de gendarme de l’Afrique?

Amath Dansokho. Apparemment, c’est pour la bonne cause… Ces pays, le Mali, puis la Centrafrique, étaient confrontés à des situations catastrophiques. Il fallait une force pour enrayer le cycle des violences de masse. Dans ces circonstances, la France est apparue comme une force luttant contre des tortionnaires, des assassins de la pire espèce. Dans le cas du Mali, on voit mal quelle autre force organisée et puissante aurait pu arrêter l’avancée des djihadistes, des forcenés qui veulent imposer leur modèle de société par la mort et la violence. C’est ce qui explique le large soutien apporté à l’opération « Serval » au moment de son déclenchement. Pas seulement au Mali : tous les pays du Sahel étaient menacés. Nous remercions donc la France. Mais les choses ne s’arrêtent pas là. On le voit bien, aujourd’hui, les inquiétudes sont exprimées par le président malien lui-même. D’autres chefs d’État, que je connais bien, estiment eux aussi que le jeu de la France est trouble. Pourquoi protège-t-elle certains groupes armés dans le nord du Mali ? On a l’impression que se trame, là, la création d’un État croupion qui permettrait l’exploitation des immenses ressources minières, énergétiques de cette zone, au détriment du Mali. Il y aurait un pouvoir central formel mais, dans les faits, la réalité des relations économiques serait entre les mains de ces groupes armés qui négocieraient avec les puissances occidentales. 
Ce serait très grave.

Dans le cas de la Centrafrique, la question des ressources naturelles entre-t-elle aussi en ligne de compte?

Amath Dansokho. Le contexte, les modalités sont peut-être différents mais les enjeux restent les mêmes. Ce qui se joue là-bas, c’est un affrontement très violent impliquant des États de la région. Le conflit n’aurait probablement pas connu cette intensité si des acteurs comme la Chine, ou encore l’Afrique du Sud, ne s’étaient pas aventurés dans une zone considérée comme relevant du « pré carré » français. Certaines grandes puissances estiment que l’Afrique du Sud doit rester au Sud et se tenir éloignée des affaires du continent… Les mêmes jouent habilement la carte du Nigeria contre celle de l’Afrique du Sud, en faisant miroiter un siège africain permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, pour tenter de contenir les prétentions de Pretoria. La Centrafrique est un pays immensément riche. Le régime soudanais a, surtout depuis la proclamation de l’indépendance du Soudan du Sud, des visées sur ce pays. Le président déchu, François Bozizé, a joué sur tous les tableaux. Il a conclu des accords avec Khartoum, comme il en a conclu avec les Chinois et les Sud-Africains. C’est avec cette toile de fond qu’il faut analyser la grave crise que traverse aujourd’hui la Centrafrique, ballottée par des puissances aux intérêts contradictoires. La Séléka s’est constituée avec des individus sans projet, sans la moindre maturité politique, ne connaissant que le langage des armes et facilement manipulables. Une fois le chaos installé, la France s’est proposée d’intervenir. Mais il ne faut jamais oublier que toutes ces guerres sur le continent africain, dont nous ne sommes que les acteurs apparents, dissimulent des enjeux économiques.

Comment expliquer que des États puissent s’effondrer comme des châteaux de cartes?

Amath Dansokho. Ce sont des États artificiels qui, en réalité, n’ont jamais eu d’armature politique et sociale forte. Ils ne sont pas nés d’un processus interne. Ce sont des puissances extérieures qui se sont partagé des sphères de domination, sans considération pour les peuples et l’histoire longue des territoires concernés. Les formes étatiques que nous connaissons sont typiquement issues de la colonisation, avec de vastes zones sous-administrées.

Au Sénégal, lorsque le clan Wade accaparait le pouvoir, le pays aurait pu, lui aussi, sombrer dans la violence. Cela ne s’est pas produit. Macky Sall doit au contraire son élection à un vaste mouvement citoyen. Comment jugez-vous les premiers pas de ce gouvernement?

Amath Dansokho. Certains parlent « d’exception sénégalaise ». Je suis beaucoup plus prudent, nous ne sommes pas à l’abri de convulsions catastrophiques si nous ne faisons pas preuve de sagesse. Chez nous, l’alternance a été préparée longtemps à l’avance par des forces politiques mûres, enracinées. Il existe au Sénégal une culture, un patrimoine démocratique que nous avons mis à profit pour discuter, rapprocher les points de vue. À défaut de candidat unique, nous avons quand même élaboré un programme commun. C’est ce qui nous a permis de surmonter les difficultés. Il était hors de question d’engager le pays sur la voie de la guerre civile. Cela a été affirmé clairement. Les urnes ont parlé, Abdoulaye Wade, isolé, sans soutien dans l’armée, n’a pas eu d’autre choix que de se plier à ce verdict démocratique. Désormais, il nous faut rompre avec les pratiques du passé, poursuivre la lutte engagée contre la corruption, continuer d’instruire les dossiers des biens mal acquis. Mais cela ne suffira pas si l’on ne traite pas les problèmes auxquels sont confrontés les Sénégalais. La crise sociale continue de faire des ravages. Avec la religion universelle qu’est devenu le capitalisme, on a encouragé l’émergence d’oligarchies bâties sur le détournement des ressources publiques. Parallèlement, on a démantelé les services publics, plongé les populations dans la misère. Tous les équilibres ont été rompus, les États, eux, sont menacés de désintégration. C’est cela, le résultat des politiques libérales imposées par les bailleurs de fonds, FMI et Banque mondiale en tête.

Le Sénégal peut-il échapper à la montée de l’islamisme?

Amath Dansokho. La crise fait son œuvre et les gens sont révoltés par la conduite des puissances occidentales, par leur arrogance et leur négation des droits des êtres humains à la vie. C’est cela qui alimente cette révolte aux formes monstrueuses. Cela existe chez nous. Au Sénégal domine un islam confrérique. Mais les jeunes sont de plus en plus sensibles aux discours de prédicateurs islamistes.

Les interventions, la déstabilisation, sale tâche des occidentaux.

Afghanistan, Irak, Lybie, … ce sont les peuples qui paient le prix fort des politiques aventurières de « l’occident ». Pays anéantis, déchirés, peuples qui souffrent, qui s’entre-tuent, qui doivent s’exiler.
Quels lamentables résultats dont les USA, la France, l’UE, l’OTAN, les émirats, (tout le clan US) n’ont pas de quoi être fiers.
La déstabilisation de l’Ukraine par ces mêmes « occidentaux » conduit au même résultat : guerre civile, réfugiés, tout un peuple qui souffre.
Dans l’Humanité Dimanche du 21 au 27 août Jean Ziegler fait le point sur tous ces sujets – un dossier clair, lucide et passionnant – sous le titre « La renaissance de l’ONU est la seule solution au chaos du monde ».

Vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, Jean Ziegler déplore la paralysie actuelle de l’ONU. Incapable d’assurer la sécurité collective, elle doit être réformée rapidement. Le chaos de notre monde actuel l’impose. Son espoir? Le réveil de la société civile « porteuse d’une formidable espérance ».

Entretien réalisé Émilie Denetre –           L’Humanité Dimanche 21 Août, 2014
 Jean Ziegler est Professeur honoraire de sociologie de l’université de Genève, auteur du livre « Destruction massive. Géopolitique de la faim », au Seuil.

HD. Ukraine, Gaza, Irak, Syrie: les Nations unies et, plus précisément, le Conseil de sécurité chargé d’empêcher les conflits semblent « malades »…
Jean Ziegler. C’est évident que les Nations unies sont paralysées et ne font pas ce pourquoi elles ont été fondées en juin 1945: assurer la sécurité collective. Dans la charte de l’ONU, il y a le chapitre VII, qui est central et qui définit un ensemble de moyens à mettre en œuvre en cas de conflit. Cela va de l’embargo économique à l’envoi de troupes contre l’agresseur. Ce chapitre VII, c’est-à-dire l’ensemble des instruments à disposition pour assurer la paix, terminer un conflit et punir un agresseur, ne fonctionne pas et c’est lamentable. La faute au Conseil de sécurité et au droit de veto. Soyons clairs, lorsque l’ONU a été créée, ce droit de veto était nécessaire. À l’Assemblée générale, chacun des 194 États membres dispose d’une voix, quelle que soit sa population ou son poids économique: c’est la démocratie totale. Le plus petit État, le Vanuatu, 55000 habitants, le plus grand, la Chine, 1,4 milliard d’habitants, chacun a une voix. Mais à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les Alliés (États-Unis, France, Royaume-Uni, URSS et Chine) n’ont pas fait entièrement confiance à ce principe démocratique, se rappelant que c’était par les urnes qu’Hitler avait accédé au pouvoir. Aussi ce droit de veto était-il justifié afin de se prémunir d’éventuelles décisions qui auraient pu être prises démocratiquement par l’Assemblée générale mais qui auraient été désastreuses pour la paix du monde. Aujourd’hui, ce droit de veto est totalement paralysant. Les cinq membres permanents qui en disposent suivent leurs propres raisons d’État. Vous prenez n’importe lequel des conflits actuels, Gaza, Syrie ou Ukraine, à chaque fois vous avez un pays qui utilise son droit de veto pour bloquer l’intervention de l’ONU.
HD. Que faire alors ?
J. Z. Tout le monde est conscient, en tout cas nous au Conseil des droits de l’homme, que ce droit de veto ne peut plus durer. Il faut qu’il disparaisse et que le système de sièges permanents évolue. Le plan de réforme, qui est sur la table et qui n’avance pas depuis huit ans, est celui de Kofi Annan. Il propose que les sièges permanents soient « tournants ». Exemple: les sièges permanents de la France et de la Grande-Bretagne seraient supprimés et l’on créerait un siège permanent pour l’Europe occidentale qui serait occupé successivement par les principaux États d’Europe occidentale. Même chose pour la zone Asie, le siège permanent de la Chine serait confié par rotation au Japon, à l’Inde, au Pakistan, etc. Idem pour l’Europe de l’Est, les Amériques, etc. Et évidemment, plus de droit de veto.
HD. Mais pour parvenir à une telle réforme, il faut l’accord des « 5 » qui freinent des quatre fers…
J. Z. Vu l’éclatement de conflits non maîtrisés que nous vivons actuellement et les effroyables massacres de populations civiles perpétrés par les généraux israéliens à Gaza cet été, les choses peuvent bouger. J’ai l’espoir que les grandes puissances se rendent compte que le chaos du monde exige la réforme des Nations unies. Surtout si elles comprennent, notamment les États-Unis et la Russie, que la paralysie de l’ONU les met en danger elles-mêmes. Un conflit comme celui de l’Ukraine risque de déboucher sur une guerre continentale, dont souffrirait terriblement la Russie. De même pour Gaza. Le fait que les crimes de guerre israéliens soient couverts par les États-Unis nuit aux Américains.
HD. Faut-il supprimer les Nations unies, pour repartir de zéro avec une nouvelle institution?
J. Z. Jamais! Car les Nations unies ont trois rôles essentiels: la sécurité collective (nous venons d’en parler) mais aussi celui d’assurer à chaque être humain le respect des droits de l’homme ainsi que la justice sociale, notamment par des mécanismes d’aide au développement. Toutes les cinq secondes un enfant en dessous de 10 ans meurt de faim et cela sur une planète qui pourrait nourrir le double de l’humanité actuelle. Un enfant qui meurt de faim est assassiné. Si vous supprimez l’ONU, vous anéantissez aussi ces organisations qui luttent tous les jours contre les inégalités: le Programme alimentaire mondial, l’Organisation mondiale de la santé, le Haut-Commissariat pour les réfugiés, etc. Mais le pire, c’est sans doute que si nous supprimions l’ONU, nous n’arriverions plus à remettre tout le monde autour d’une table pour discuter. Pour prendre un exemple précis, lorsque j’étais rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation, je me suis adressé à Antonio Gutierrez, haut-commissaire pour les réfugiés, afin de lui demander la création d’un statut pour les « réfugiés de la faim ». Il a levé les bras au ciel en me disant: « Surtout pas! Ne parle plus jamais de cela. Si l’on touche aujourd’hui à la convention de 1952, le droit d’asile en son entier serait en danger! » Et c’est un fait: aujourd’hui, on ne pourrait plus rien renégocier du tout, ni la Charte ni la Déclaration des droits de l’homme.
HD. Les États-Unis sont ambigus avec l’ONU, ils y siègent, mais la contournent, lui préférant l’OTAN?
J. Z. Pendant la guerre froide, vous aviez le pacte de Varsovie, pacte militaire de défense commune des pays communistes. En face, le traité transatlantique, l’OTAN, pour la défense des pays occidentaux. Après la chute du mur de Berlin, le traité de Varsovie a été dissous en 1991. L’OTAN, qui n’avait plus de raison d’exister, aurait dû également être dissoute. Mais les États-Unis ont réussi à maintenir l’OTAN et, mieux, à l’instrumentaliser pour leurs propres ambitions impérialistes, économiques et politiques. Un des très grands problèmes de l’ONU, c’est le gouvernement de Washington. Je le vois au Conseil des droits de l’homme, où il sabote tous les efforts pour généraliser les droits de l’homme. Par exemple, il existe une convention internationale interdisant les tortures, que les États-Unis ont signée. Et pourtant ils pratiquent la torture! Non pas par quelque dérapage, au fin fond d’une prison du Missouri. Ils pratiquent une torture organisée via un décret présidentiel de George W. Bush, en cas de soupçon de terrorisme, qui est encore en vigueur! Une des grandes puissances qui utilisent le plus cyniquement l’ONU, et le plus hypocritement les droits de l’homme, ce sont les États-Unis.
HD. Selon vous, que pense aujourd’hui la population des Nations unies, lui fait-elle encore confiance?
J. Z. Évidemment, que l’on permette durant un mois à un État membre, Israël, de bombarder un peuple pris au piège du ghetto de Gaza, d’assassiner des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes, de viser les écoles siglées ONU, cela fait des ravages dans les consciences. On se dit: « Qu’est ce que c’est que cette organisation qui n’arrive même pas à faire respecter les principes les plus élémentaires qui la fondent? » Pourtant il y a quelque chose qui est en train de changer en ce moment. Nous assistons au réveil de la société civile. Pendant tout le mois de juillet, les généraux israéliens ont massacré les enfants de Gaza, par terre, du haut du ciel et par mer. L’ONU est restée absente et les pays occidentaux, dont la France, sont restés silencieux. Mais en même temps, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté en Europe, des personnes de toutes les confessions, des jeunes, des vieux. Emmanuel Kant a dit: « L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi. » C’est le fondement de l’impératif catégorique qui anime la société civile. Cette société civile est aujourd’hui une force historique, elle impose graduellement ses normes. Elle est porteuse d’une formidable espérance. La renaissance de l’ONU, par les réformes que nous avons évoquées, est la seule solution au chaos du monde.

– See more at: http://www.humanite.fr/la-renaissance-de-lonu-est-la-seule-solution-au-chaos-du-monde-549615#sthash.V0jSTObr.dpuf

Sortir de l’OTAN

Pourquoi faut-il sortir de l’OTAN ?
L’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) est une alliance politico-militaire créée en 1949 à la suite de la 2e guerre mondiale. En réaction à cette alliance se crée plus tard à l’Est le Pacte de Varsovie.
La « guerre froide » entre les deux blocs n’étant plus d’actualité, le Pacte de Varsovie ayant disparu, l’OTAN n’a plus de raison d’exister.
L’OTAN est un instrument des Etats-Unis d’Amérique pour imposer ses vues sur une partie de la planète. En restant dans l’OTAN nous nous plaçons sous la dépendance des USA.
Il y a dans l’OTAN une domination écrasante des USA par rapport aux pays européens.
Il s’agit parait-il de défendre les « intérêts occidentaux »… Mais qui définit quels sont les « intérêts occidentaux », sinon les USA.
C’est la géopolitique qui commande la politique.
Les USA considèrent qu’ils sont le gendarmes du monde et agissent partout où ils le peuvent avec notre complicité. Ils espionnent partout, ils financent les oppositions dans tous les pays « qui ne leur plaisent pas », c’est-à-dire qui ne leur obéissent pas, ils divisent leurs adversaires en déstabilisant, en corrompant, en mettant la pagaille (voir en particulier dans le monde arabe). Dans le monde arabe ils soutiennent les pays qui leur font allégeance, même si ce sont des dictatures peu recommandables (Arabie Saoudite, Koweït, Qatar..), et ils déstabilisent ceux qui n’obéissent pas, bien souvent avec le résultat final de renforcer les « talibans » ou « intégristes » alors qu’officiellement il s’agissait de lutter contre eux (Afghanistan, Libye, Irak, Syrie…)
En plus que de dominer le monde par le dollar, ils veulent dominer par le militaire et par l’espionnage.
C’est l’appartenance à cet empire qu’ils veulent étendre maintenant à l’économie avec le GMT –grand marché transatlantique-.
A ce sujet on remarquera que l’industrie de l’armement fait partie de ce projet de traité. On a déjà commencé à brader EADS, on imagine la suite… Les USA veulent un système d’armement commun, donc décidé et construit par eux. Indépendance ??,
De Gaulle nous avait sorti de l’OTAN en 1966 (sortie du commandement intégré) au nom de l’indépendance nationale, et Sarkozy nous y a remis en 2009 (à l’époque le PS et le MODEM avaient protesté !).
La structure intégrée de l’Alliance Atlantique nous coûte cher et engage la France contre son gré dans les guerres des USA :
        en Afghanistan en guerre depuis 12 ans, avec, pour finir une victoire probable des talibans.
        En Libye, où l’on a créé une guerre civile et permis l’armement des groupes djihadistes en Afrique.
        En ex-Yougoslavie dans les années 90.
Elle nous amène à soutenir tout ce que les USA soutiennent (exemple de l’occupation de la Palestine par Israël en contradiction avec les nombreuses résolutions de l’ONU violées régulièrement).
Les USA ont installé en Europe (Pologne) un dangereux « bouclier antimissile » dont les conséquences pour nous peuvent être catastrophiques.
Quand les USA considèrent que c’est la France qui a des intérêts stratégiques et pas les USA alors ils laissent la France se débrouiller seule (exemple du MALI). C’est une solidarité très dirigée…
Une décision d’intervenir quelque part dans le monde, si elle s’avère indispensable, ne peut être décidée que par l’ONU, seule légitime, et non par les USA et leurs alliés
De plus en plus l’OTAN veut prendre des décisions à la place de l’ONU. Aucune  opération de police internationale ne doit se faire sans l’aval de l’ONU. Les USA font volontairement comme si l’ONU n’existait pas. Un droit international légitime les gène, il veulent décider seuls.
C’est l’OTAN qui permet aux USA d’espionner facilement tous les pays européens (voir l’affaire Snowden1..)
Nous n’avons plus aucune autonomie dans notre système de renseignement (ex : les drones américains utilisés par l’armée française qui sont contrôlés par les satellites américains, le contrôle de toutes les données est américain).
Nous devons retrouver notre indépendance par rapport aux Etats-Unis.
Que deviennent notre souveraineté nationale, notre défense nationale ?
Nous devons en garder la maîtrise et ne pas être une simple roue de secours des USA.
L’OTAN empêche les pays qui en sont membres d’avoir une réflexion propre dans les domaines concernés. On donne la barre de notre politique étrangère aux USA. Nous devons retrouver une politique étrangère autonome.
Qui a donné l’ordre scandaleux en 2013 d’interdire le survol de l’Europe au président bolivien Evo Morales ?
C’était de la part des USA un test de la servilité de la France et des pays de l’OTAN.
C’est aussi une des raisons pour laquelle nous n’avons pas eu le droit d’accueillir Snowden en France alors que nous aurions dû le faire – et même le décorer-.
Coopérer, oui, être en état de dépendance, non !
Nous devons maîtriser notre diplomatie.
Conclusion :
Nous voulons rompre avec l’alignement atlantiste et avec les logiques de puissance, pour agir en faveur de la paix, du règlement des conflits et du rétablissement du droit international dans le cadre d’une ONU démocratisée.
Seule l’ONU, malgré ses imperfections, est légitime et garante de la légalité.
Nous agirons pour le désarmement et non pour le maintien des blocs belliqueux.
G.B. le 12/06/14

1 – Edward Snowden est celui qui a révélé au monde entier en 2013 les espionnages à grande échelle des USA

Derrière les guerres en Afrique, la guerre économique

Le Sénégalais Amath Dansokho est une figure de la gauche africaine. Ministre d’État, l’ancien secrétaire général du Parti de l’indépendance et du travail, réputé pour son franc-parler, décrypte les engagements militaires français sur le continent.

Avec l’opération «Sangaris» en Centrafrique, la France est une nouvelle fois engagée militairement sur le continent. Comment jugez-vous cette posture de gendarme de l’Afrique?
Amath Dansokho. Apparemment, c’est pour la bonne cause… Ces pays, le Mali, puis la Centrafrique, étaient confrontés à des situations catastrophiques. Il fallait une force pour enrayer le cycle des violences de masse. Dans ces circonstances, la France est apparue comme une force luttant contre des tortionnaires, des assassins de la pire espèce. Dans le cas du Mali, on voit mal quelle autre force organisée et puissante aurait pu arrêter l’avancée des djihadistes, des forcenés qui veulent imposer leur modèle de société par la mort et la violence. C’est ce qui explique le large soutien apporté à l’opération «Serval» au moment de son déclenchement. Pas seulement au Mali: tous les pays du Sahel étaient menacés. Nous remercions donc la France. Mais les choses ne s’arrêtent pas là. On le voit bien, aujourd’hui, les inquiétudes sont exprimées par le président malien lui-même. D’autres chefs d’État, que je connais bien, estiment eux aussi que le jeu de la France est trouble. Pourquoi protège-t-elle certains groupes armés dans le nord du Mali? On a l’impression que se trame, là, la création d’un État croupion qui permettrait l’exploitation des immenses ressources minières, énergétiques de cette zone, au détriment du Mali. Il y aurait un pouvoir central formel mais, dans les faits, la réalité des relations économiques serait entre les mains de ces groupes armés qui négocieraient avec les puissances occidentales. Ce serait très grave.
Dans le cas de la Centrafrique, la question des ressources naturelles entre-t-elle aussi en ligne de compte?
Amath Dansokho. Le contexte, les modalités sont peut-être différents mais les enjeux restent les mêmes. Ce qui se joue là-bas, c’est un affrontement très violent impliquant des États de la région. Le conflit n’aurait probablement pas connu cette intensité si des acteurs comme la Chine, ou encore l’Afrique du Sud, ne s’étaient pas aventurés dans une zone considérée comme relevant du «pré carré» français. Certaines grandes puissances estiment que l’Afrique du Sud doit rester au Sud et se tenir éloignée des affaires du continent… Les mêmes jouent habilement la carte du Nigeria contre celle de l’Afrique du Sud, en faisant miroiter un siège africain permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, pour tenter de contenir les prétentions de Pretoria. La Centrafrique est un pays immensément riche. Le régime soudanais a, surtout depuis la proclamation de l’indépendance du Soudan du Sud, des visées sur ce pays. Le président déchu, François Bozizé, a joué sur tous les tableaux. Il a conclu des accords avec Khartoum, comme il en a conclu avec les Chinois et les Sud-Africains. C’est avec cette toile de fond qu’il faut analyser la grave crise que traverse aujourd’hui la Centrafrique, ballottée par des puissances aux intérêts contradictoires. La Séléka s’est constituée avec des individus sans projet, sans la moindre maturité politique, ne connaissant que le langage des armes et facilement manipulables. Une fois le chaos installé, la France s’est proposée d’intervenir. Mais il ne faut jamais oublier que toutes ces guerres sur le continent africain, dont nous ne sommes que les acteurs apparents, dissimulent des enjeux économiques.
Comment expliquer que des États puissent s’effondrer comme des châteaux de cartes?
Amath Dansokho. Ce sont des États artificiels qui, en réalité, n’ont jamais eu d’armature politique et sociale forte. Ils ne sont pas nés d’un processus interne. Ce sont des puissances extérieures qui se sont partagé des sphères de domination, sans considération pour les peuples et l’histoire longue des territoires concernés. Les formes étatiques que nous connaissons sont typiquement issues de la colonisation, avec de vastes zones sous-administrées.
Au Sénégal, lorsque le clan Wade accaparait le pouvoir, le pays aurait pu, lui aussi, sombrer dans la violence. Cela ne s’est pas produit. Macky Sall doit au contraire son élection à un vaste mouvement citoyen. Comment jugez-vous les premiers pas de ce gouvernement?
Amath Dansokho. Certains parlent «d’exception sénégalaise». Je suis beaucoup plus prudent, nous ne sommes pas à l’abri de convulsions catastrophiques si nous ne faisons pas preuve de sagesse. Chez nous, l’alternance a été préparée longtemps à l’avance par des forces politiques mûres, enracinées. Il existe au Sénégal une culture, un patrimoine démocratique que nous avons mis à profit pour discuter, rapprocher les points de vue. À défaut de candidat unique, nous avons quand même élaboré un programme commun. C’est ce qui nous a permis de surmonter les difficultés. Il était hors de question d’engager le pays sur la voie de la guerre civile. Cela a été affirmé clairement. Les urnes ont parlé, Abdoulaye Wade, isolé, sans soutien dans l’armée, n’a pas eu d’autre choix que de se plier à ce verdict démocratique. Désormais, il nous faut rompre avec les pratiques du passé, poursuivre la lutte engagée contre la corruption, continuer d’instruire les dossiers des biens mal acquis. Mais cela ne suffira pas si l’on ne traite pas les problèmes auxquels sont confrontés les Sénégalais. La crise sociale continue de faire des ravages. Avec la religion universelle qu’est devenu le capitalisme, on a encouragé l’émergence d’oligarchies bâties sur le détournement des ressources publiques. Parallèlement, on a démantelé les services publics, plongé les populations dans la misère. Tous les équilibres ont été rompus, les États, eux, sont menacés de désintégration. C’est cela, le résultat des politiques libérales imposées par les bailleurs de fonds, FMI et Banque mondiale en tête.
Le Sénégal peut-il échapper à la montée de l’islamisme?
Amath Dansokho. La crise fait son œuvre et les gens sont révoltés par la conduite des puissances occidentales, par leur arrogance et leur négation des droits des êtres humains à la vie. C’est cela qui alimente cette révolte aux formes monstrueuses. Cela existe chez nous. Au Sénégal domine un islam confrérique. Mais les jeunes sont de plus en plus sensibles aux discours de prédicateurs islamistes.

Mandela

Hommage unanime à Nelson Mandela. Unanimité bien hypocrite.. Certains n’avaient pas bougé lors de son emprisonnement – les communistes étaient alors presque seuls à manifester -. Certains ne condamnaient pas le système d’apartheid en Afrique du Sud, de même qu’ils cautionnent actuellement l’apartheid en Palestine.

Oui Mandela est un grand homme ! Oui il est un espoir pour l’humanité !