Joseph Stiglitz : « La grande fracture »

A l’occasion de la sortie de son livre « La grande Fracture » le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz a été reçu par plusieurs médias.

Stiglitz_grande_fractureInterrogé par Le Figaro sur des déclarations de l’ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, selon lequel l’intransigeance allemande face à la Grèce aurait eu pour but d’effrayer la France et de la convaincre de suivre la voie de la rigueur, l’économiste américain a déclaré: « je le crois ». « Le gouvernement de centre-gauche en France n’a pas été capable de tenir tête à l’Allemagne », que ce soit sur les orientations budgétaires au niveau de la zone euro, ou dans la réponse à la crise grecque, a déclaré l’ancien chef économiste de la Banque mondiale et conseiller du président américain Bill Clinton.

….« Les politiques d’austérité sont au cœur de la hausse des inégalités », pour M. Stiglitz, qui avait reçu le Nobel en 2001 avec deux autres économistes, pour des travaux sur les imperfections des échanges d’informations sur les marchés.
L’économiste a jugé que si la France affiche un important déficit public en termes nominaux, elle n’en pratique pas moins une politique d’austérité en bridant les dépenses publiques.

Il a aussi critiqué cette « idée vraiment stupide selon laquelle baisser les impôts sur les entreprises stimulerait l’économie », jugeant que cette « politique de l’offre » déjà mise en oeuvre par Ronald Reagan aux Etats-Unis était aujourd’hui « totalement discréditée ». « Je ne comprends pas pourquoi l’Europe choisit cette voie aujourd’hui », a-t-il indiqué. La baisse massive des charges et des impôts des entreprises est au cœur du Pacte de responsabilité et de solidarité défendu par M. Hollande.

Sur France Info le 31 Août : Le prix Nobel critique la politique économique de François Hollande et appelle à une réforme de la zone euro : « La monnaie unique pourrait disparaître ».
Sur la politique économique de la France : « Pour stimuler l’économie, il faut dépenser plus. Pour moi, cette stratégie de l’investissement dans l’avenir (…) est la seule manière d’avoir une croissance durable à l’avenir. Avec les politiques d’austérité que vous avez et qui mènent à 12% de chômage, vous êtes en train de torpiller l’avenir de la France ».

Sur la zone euro : « La monnaie unique pourrait disparaître. Un euro à plusieurs vitesses pourrait apparaître. Il y a des façons de sortir de l’euro tranquillement qui n’auraient pas trop d’effets négatifs et qui amèneraient à une reprise plus rapide de l’Europe, et la diviseraient moins (…) Peut-être que la seule façon de sauver l’Europe, c’est de laisser disparaître l’euro ».

Ecouter l’interview sur France Info (22 min)
http://www.franceinfo.fr/emission/l-interview-eco/2015-2016/l-economiste-joseph-stiglitz-la-france-torpille-son-avenir-31-08-2015-19-25

Télécharger en PDF le texte de l’interview de Joseph Stiglitz dans l’Humanité du 2 sept 2015

Varoufakis : notre printemps d’Athènes

Yanis Varoufakis a été l’invité d’Arnaud Montebourg à Frangy le 23 août. Si les médias ont couvert l’événement, peu ont fait état de la teneur du long discours prononcé par l’ex-ministres des finances de la Grèce. Vous trouverez ci-dessous cette intervention qui est tout autant un témoignage qu’une analyse, elle fera date.

Téléchargez en PDF l’intervention de Varoufakis à Frangy

L’Allemagne s’enrichit sur le dos de la Grèce

Le gouvernement grec a officialisé hier les termes de l’accord technique négocié avec les créanciers européens pour un troisième plan d’aide. S’il dessert quelque peu l’étau concernant le niveau réclamé des excédents budgétaires, envisage une recapitalisation des banques et accepte que les normes sociales soient alignées sur celle de l’Organisation internationale du travail, il programme aussi une baisse des dépenses de protection sociale, la libéralisation du marché de l’énergie ou encore une nouvelle vague de privatisations. Cet accord intervient alors qu’un rapport, conduit par des économistes d’outre-Rhin, révèle que l’Allemagne a réalisé 100 milliards d’euros d’économies depuis 2010 grâce à la crise grecque, de quoi effacer largement une bonne partie de la dette. Le pays a, en outre, largement profité des privatisations d’Athènes, en s’impliquant dans le rachat des aéroports les plus rentables.

Lire la suite…

Albert Einstein : « Le capitalisme, voilà la « source du mal »

Incroyable le caractère actuel et universel du texte publié par Einstein en 1949 !

« EST-IL CONVENABLE QU’UN HOMME QUI N’EST PAS VERSÉ DANS LES QUESTIONS ÉCONOMIQUES ET SOCIALES EXPRIME DES OPINIONS AU SUJET DU SOCIALISME ? POUR DE MULTIPLES RAISONS, JE CROIS QUE OUI. »

Je suis maintenant arrivé au point où je peux indiquer brièvement ce qui constitue pour moi l’essence de la crise de notre temps. Il s’agit du rapport entre l’individu et la société. L’individu est devenu plus conscient que jamais de sa dépendance à la société. Mais il n’éprouve pas cette dépendance comme un bien positif, comme une attache organique, comme une force protectrice, mais plutôt comme une menace pour ses droits naturels, ou même pour son existence économique. En outre, sa position sociale est telle que les tendances égoïstes de son être sont constamment mises en avant, tandis que ses tendances sociales qui, par nature, sont plus faibles, se dégradent progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position sociale, souffrent de ce processus de dégradation. Prisonniers sans le savoir de leur propre égoïsme, ils se sentent en état d’insécurité, isolés et privés de la naïve, simple et pure joie de vivre. L’Homme ne peut trouver de sens à la vie, qui est brève et périlleuse, qu’en se dévouant à la société.

L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon avis, la source réelle du mal.

Lire la suite…

ESCARRES, CO2 ET PETIT MARQUIS

Accidentogène, polluant, lent, inconfortable… l’autocar, un merveilleux moyen de transport pour les « gueux». N’est-ce pas, Monsieur le marquis! 

Il fallait le voir, notre ministre Macron, précieux comme un petit marquis, arpentant le couloir d’un autocar en partance de Paris pour Bordeaux et serrant les mains de celles et ceux qui s’apprêtaient dignement à choper des escarres aux fesses au cours d’un voyage de 7 heures quand un trop cher TGV rallie les deux villes en 3 h 20. Mais, au diable les ankyloses, il en fallait plus pour assombrir cette célébration du « tout-autocar » qui, selon l’impétrant, va révolutionner la vie de nos compatriotes et mettre définitivement notre économie dans le sens de la croissance, sinon du progrès.

Tout enthousiaste, voilà notre édile prophétisant la création de 20 000 emplois grâce à la libéralisation de ce transport privé, omettant de préciser que si les emplois sont hypothétiques (souvenons-nous des fausses promesses liées à la baisse de la TVA dans la restauration), par contre cette concurrence va coûter plus de 200 millions à la SNCF. Un déficit qui sera compensé par … la suppression de 13 000 emplois dans les quatre prochaines années qui s’ajouteront aux 25 000 déjà supprimés depuis 2003 et … un surcoût des billets! Enfin, on aura tous apprécié le tact de notre ministre promoteur d’une France low cost (la sienne est « premium »), passant sous silence, auprès des voyageurs, le fait que le transport en car est deux fois plus accidentogène que le train et que la pollution carbone des bus et des cars est dix fois supérieure à celle du train (130 g CO 2/km contre 13). Ah, ce souci de ne pas gâcher la fête, une élégance aristocratique!

ANDRÉ CICCODICOLA dans l’Humanité Dimanche du 7 août

 

Yanis Varoufakis : «Paris est la destination finale de la troïka»

L’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis publie sur son blog, en anglais, l’intégralité d’une interview qu’il a donnée au quotidien espagnol El Pais. Comme toujours avec lui, c’est passionnant, mais on ne peut pas tout résumer. Voici quelques extraits :

«Il n’est pas facile pour un architecte de bâtir un bâtiment solide, mais il est facile de construire un bâtiment qui va s’effondrer […] [Le troisième plan d’aide, actuellement discuté à Athènes] est prévu pour échouer, car reconnaissons-le : Wolfgang Schaüble [le ministre allemand des Finances] n’a pas envie d’un accord qui fonctionne.»

«Le plan de Schaüble est de mettre la troïka partout : à Madrid, mais surtout à… Paris ! Paris, c’est le gros lot. C’est la destination finale de la troïka. Le Grexit est utilisé pour créer la peur nécessaire pour forcer Paris, Rome et Madrid à acquiescer.»

«En 1967, il y avait les tanks [des colonels]. En 2015, il y avait les banques.»


Dans le Monde Diplomatique d’août 2015 le récit de Yanis Varoufakis

« Leur seul objectif était de nous humilier »