Islamisme et dictature, les deux faces d’une même pièce

Kamel Daoud et Alaa el Aswany : deux écrivains arabes dialoguent au cœur des convulsions du monde.
Dans l’Humanité  Mardi 2 JUIN, 2015

Les auteurs, l’un égyptien, l’autre algérien, échangent sur le printemps arabe, le poison islamiste, les droits des femmes… entretien exclusif.

Le premier est égyptien. Le second est algérien. Alaa El Aswany et Kamel Daoud sont deux figures de la littérature universelle, deux intellectuels arabes qui, par leur écriture et leur engagement, posent un regard lucide sur les mouvements du monde. El Aswany était place Tahrir dès les prémices de la révolution égyptienne, et auparavant dans l’immeuble Yacoubian où il décrivait à travers les portraits savoureux des locataires de cet immeuble niché au cœur du Caire la corruption et la montée de l’islamisme. Daoud a traversé la « décennie noire » avant de prendre la plume pour exorciser les démons de l’obscurantisme et s’aventurer dans une langue française qu’il a faite sienne. Elle fut le « butin de guerre » de Kateb Yacine, il en fait son « bien vacant ». L’un et l’autre parlent librement. Du pouvoir politique, de l’extrémisme religieux, de la corruption, de la démocratie, de la révolution et des femmes. Leurs propos se situent à contre-courant du flux d’informations anxiogènes qui nous empêche de penser. À la lecture de leurs ouvrages respectifs, on mesure combien l’un et l’autre sont visionnaires, à l’instar de tous les poètes. Alaa El Aswany et Kamel Daoud sont pareils à ces lucioles dont Pasolini déplorait la disparition et qu’ils rallument dans la nuit.

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L’ingérence des religions est insupportable

École, mariage, fin de vie : laissez-nous vivre en paix !

Benoît Schneckenburger Philosophe et auteur (dernier ouvrage : Intelligence du matérialisme. Editions de l’Epervier)

La déclaration à l’encontre de la loi sur la fin de vie émanant des représentants des trois monothéismes publiée dans le Monde constitue le dernier avatar de l’emprise croissante des religions dans le débat public. Déjà, lors de la nécessaire campagne de lutte contre la discrimination filles-garçons à l’école ou à l’occasion des débats accompagnant la loi pour le mariage pour tous, la sainte alliance des monothéismes s’était peu à peu reformée. En intervenant dans le débat sur la fin de vie, on pourrait soupçonner les prêtres, rabbins et imams de venir défendre leur fonds de commerce, tant il est aujourd’hui encore difficile de pouvoir mourir en paix sans que de bonnes âmes ne veuillent récupérer la nôtre.

Aujourd’hui, même le concept de laïcité apparaît de nouve au contesté, car derrière l’apparente condamnation unanime des assassinats de janvier, plusieurs représentants du culte ont exprimé leurs

réserves, pour ne pas dire leur réprobation des caricatures portant sur la religion. On a fait grand cas des réticences de quelques élèves, mais peu se sont élevés contre le pape lui-même qui a déclaré : « Si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing, et c’est normal. » Ça suffit ! Cette ingérence des religions est de plus en plus insupportable. Au

nom de quoi ces dignitaires auraientils le droit de s’ingérer dans le débat public, et de réclamer pour eux-mêmes un respect que l’histoire entière des religions dément ? Leur dernier sophisme consiste à faire croire que la laïcité elle-même serait une conviction parmi d’autres. Ce n’est évidemment pas le cas : la laïcité est un principe politique qui assure la liberté de conscience et permet donc à chacun

de se forger ses opinions propres. Dans les débats sociétaux, les dignitaires religieux se présentent comme des représentants de communautés dont personne ne sait vraiment qui les constitue : combien d’agnostiques, d’athées, de non-pratiquants parmi les prétendus chrétiens, juifs ou musulmans ? Combien ne se reconnaissent pas dans les positions de tel ou tel « porteparole » ? Il est temps de réaffirmer le principe de laïcité

dans l’espace public. C’est le fondement de la République, et même de l’idée de démocratie : c’est aux citoyens, dans la discussion politique, de fixer les normes. Que les religieux se contentent de rappeler leurs dogmes à leurs ouailles, nous entendons vivre, aimer et mourir en paix. Selon notre liberté de choix.

Article paru dans l’Humanité du 23 mars 2015

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Lettre à la France, par Edwy Plenel, Mediapart

http://www.mediapart.fr/journal/france/200115/lettre-la-france?onglet=full Les attentats des 7, 8 et 9 janvier nous obligent au sursaut. Non pas celui des politiques de la peur qui voudraient nous mettre en guerre. Mais celui de l’égalité, des politiques démocratiques et sociales qui, seules, pourront faire reculer la nécrose de l’espérance dont se nourrit la guerre des identités.

Sur la laïcité par Yvon Quiniou, philosophe

TRIBUNES L’Humanité   le 24 Janvier 2014
La laïcité induit-elle une neutralité bienveillante des religions ?

Il convient de libérer l’homme de la fantasmagorie religieuse

Par Yvon Quiniou, philosophe (1).
Dans un livre que j’ai lu avec attention (2), comme dans une récente tribune parue dans l’Humanité, Pierre Dharréville nous présente une conception très ouverte de la laïcité, liée à une conception elle-même très avenante de la religion. Le problème est que cette dernière n’est pas justifiée, ni sur le fond ni dans le visage que nous offrent à nouveau aujourd’hui les religions qui tentent de réinvestir la sphère politique publique, risquant d’altérer la véritable laïcité telle qu’elle existe en France depuis un siècle……

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Religions reflexions

Religions  (réflexion que j’avais écrite en 2003 ou 2004, un peu daté… ou pas…) «  L’islamisme est la religion la plus con  » aurait dit Houellebec. C’est une affirmation certes maladroite. Mais elle sous-entend que les autres religions sont également  » con « , bien que pas en tête dans la compétition. Un autre, plus grand, a dit avant : » La religion c’est l’opium du peuple « . Est-ce complètement dépassé ? Bien sûr il y a maintenant d’autres façons d’endormir la population, il … Lire la suite…