Dany Lang, Christophe Prudhomme, Coline Serreau, Annie Ernaux

Dany Lang, économiste : «Les secteurs d’utilité publique devraient être socialisés»

L’ entretien avec Dany Lang en PDF

Un beau texte de Coline Serreau :

LE MONDE QUI MARCHAIT SUR LA TÊTE EST EN TRAIN DE REMETTRE SES IDÉES A L’ENDROIT
par Coline Serreau
 
Le gouvernement gère l’épidémie comme il peut… mais les postures guerrières sont souvent inefficaces en face des forces de la nature. Les virus sont des êtres puissants, capables de modifier notre génome, traitons-les sinon avec respect, du moins avec modestie.
Apprenons à survivre parmi eux, à s’en protéger en faisant vivre l’espèce humaine dans des conditions sanitaires optimales qui renforcent son immunité et lui donnent le pouvoir d’affronter sans dommage les microbes et virus dont nous sommes de toute façon entourés massivement, car nous vivons dans la grande soupe cosmique où tout le monde doit avoir sa place. La guerre contre les virus sera toujours perdue, mais l’équilibre entre nos vies et la leur peut être gagné si nous renforçons notre système immunitaire par un mode de vie non mortifère.
Dans cette crise, ce qui est stupéfiant c’est la rapidité avec laquelle l’intelligence collective et populaire se manifeste.
En quelques jours, les français ont établi des rites de remerciement massivement suivis, un des plus beaux gestes politiques que la France ait connus et qui prolonge les grèves contre la réforme des retraites et l’action des gilets jaunes en criant haut et fort qui et quoi sont importants dans nos vies.
Dans notre pays, ceux qui assurent les fonctions essentielles, celles qui font tenir debout une société sont sous-payés, méprisés. Les aides-soignantes, les infirmières et infirmiers, les médecins qui travaillent dans les hôpitaux publics, le personnel des écoles, les instituteurs, les professeurs, les chercheurs, touchent des salaires de misère tandis que des jeunes crétins arrogants sont payés des millions d’euros par mois pour mettre un ballon dans un filet.
Dans notre monde le mot paysan est une insulte, mais des gens qui se nomment “exploitants agricoles” reçoivent des centaines de milliers d’euros pour faire mourir notre terre, nos corps et notre environnement tandis que l’industrie chimique prospère.
Et voilà que le petit virus remet les pendules à l’heure, voilà qu’aux fenêtres, un peuple confiné hurle son respect, son amour, sa reconnaissance pour les vrais soldats de notre époque, ceux qui sont prêts à donner leur vie pour sauver la nôtre alors que depuis des décennies les gouvernements successifs se sont acharnés à démanteler nos systèmes de santé et d’éducation, alors que les lobbies règnent en maîtres et arrosent les politiques avec le fric de la corruption.
Nous manquons d’argent pour équiper nos hôpitaux, mais bon sang, prenons l’argent où il se trouve, que les GAFA payent leurs impôts, qu’ils reversent à la société au minimum la moitié de leurs revenus. Car après tout, comment l’ont-ils gagné cet argent ? Ils l’ont gagné parce qu’il y a des peuples qui forment des nations, équipées de rues, d’autoroutes, de trains, d’égouts, d’électricité, d’eau courante, d’écoles, d’hôpitaux, de stades, et j’en passe, parce que la collectivité a payé tout cela de ses deniers, et c’est grâce à toutes ces infrastructures que ces entreprises peuvent faire des profits. Donc ils doivent payer leurs impôts et rendre aux peuples ce qui leur est dû.
Il faudra probablement aussi revoir la question de la dette qui nous ruine en enrichissant les marchés financiers. Au cours des siècles passés les rois de France ont très régulièrement décidé d’annuler la dette publique, de remettre les compteurs à zéro.
Je ne vois pas comment à la sortie de cette crise, quand les comptes en banque des petites gens seront vides, quand les entreprises ne pourront plus payer leurs employés qui ne pourront plus payer les loyers, l’électricité, le gaz, la nourriture, comment le gouvernement pourra continuer à gaspiller 90% de son budget à rembourser une dette qui ne profite qu’aux banquiers.
J’espère que le peuple se lèvera et réclamera son dû, à savoir exigera que la richesse de la France, produite par le peuple soit redistribuée au peuple et non pas à la finance internationale. Et si les autres pays font aussi défaut de leur dette envers nous, il faudra relocaliser, produire de nouveau chez nous, se contenter de nos ressources, qui sont immenses, et détricoter une partie de la mondialisation qui n’a fait que nous appauvrir.
Et le peuple l’a si bien compris qu’il crie tous les soirs son respect pour ceux qui soignent, pour la fonction soignante, celle des mères, des femmes et des hommes qui font passer l’humain avant le fric.
Ne nous y trompons pas, il n’y aura pas de retour en arrière après cette crise.
Parce que malgré cette souffrance, malgré ces deuils terribles qui frappent tant de familles, malgré ce confinement dont les plus pauvres d’entre nous payent le plus lourd tribut, à savoir les jeunes, les personnes âgées isolées ou confinées dans les EHPAD, les familles nombreuses, coincés qu’ils sont en ville, souvent dans de toutes petites surfaces, malgré tout cela, le monde qui marchait sur la tête est en train de remettre ses idées à l’endroit.
Où sont les vraies valeurs ? Qu’est-ce qui est important dans nos vies ?
Vivre virtuellement ? Manger des produits issus d’une terre martyrisée et qui empoisonnent nos corps ?
Enrichir par notre travail ceux qui se prennent des bonus faramineux en gérant les licenciements ?
Encaisser la violence sociale de ceux qui n’ont eu de cesse d’appauvrir le système de soin et nous donnent maintenant des leçons de solidarité ?
Subir une médecine uniquement occupée à soigner les symptômes sans se soucier de prévention, qui bourre les gens de médicaments qui les tuent autant ou plus qu’ils ne les soignent ? Une médecine aux ordres des laboratoires pharmaceutiques ?
Alors que la seule médicine valable, c’est celle qui s’occupe de l’environnement sain des humains, qui proscrit tous les poisons, même s’ils rapportent gros. Pourquoi croyez-vous que ce virus qui atteint les poumons prospère si bien ? Parce que nos poumons sont malades de la pollution et que leur faiblesse offre un magnifique garde-manger aux virus.
En agriculture, plus on cultive intensivement sur des dizaines d’hectares des plantes transformées génétiquement ou hybrides dans des terres malades, plus les prédateurs, ou pestes, les attaquent et s’en régalent, et plus il faut les arroser de pesticides pour qu’elles survivent, c’est un cercle vicieux qui ne peut mener qu’à des catastrophes.
Mais ne vous faites pas d’illusions, on traite les humains les plus humbles de la même façon que les plantes et les animaux martyrisés.
Dans les grandes métropoles du monde entier, plus les gens sont entassés, mal nourris, respirent un air vicié qui affaiblit leurs poumons, plus les virus et autres “pestes” seront à l’aise et attaqueront leur point faible : leur système respiratoire.
Cette épidémie, si l’on a l’intelligence d’en analyser l’origine et la manière de la contrer par la prévention plutôt que par le seul vaccin, pourrait faire comprendre aux politiques et surtout aux populations que seuls une alimentation et un environnement sains permettront de se défendre efficacement et à long terme contre les virus.
Le confinement a aussi des conséquences mentales et sociétales importantes pour nous tous, soudain un certain nombre de choses que nous pensions vitales se révèlent futiles. Acheter toutes sortes d’objets, de vêtements, est impossible et cette impossibilité devient un bonus : d’abord en achetant moins on devient riches.
Et comme on ne perd plus de temps en transports harassants et polluants, soudain on comprend combien ces transports nous détruisaient, combien l’entassement nous rendait agressifs, combien la haine et la méfiance dont on se blindait pour se préserver un vague espace vital, nous faisait du mal.
On prend le temps de cuisiner au lieu de se gaver de junk-food, on se parle, on s’envoie des messages qui rivalisent de créativité et d’humour.
Le télétravail se développe à toute vitesse, il permettra plus tard à un nombre croissant de gens de vivre et de travailler à la campagne, les mégapoles pourront se désengorger.
Pour ce qui est de la culture, les peuples nous enseignent des leçons magnifiques : la culture n’est ni un vecteur de vente, ni une usine à profits, ni la propriété d’une élite qui affirme sa supériorité, la culture est ce qui nous rassemble, nous console, nous permet de vivre et de partager nos émotions avec les autres humains.
Quoi de pire qu’un confinement pour communiquer ? Et pourtant les italiens chantent aux balcons, on a vu des policiers offrir des sérénades à des villageois pour les réconforter, à Paris des rues entières organisent des concerts du soir, des lectures de poèmes, des manifestations de gratitude, c’est cela la vraie culture, la belle, la grande culture dont le monde a besoin, juste des voix qui chantent pour juguler la solitude.
C’est le contraire de la culture des officines gouvernementales qui ne se sont jamais préoccupées d’assouvir les besoins des populations, de leur offrir ce dont elles ont réellement besoin pour vivre, mais n’ont eu de cesse de conforter les élites, de mépriser toute manifestation culturelle qui plairait au bas peuple.
En ce sens, l’annulation du festival de Cannes est une super bonne nouvelle.
Après l’explosion en plein vol des Césars manipulés depuis des années par une maffia au fonctionnement opaque et antidémocratique, après les scandales des abus sexuels dans le cinéma, dont seulement une infime partie a été dévoilée, le festival de Cannes va lui aussi devoir faire des révisions déchirantes et se réinventer. Ce festival de Cannes qui déconne, ou festival des connes complices d’un système rongé par la phallocratie, par la corruption de l’industrie du luxe, où l’on expose complaisamment de la chair fraîche piquée sur des échasses, pauvres femmes porte-manteaux manipulées par les marques, humiliées, angoissées à l’idée de ne pas assez plaire aux vieillards aux bras desquels elles sont accrochées comme des trophées, ce festival, mais venez-y en jeans troués et en baskets les filles, car c’est votre talent, vos qualités d’artiste qu’il faut y célébrer et non pas faire la course à qui sera la plus à poil, la plus pute !
Si les manifestations si généreuses, si émouvantes des peuples confinés pouvaient avoir une influence sur le futur de la culture ce serait un beau rêve !
Pour terminer, je voudrais adresser une parole de compassion aux nombreux malades et à leurs proches, et leur dire que du fin fond de nos maisons ou appartements, enfermés que nous sommes, nous ne cessons de penser à eux et de leur souhaiter de se rétablir. Je ne suis pas croyante, les prières m’ont toujours fait rire, mais voilà que je me prends à prier pour que tous ces gens guérissent. Cette prière ne remplacera jamais les soins de l’hôpital, le dévouement héroïque des soignants et une politique sanitaire digne de ce nom, mais c’est tout ce que je peux faire, alors je le fais, en espérant que les ondes transporteront mon message, nos messages, d’amour et d’espoir à ceux qui en ont besoin.
Coline Serreau
 

Une lettre d’Annie Ernaux au Président de la République :

Monsieur le Président,

« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps »

https://www.franceinter.fr/emissions/lettres-d-interieur/lettres-d-interieur-30-mars-2020

La lettre lue par André Chassaigne


Surtout ne pas reprendre comme avant !

Leur système Ca suffit !

Passons maintenant à l’humain d’abord, pas la finance !


Action-Pétition : Des milliards pour l’hôpital pas pour le capital.

Frédéric Boccara avec des syndicalistes, des économistes, des citoyens et des militants politiques a lancé cette pétition destinée à E. Macron le 30 mars 2020

DE L’ARGENT POUR L’HÔPITAL, PAS POUR LE CAPITAL !

Par deux fois, le 16 mars lors de son allocution télévisée et le 25 mars à Mulhouse, E Macron a fait les louanges de l’action des personnels de santé, leur annonçant des mesures exceptionnelles ainsi que pour tout l’Hôpital. 

Mais à ce jour, les masques restent contingentés, la rallonge budgétaire de crise ne prévoit que 2 milliards pour l’Hôpital et, encore, le fléchage de cette somme demeure des plus obscurs alors qu’en France 300 milliards sont prévus pour garantir les prêts bancaires des entreprises, sans aucune condition sur l’emploi, 35 milliards pour faire face à leur défaillance fiscale et sociale et que l’on débranche tous les garde-fous sur le temps de travail. Au niveau européen 1.000 milliards sont prévus par la BCE pour soutenir la valeur des titres boursiers.

Au plus profond de la crise du coronavirus, les choix du Président Macron, relais du MEDEF et de la «Grande Finance», restent les mêmes : sauver le capital et les profits. A mille lieues de la réponse urgente et nécessaire aux besoins de la population.

L’obsession de maintenir la chaîne des profits prévaut sur tout ! En face, conditions de travail et de vie des citoyens, détresse sanitaire et psychologique de masse pèsent bien peu. C’est dès maintenant qu’il faut commencer à faire autrement, sans attendre le « jour d’après ».

Alors que droits sociaux et libertés publiques sont mis en cause, nous disons STOP et appelons à des mesures immédiates, précises et concrètes pour les salariés.ées et les populations ouvrant sur une alternative de progrès pour toutes et tous.

Nous exigeons :

  1. L’arrêt immédiat des activités non essentielles, en réaffectant aux hôpitaux les matériels de protection actuellement utilisés pour ces activités, et la mobilisation, la conversion, voire la réquisition de secteurs industriels pour la production massive de masques, de gel hydro-alcoolique, de tests, de matériels respiratoires afin de répondre aux besoins de toute la population.
  2. En urgence, des tests systématiques de dépistage. Il s’agit d’isoler et de soigner les malades pour lutter efficacement contre l’épidémie et permettre aux immunisés de s’impliquer concrètement dans une solidarité active.
  3. Le déblocage immédiat de 10 milliards d’euros pour la santé publique : rouvrir des lits, en les réhabilitant, y compris construire des hôpitaux en urgence, soutien à la création d’un pôle public du médicament afin de reprendre le contrôle de la production des traitements nécessaires, embauches immédiates de personnels soignants et de recherche, reconnaissance de leurs qualifications, et tout de suite une augmentation de salaires.
  4. L’organisation de la mobilisation totale de secteurs-clé comme les laboratoires d’analyse, et le renforcement des services publics d’Etat et locaux pour loger les sans-abri, pour apporter soins, aide, soutien et sécurité aux populations, ainsi que l’armée mais pas pour la répression.
  5. Démocratie sanitaire dans les territoires : des commissions départementales et régionales associant élus, professionnels de santé, représentants syndicaux, d’associations et d’organismes de prévention pour évaluer les besoins, suivre la mise en œuvre des mesures ci-dessus et assurer une prise de décision collective face aux enjeux de santé publique actuels et à venir, notamment en mobilisant tous les moyens financiers nécessaires (cotisations et fiscalité des entreprises et des revenus financiers, trésoreries des grands groupes, banques, assurances, liquidités de la BCE).

Premiers signataires :

Basset  Jean-Pierre, Militant associatif, secteur santé

Boccara Frédéric, Economiste, membre du CESE, responsable politique

Bodin Thiérry, Syndicaliste, Sanofi

Bonnery Stéphane, Professeur des universités, sciences de l’éducation

Cohen Laurence, Sénatrice, groupe citoyens, républicains et communistes

Durand Denis, Economiste, directeur de la revue Economie & Politique

Durand Jean-Marc, Fiscaliste, élu communal

Gonçalves Anthony, Professeur de médecine, cancérologue

Gravouil Denis, Syndicaliste

Joly Pascal, Syndicaliste

Lefèbvre Fabienne, Elue municipale, ingénieure en sciences sociales

Leflon Michelle, Médecin

Prudhomme Christophe, praticien hospitalier, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France, Hôpital Avicenne Bobigny

Rouchy Fabienne, Syndicaliste, Banque de France

Stivala Mireille, Aide-soignante, Syndicaliste

Talbot Baptiste, Syndicaliste services publics

Téjas Patricia, Syndicaliste, finances

Ternant Evelyne, Economiste, responsable politique,

Pour signer la pétition, cliquez sur l’adresse suivante :

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-des-milliards-pour-l-h%C3%B4pital-par-pour-le-capital/share_for_starters?just_created=true&tag_selected=economic_justice&fbclid=IwAR0zeG6rasM-XC5BOWjhnhq8vsVhx6EqiqeH_5EVbSP1BUbKBEXl4KNT7Ac

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