Hôpital : de la casse à la crise !

Les saignées budgétaires des dernières années mettent à mal la capacité des établissements publics à faire face à l’épidémie de coronavirus.

Un article de Pierre-André Juven, chargé de recherche au CNRS, dans l’Humanité du 18 mars 2020

En raison des circonstances le livre de Pierre-André Juven, Frédéric Pierru et Fanny Vincent sur les réformes qui ont conduit à “la casse” de l’hôpital public est en ligne gratuitement pendant la durée du confinement, en soutien au Service Public.
Merci aux Édition Raisons d’Agir.                                  le lien ci-dessous :

http://www.raisonsdagir-editions.org/wp-content/uploads/Casse_siecle_pages.pdf

Après avoir évoqué le retour d’un « État-providence », Emmanuel Macron vient d’annoncer un « plan massif d’investissement pour notre hôpital ». De quoi, enfin, répondre aux revendications des soignants mobilisés depuis plus d’un an à ce sujet ? Rien n’est moins sûr à en croire Pierre-André Juven, sociologue de la santé publique, qui met en garde contre les discours en trompe-l’œil. Entretien dans Bastamag le 27 mars :

https://www.bastamag.net/Macron-plan-massif-pour-hopital-Etat-providence-Big-Pharma-covid19-neoliberalisme

Michel Etievent est historien spécialiste de la Sécurité Sociale et d’Ambroise Croizat

 

Sarkozy, Hollande, Macron, comment peuvent-ils se regarder dans la glace !

Une déclaration importante de l’Intersyndicale des 8, le 17 mars

Un témoignage dans le courrier des lecteurs de Ouest France du 19 mars :

Hôpital public : 30 ans d’économie

Bien avant la crise du Covid-19, l’hôpital public français et ses personnels étaient déjà en souffrance. Retour sur des années de “maîtrise” des dépenses.

Une vidéo de Brut :

https://www.brut.media/fr/health/hopital-public-des-decennies-d-economies-9738360b-739b-4217-92be-c2085df8554f


vendredi, 27 Mars, 2020     Ces 17 années qui ont mis l’hôpital public à genou, par Lola Ruscio

Le « plan d’investissement massif » du chef de l’État constitue un aveu d’échec des politiques d’austérité. La crise sanitaire révèle les failles du système hospitalier, sous pression depuis plus d’une décennie et sommé de se transformer en entreprise.
 
«   C’est dramatique, violent et douloureux qu’il ait fallu une crise de cette ampleur pour espérer un simple geste du président de la République. » En première ligne dans l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, le neurologue David Grabli accueille avec amertume le discours d’Emmanuel Macron. Aux personnels essorés, lessivés, le chef de l’État a promis, mercredi, depuis l’hôpital militaire de Mulhouse, qu’ « à l’issue de cette crise, un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital ». Sans préciser les contours et le montant, il s’est engagé à « majorer les heures supplémentaires sous forme d’une prime exceptionnelle ».

Des mesures à appliquer d’urgence pour affronter l’épidémie
À l’écoute de ces annonces, le corps médical oscille entre prudence et colère. « Nous n’avons pas besoin d’un beau discours compassionnel, il faut des actes, estime Christophe Prudhomme (CGT), porte-parole de l’Association des médecins urgentistes (Amuf). Or, les promesses sont floues, non chiffrées, elles ne sont pas à la hauteur de la crise. Le chef de l’État promet des primes alors que nous réclamons une hausse des salaires pour tous les personnels. » Hugo Huon, président du Collectif Inter-Urgences, nuance de son côté : « C’est positif. Mais après tous les plans que l’on nous a proposés et qui étaient en deçà de ce qui était nécessaire pour les soins, on attend de voir. » Tous martèlent leurs revendications : une augmentation des salaires des paramédicaux de 300 euros, des effectifs suffisants pour maintenir et rouvrir des lits. Soit une augmentation de 5 % du budget des hôpitaux correspondant à une enveloppe de 4 milliards d’euros.

Des mesures à appliquer d’urgence pour affronter l’épidémie, qui aggrave la situation des établissements devenus de vraies Cocotte-Minute. Depuis plus d’un an, le monde hospitalier est secoué par une crise sans précédent. Parties des services d’urgences, des grèves très suivies, d’une longévité historique, se sont ensuite diffusées à tous les étages des établissements. Pour la première fois, la colère a fédéré toutes les catégories de l’hôpital. Infirmières, aides-soignantes, médecins, psychiatres, chefs de service… tous ont alerté sur l’état catastrophique de l’hôpital public. En vain. Raison pour laquelle, en janvier dernier, 1 100 médecins ont démissionné de leurs responsabilités administratives pour ne plus participer à la gestion du manque de moyens. Silence radio du gouvernement Macron, toujours. Qui n’est d’ailleurs pas l’unique responsable des politiques de santé mortifères. Celles de ses prédécesseurs ont bien préparé le terrain.

La loi HPST de 2009 a été une catastrophe
Car le traitement de choc prescrit à l’hôpital remonte à plusieurs années. En 2009, la loi hôpital, patients, santé, territoire (HPST) a bousculé la gouvernance des établissements au détriment des soignants. Le directeur s’est alors retrouvé dans une position de patron. « C’était la première fois qu’il y avait des manifestations aussi importantes de médecins, rappelle Christophe Trivalle, chef de service de gériatrie à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif (Val-de-Marne), membre de la Commission médicale d’établissement (CME) centrale de l’AP-HP, l’instance où siègent les représentants élus des médecins. Cette loi a été catastrophique. Tous les pouvoirs ont été donnés au directeur. Son seul objectif, c’est d’assurer l’équilibre financier. Or, l’hôpital est d’abord là pour soigner. » Ce membre du Collectif inter-hôpitaux ajoute : « L’autre catastrophe, ce sont les regroupements en pôles, qui ont entraîné des destructions de services, une diminution des lits, donc des effectifs. Sans oublier une souffrance du personnel soignant et médical. »

Depuis des années, les budgets hospitaliers sont asphyxiés
Pris dans des plans d’économies, le secteur se transforme en hôpital-entreprise. C’est d’ailleurs l’esprit de la tarification à l’activité (T2A), votée fin 2003. Ce système obéit à une volonté de rationaliser les modes de financement des établissements. « La T2A a été un instrument pervers : les hôpitaux sont rémunérés en fonction des activités effectuées en leur sein, précise David Grabli, médecin. Ce qui incite à augmenter la productivité. Or, les tarifs hospitaliers baissent, notamment en raison d’un Ondam (Objectif national des dépenses d’assurance-maladie – NDLR) fermé », voté chaque année au Parlement. Frédéric Pierru, sociologue de la santé, relève qu’ « en 1990, la part hospitalière était de 46,6 % dans les dépenses courantes de santé, contre 38,3 % en 2017. On a perdu 8,3 %, quand l’Allemagne ne perd que 3 % » .

Alors que l’épidémie menace aujourd’hui de faire s’écrouler le système hospitalier, tous exigent un investissement massif dans l’hôpital. Comme l’assène le sociologue, « à force d’avoir réduit les capacités hospitalières, en particulier en soins intensifs, particulièrement coûteux, nous sommes désormais à la merci de la moindre pandémie ». Pour lui, « on voit le désastre de ces choix budgétaires à court terme devant nos yeux. Et de cela, nos élites devront rendre des comptes, une fois la pandémie passée. »
Lola Ruscio

Le billet de Nicole Ferroni du 18 mars 2020, cliquer ici sur ce texte

Emmanuel Macron dans son récent discours a rendu un vibrant hommage aux “héros en blouse blanche”. Hommage bien mérité.
Mais hommage indécent de la part de celui qui organise activement la casse de tous les services publics !

Et il faut voir comment il traitait ces “héros en blouse blanche”  lorsqu’ils demandaient à pouvoir travailler normalement :

Hôpital : 17 500 lits de nuit fermés en six ans, écrivait Le parisien en octobre 2019 (lien)

Selon les statistiques du ministère de la Santé, l’hôpital a perdu 5,3 % de ses lits depuis 2013. À eux seuls, les établissements publics en ont perdu 13 631

N’oublions pas non plus la pénurie de médecins dans notre pays – “gouverner c’est prévoir..”, alors par qui étions nous gouvernés ?

Ni la saignée dans les crédits pour la recherche publique. En ce moment des chercheurs dénoncent le frein que l’on a mis à leurs études sur les virus depuis plusieurs années.
Il va falloir demander de l’aide à Cuba comme le font actuellement l’Italie et l’Espagne !
Lettre adressée au Président de la République par l’association France-Cuba le 19 mars

Depuis 2003, Bruno Canard, chercheur à Aix-Marseille, travaille sur les coronavirus. Il dénonce le désengagement européen et français dans le secteur des sciences.(lien)

La lettre de Patrick Le Hyaric, directeur du journal l’Humanité, le 21 mars 2020

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Une autre leçon à retenir de la crise actuelle. En lien avec la “réforme” des retraites que l’équipe Macron et ses godillots veulent nous imposer. Jetons un oeil vers les USA et les Pays Bas où actuellement les retraités voient leurs revenus plonger avec la bourse. Raison de plus pour reprendre la lutte dès que ce sera possible.

Et bientôt, en lien avec tout cela, n’allons nous pas retrouver le problème d’une autre suppression massive ?

En complément un extrait d’une conférence au Collège de France à propos du coronavirus

https://laviedesidees.fr/Covid-19-chronique-d-une-emergence-annoncee

Ce texte est tiré de la conférence prononcée par Philippe Sansonetti au Collège de France le 16 mars 2020

Qu’est-ce que Covid-19 et le coronavirus ? Quels sont les paramètres, les causes, les effets de cette maladie ? Quelles perspectives à court et à long terme ? Spécialiste des maladies infectieuses, Philippe Sansonetti explique pourquoi le sort de l’épidémie est entre nos mains.

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