C’est le travail qui crée la richesse.
Et ce sont les travailleurs qui devraient gérer l’utilisation de cette richesse, pour le bien commun.
Cela s’appelerait le communisme..
L’écrivain de science-fiction Camille Leboulanger a écrit avec « Eutopia » une des plus puissantes utopies écologistes de l’époque.
Pour démarrer l’année avec optimisme, Reporterre l’a rencontré.
Dans ses propositions Leboulanger évoque le « revenu universel » de Bernard Friot.
Jean-Christophr Le Duigou conteste cette vision et met les choses au point à ce sujet .
La question du travail, par Jean-Christophe Le Duigou, économiste et syndicaliste
Le parti communiste propose un pacte emploi – formation pour tous.
Le parti pris du travail, un livre de Fabien Roussel

Le projet Sécurité Emploi Formation
Le contrat jeunes du MEDEF, non merci
Réflexions sur la social-démocratie et le gauchisme
par Jean Paul Legrand
Aménager le capitalisme ou le remplacer ?
SORTIR DE L’IMPASSE SOCIAL-DÉMOCRATE ET POPULISTE
Du point de vue marxiste, la social-démocratie et le populisme de gauche partagent une limite commune : ils ne posent pas la question centrale du pouvoir de classe.
La social-démocratie, historiquement incarnée en France par le Parti socialiste, accepte le cadre du mode de production capitaliste et cherche à en corriger les effets par la redistribution. Or, comme l’a montré Karl Marx, l’exploitation ne réside pas d’abord dans la mauvaise répartition des richesses, mais dans le rapport social de production lui-même : l’appropriation privée de la plus-value. Corriger les inégalités sans transformer la propriété des moyens de production revient à maintenir le système en place et à le laisser approfondir l’exploitation au fur et à mesure du développement de sa crise.
Le populisme de gauche, illustré notamment par La France insoumise, déplace la contradiction centrale du capital et du travail vers une opposition entre « peuple » et « oligarchie ». Cette reformulation peut mobiliser électoralement, mais elle tend à diluer l’analyse de classe et néglige totalement l’organisation politique de la classe ouvrière et des travailleurs en général comme acteurs autonomes de la transformation sociale. Elle favorise les manœuvres politiciennes et les tensions inutiles, notamment du gauchisme, qui obscurcissent le combat de classe. Or, pour le marxisme, le moteur de l’histoire demeure la lutte des classes structurée par la place dans le procès de production. Sans ancrage prioritaire dans le monde du travail productif, la conflictualité politique devient flottante et ne répond jamais à la nécessité historique de l’appropriation sociale des grands moyens de production et d’échanges.
Dans les deux cas, l’État est envisagé comme un arbitre neutre qu’il suffirait d’orienter différemment. Mais pour Marx et Friedrich Engels, l’État est l’instrument de domination de la classe dominante. Il ne peut devenir un outil d’émancipation que si le rapport de forces entre les classes est transformé, que si la classe productrice dirige l’Etat.
RECONSTRUIRE LE LIEN THÉORICO-PRATIQUE
Le marxisme du XXIᵉ siècle doit rétablir ce que Vladimir Lénine appelait l’unité entre théorie et pratique.
Un parti communiste n’est pas une simple machine électorale. Il est à la fois un outil d’élaboration théorique, un organisateur collectif, un instrument d’éducation populaire et un médiateur entre les expériences concrètes et la stratégie générale.
Le dépérissement idéologique de la conscience de classe du mouvement ouvrier et des salariés en général durant les 60 dernières années est dû en partie à l’affaiblissement du PCF et tient pour beaucoup à la rupture entre le savoir académique — notamment la connaissance des œuvres marxistes — et l’expérience vécue remplacée par la confusion de débats médiatiques qui ne sont plus que des joutes agressives de forme abandonnant le fond, de diffusion de théories obscurantistes contre les sciences et de l’occultation de la parole et même de l’existence des ouvriers et des travailleurs en général. La conscience de classe ne naît pas spontanément ; elle se construit. D’où la nécessité d’un parti d’éducation populaire ancré prioritairement chez les salariés, et en particulier dans la classe ouvrière, non par nostalgie sociologique, mais parce qu’elle occupe une position stratégique dans la production des richesses matérielles indispensables au fonctionnement de toute la société.
Comme l’a montré Antonio Gramsci, l’hégémonie culturelle est décisive : sans bataille des idées au sein du peuple, il ne peut y avoir de transformation durable.
RÉVOLUTIONNER LES FORCES PRODUCTIVES
Le cœur du projet marxiste n’est pas la gestion de la pénurie, mais la libération des forces productives.
Dans le capitalisme contemporain, marqué par la financiarisation et la domination des monopoles transnationaux, les forces productives — industrie, recherche, technologie, intelligence collective du travail — sont entravées par la logique de rentabilité immédiate.
Marx soulignait déjà que le capital développe les forces productives tout en les enfermant dans ses propres contradictions, dans le carcan de rapports de production qui étouffent l’essor du travail comme moyen de libérer la société. La tâche historique consiste à lever cette contradiction : socialiser les grands moyens de production stratégiques, planifier démocratiquement les investissements, articuler recherche fondamentale et production industrielle, orienter la production vers les besoins sociaux et la transition écologique. C’est par exemple ce qu’entreprend la Chine socialiste aujourd’hui dans les conditions spécifiques qui sont les siennes et dans le cadre de ses propres traditions.
Il ne s’agit pas d’un étatisme bureaucratique, mais d’une transformation du rôle de l’État : d’instrument du capital, il doit devenir un outil de planification démocratique au service du travail.
UNE STRATÉGIE INDÉPENDANTE
Si le Parti communiste français s’inscrit durablement dans des alliances où il est subordonné, il perd sa capacité stratégique autonome. Les cinquante dernières années l’ont montré. Une stratégie communiste ne peut se réduire à être l’aile gauche d’un dispositif électoral plus large.
L’autonomie stratégique implique une indépendance programmatique, la priorité au travail d’organisation dans les entreprises, l’élaboration d’un projet de transformation des rapports de production et l’articulation constante entre luttes sociales et perspective politique, y compris en créant des alliances mais qui ne subordonnent jamais le parti à des hégémonies d’autres organisations.
L’objectif n’est pas l’isolement, mais le rassemblement à partir d’un centre de gravité clair.
RASSEMBLER LES CLASSES DOMINÉES
Le moyen de cette stratégie n’est pas la seule classe ouvrière prise isolément, mais un rassemblement majoritaire constitué de toutes les classes et couches dominées : ouvriers, techniciens, ingénieurs, chercheurs, autres salariés du public et du privé, précaires, petits et moyens paysans, artisans dépendants, couches moyennes salariées, jeunesse populaire, retraités.
Dans la tradition du front populaire et de l’antifascisme, l’unité se construit autour d’un projet de rupture avec la domination capitaliste et la prédation impérialiste.
L’impérialisme contemporain — stade suprême du capitalisme selon Lénine — articule exploitation interne et domination internationale. La lutte pour l’émancipation nationale, industrielle et sociale est donc indissociable.
POUR RÉSUMER
La social-démocratie aménage le capitalisme.
Le populisme de gauche déplace la conflictualité sans transformer les rapports de production.
Le marxisme du XXIᵉ siècle doit reconstruire un parti communiste capable de relier théorie et pratique, ancré dans le travail et porteur d’une stratégie autonome.
L’objectif n’est pas la gestion plus juste du capitalisme, mais la transformation du mode de production lui-même qui est entravé par le capitalisme impérialiste : libérer les forces productives de la domination du capital et mettre l’État au service de cette libération, en rassemblant un bloc social majoritaire des classes dominées.
Jean-Paul LEGRAND
20/02/2026
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.