La start-up est le consensus social-libéral de notre époque

La start-up est le consensus social-libéral de notre époque, entretien avec Eric Sadin

Eric Sadin, philosophe

Le philosophe Éric Sadin est depuis une quinzaine d’années l’un des observateurs les plus critiques des conséquences du numérique sur notre société, et de la vision du monde qui en découle.
POURQUOI CETTE GLORIFICATION DES STARTUP ET DES JEUNES ENTREPRENEURS ?
ÉRIC SADIN Cela vient du mythe du garage. De ces ingénieurs qui s’affranchissaient d’une forme d’autorité et qui s’inscrivaient dans la prise de risque, l’audace et l’aventure technologique. Les deux grandes figures sont Steve Jobs et Steve Wozniak qui, dans les années 1970, ont fondé Apple. Depuis dix ans, ce mythe du garage est devenu celui de la start-up. L’audace entrepreneuriale est désormais accessible au commun des mortels. Cela induit un nouvel horizon du capitalisme qui permet à tout le monde de s’y raccorder. Du start-uppeur qui a une idée, au codeur, au « collaborateur créatif » ou encore à l’autoentrepreneur « indépendant ». Chacun peut devenir milliardaire, comme le promeut Macron. Ce mythe est récupéré et célébré par quasiment tous les bords politiques, car tout le monde peut y piocher des arguments. En cela, la start-up incarne le consensus social-libéral de notre temps. Elle est aussi glorifiée comme célébration de la jeunesse; la start-up permet d’offrir une cure de jouvence au capitalisme. Mais le développement des start-up ne consiste souvent qu’à trouver des moyens de collecter des données relatives à chaque séquence de notre existence, avec des applications et des capteurs que l’on veut placer partout: sur les biberons, les balances, les miroirs, les vêtements connectés… Dans le but de monétiser tous les champs de la vie. Et tout cela est considéré par la société comme un modèle bienvenu, qui va nous guérir de tous nos maux, sans en saisir les conséquences. Comment un tel aveuglement est-il possible?

S’IL Y A UN MYTHE AUTOUR DE LA START-UP, C’EST QUE LA RÉALITÉ EST AUTRE ?
ÉRIC SADIN Sil’on y regarde de plus près, les start-up ne créent pas tant d’emplois que ça. C’est le régime de la précarité qui prévaut et neuf sur dix échouent dans les deux ans. Les équipes sont petites et les pressions horaires terribles. On est dans le régime du « cool », ce qui permet de demander à tout le monde de travailler jusque minuit, mais avec une pause pour faire une partie de ping-pong. Tout le monde se tutoie, mais on fait des boot camps (sessions intensives – NDLR) tout le week-end. On emprunte même des termes de travail au vocabulaire militaire. Ces nouveaux entrepreneurs sont bien différents des précédents: ils n’engagent plus leur responsabilité, ne font plus d’emprunts, ne montent plus d’équipe, et peu louent encore de locaux… Ils n’engagent même plus leur propre argent : une rencontre avec des « business angels », qu’on « pitche » en cinq minutes et on repart avec des dizaines de milliers d’euros… Ce qui induit de facto des formes d’irresponsabilité.

POURQUOI UN TEL SOUTIEN DE LA SOCIÉTÉ ? SOMMES-NOUS EMBOBINÉS OU Y A-T-IL UNE VÉRITABLE ADHÉSION ?
ÉRIC SADIN Les deux en même temps. L’épi-centre du succès entrepreneurial de notre temps est la Silicon Valley. La réussite est insolente, cela devient la vérité économique. Les partis français n’ont rien d’autre à dire que « dupliquons, faisons la même chose à notre mesure ». Cela devient donc une vérité politique, que l’on soutient par des financements publics. On noue un partenariat entre Microsoft et l’éducation nationale car, comme le dit le président de la Banque publique d’investissement, « il ne faut pas rater le train ». Ce qu’on appelait il y a quinze ans le numérique, celui qui donnait accès à la plateforme Gallica (qui numérise le fonds de la BNF ­ NDLR) par exemple, et le numérique d’aujourd’hui, qui truffe notre existence de capteurs, n’ont plus rien à voir. On va vers une disqualification à terme de l’action humaine. Lorsqu’on met les choses bout à bout, la quantification, la visibilité en temps réel de tout, l’organisation algorithmique et la marchandisation de chaque séquence de la vie, on peut parler d’un changement de civilisation et non d’un simple changement de société. Et la start-up y contribue actuellement pour une large part.

POURQUOI Y A-T-IL UNE AFFINITÉ TOUTE PARTICULIÈRE ENTRE LE MONDE DE LA START-UP ET LE SOCIAL-LIBÉRALISME ?
ÉRIC SADIN L’originevient des forts liens idéologiques entre ce qu’on appelait « la nouvelle gauche » et l’époque où la Silicon Valley se revendiquait comme « contreculture » et voulait la fin des structures hiérarchiques et l’autonomie de l’individu. Cela court jusqu’à aujourd’hui avec ladite « économie du partage » et la désintermédiation. Une pensée politique s’est développée en parallèle, dont Barack Obama était le premier porte-parole, promettant la transparence et l’émancipation par la technologie et même un surcroît démocratique. Ce discours a séduit tout le social-libéralisme de la planète, en refusant de voir que des entreprises en avaient déjà privatisé tous les aspects, en particulier l’économie de plateforme. De temps en temps, cette gauche se dresse contre les abus d’Uber ou d’Airbnb, s’achète une bonne conscience à peu de frais. Mais elle ambitionne tout de même de transformer Paris en la Silicon Valley française et confie le projet de la halle Freyssinet à Xavier Niel. Il est plus que temps de nous opposer à ce modèle industriel qui est en train de balayer en quelques années tant de nos acquis sociaux, autant qu’il bafoue nombre de nos principes civilisationnels fondateurs.

LE PHILOSOPHE ALERTE CONTRE LA SILICOLONISATION DU MONDE
Dans la Silicolonisation du monde, ouvrage paru en octobre dernier aux éditions l’Échappée, Éric Sadin retrace « l’irrésistible ascension du libéralisme numérique », dès premiers âges de la Silicon Valley jusqu’au temps présent, décryptant le changement de civilisation qui nous guette. Dans la vision du monde promue par le techno-capitalisme, l’humain est fondamentalement imparfait et n’attend que d’être amélioré par la technique, explique l’auteur. Celle-ci nous entoure, nous assiste et nous dirige, nous demandant de moins en moins notre avis.

entretien réalisé par Pierric Marissal dans l’Humanité du 27 décembre 2016

(10% des Start-Up survivent après 3 ans d’existence, tandis que 65% des SCOP dépassent les 5 ans)

Joseph Stiglitz : « L’Union européenne est en train de détruire son avenir »

Le prix Nobel d’économie, qui publie un ouvrage sur les inégalités,estime que les Européens « ont oublié » que la dette est « l’assurance de la prospérité future »..

http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/09/01/joseph-stiglitz-l-union-europeenne-est-en-train-de-detruire-son-futur_4742246_3234.html

Joseph Stiglitz : « La grande fracture »

A l’occasion de la sortie de son livre « La grande Fracture » le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz a été reçu par plusieurs médias.

Stiglitz_grande_fractureInterrogé par Le Figaro sur des déclarations de l’ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, selon lequel l’intransigeance allemande face à la Grèce aurait eu pour but d’effrayer la France et de la convaincre de suivre la voie de la rigueur, l’économiste américain a déclaré: « je le crois ». « Le gouvernement de centre-gauche en France n’a pas été capable de tenir tête à l’Allemagne », que ce soit sur les orientations budgétaires au niveau de la zone euro, ou dans la réponse à la crise grecque, a déclaré l’ancien chef économiste de la Banque mondiale et conseiller du président américain Bill Clinton.

….« Les politiques d’austérité sont au cœur de la hausse des inégalités », pour M. Stiglitz, qui avait reçu le Nobel en 2001 avec deux autres économistes, pour des travaux sur les imperfections des échanges d’informations sur les marchés.
L’économiste a jugé que si la France affiche un important déficit public en termes nominaux, elle n’en pratique pas moins une politique d’austérité en bridant les dépenses publiques.

Il a aussi critiqué cette « idée vraiment stupide selon laquelle baisser les impôts sur les entreprises stimulerait l’économie », jugeant que cette « politique de l’offre » déjà mise en oeuvre par Ronald Reagan aux Etats-Unis était aujourd’hui « totalement discréditée ». « Je ne comprends pas pourquoi l’Europe choisit cette voie aujourd’hui », a-t-il indiqué. La baisse massive des charges et des impôts des entreprises est au cœur du Pacte de responsabilité et de solidarité défendu par M. Hollande.

Sur France Info le 31 Août : Le prix Nobel critique la politique économique de François Hollande et appelle à une réforme de la zone euro : « La monnaie unique pourrait disparaître ».
Sur la politique économique de la France : « Pour stimuler l’économie, il faut dépenser plus. Pour moi, cette stratégie de l’investissement dans l’avenir (…) est la seule manière d’avoir une croissance durable à l’avenir. Avec les politiques d’austérité que vous avez et qui mènent à 12% de chômage, vous êtes en train de torpiller l’avenir de la France ».

Sur la zone euro : « La monnaie unique pourrait disparaître. Un euro à plusieurs vitesses pourrait apparaître. Il y a des façons de sortir de l’euro tranquillement qui n’auraient pas trop d’effets négatifs et qui amèneraient à une reprise plus rapide de l’Europe, et la diviseraient moins (…) Peut-être que la seule façon de sauver l’Europe, c’est de laisser disparaître l’euro ».

Ecouter l’interview sur France Info (22 min)
http://www.franceinfo.fr/emission/l-interview-eco/2015-2016/l-economiste-joseph-stiglitz-la-france-torpille-son-avenir-31-08-2015-19-25

Télécharger en PDF le texte de l’interview de Joseph Stiglitz dans l’Humanité du 2 sept 2015

Les classes sociales, ça existe encore ?

Débats et Controverses dans l’Humanité du 7 avril 2015 (extraits)
Les classes sociales sont-elles toujours un point de repère pertinent dans notre société ?
Alors que le concept de classes moyennes s’impose en France
LES CLASSES SOCIALES : UN OBJET SOCIOLOGIQUE RETROUVÉ

« La fin des classes sociales semblerait une évidence pour de nombreux auteurs contemporains, au point que cette question a disparu de la production des sciences sociales (…). Objectivement visibles mais subjectivement désarticulées, les classes sociales sont porteuses d’un avenir plus ouvert qu’on ne le conçoit généralement. » Louis Chauvel (OFCE).
KARL MARX« L’HISTOIRE DE TOUTE SOCIÉTÉ JUSQU’À NOS JOURS N’A ÉTÉ QUE L’HISTOIRE DE LUTTES DE CLASSES. » LE MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE.


NOURRIR LA CONSCIENCE DE CLASSE
Par Nasser Mansouri-Guilani Économiste

La réponse se trouve dans les propos d’un financier américain : il y a une lutte des classes dans le monde et, pour l’instant, c’est ma classe qui l’emporte ! Cette formulation exprime une identité de classe à travers la lutte des classes. Sans cette identité, le mot devient pervers, par exemple lorsqu’on parle de la classe politique qui gouverne le pays de façon indifférenciée. Une telle formule favorise le simplisme et l’extrême droite.

Lire la suite…

Réflexions

Six enfants sont tués ou blessés chaque jour au Yémen depuis le début des frappes aériennes il y a un an, a annoncé en mars (2016) l’ONU dans un rapport.
Messieurs Le Drian et Hollande vos Rafale fonctionnent bien…


Elle est belle leur Europe de la concurrence !

Lu dans un article de Télérama du 23/03/16 (page 108) :

« Il y a tout juste vingt ans, l’Europe décidait de libéraliser totalement le marché de l’énergie.

A la clé, une promesse : celle d’une électricité moins chère grâce au jeu de la libre concurrence entre tous les opérateurs.

Au final, une chimère que les Européens paient au prix fort.

Le prix moyen de l’énergie a augmenté de 42% en huit ans, et un Européen sur dix se trouve ne situation de précarité énergétique faute d’avoir les moyens de se chauffer correctement… »


« Si le climat était une banque, les gouvernements des pays riches l’auraient déjà sauvé. » Hugo Chavez à la tribune de la conférence de Copenhague.

« J’adresse un appel aux puissances capitalistes… Nous souhaitons en finir avec ce système qui a déchaîné à grande échelle son rouleau compresseur, avec un libéralisme dont l’objectif est de produire, à l’infini, des biens de consommation qui détruisent la nature, notre travail, la convivialité humaine. » Evo Morales, président bolivien, le 30/11/15 à la conférence de Paris.

Pour les vrais militants du climat, sauver le climat, c’est changer le système.

« Saisir la bataille du climat pour en finir avec le capitalisme et amorcer la transformation progressiste. » Naomi Klein, sociologue.

Articuler la COP21 et la campagne antiTAFTA.


Pour un transfert des trafics routier et aérien sur le rail
Le projet Lyon-Turin et l’environnement
Par Bruno Gazeau, président, et Jean Sivardière, vice-président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT).

 

Les opposants au projet Lyon-Turin dénoncent un trafic potentiel insuffisant, un coût « pharaonique » et un impact environnemental négatif : la réalité est bien différente.

Longtemps surestimé, le trafic potentiel du Lyon-Turin est aujourd’hui sous-estimé. Au trafic total de fret France-Italie, il faut ajouter le trafic Espagne-Italie, qui passe par la Côte d’Azur et pourrait lui aussi se reporter sur le rail (la distance Barcelone-Milan est la même via Vintimille ou Lyon), soit au total 2 700 000 camions par an. Par ailleurs, l’Italie est le seul pays voisin de la France non connecté à son réseau à grande vitesse, si bien que les déplacements entre la France et l’Italie du Nord s’effectuent essentiellement par avion (3 millions de passagers par an, autant qu’entre Paris et Toulouse) et par route. Selon les opposants au projet, la voie ferrée existante de Maurienne suffirait pour transférer le trafic routier de fret sur le rail. Or elle culmine à 1 300 m d’altitude et présente des rampes de plus de 3 % : ses coûts d’exploitation sont supérieurs de 40 % à ceux d’une ligne de plaine. Le problème n’est pas sa capacité mais son manque de compétitivité face à la route : les camions, eux, empruntent des infrastructures performantes (tunnels du Mont-Blanc et du Fréjus, A40, A43).

Le trafic routier Allemagne-Italie n’est que de 1 200 000 camions. Mais les Suisses, soucieux de leur environnement, ont déjà percé deux tunnels ferroviaires de base, le Lötschberg, ouvert en 2007, et le Gothard, qui le sera en 2016. Un choix judicieux : depuis l’ouverture du premier, le trafic Bâle-Milan est passé de 4 à 12 millions de tonnes par an.

Si la Suisse a pu financer seule deux tunnels, la France et l’Italie, aidées par l’Union européenne, qui subventionnera le tunnel transfrontalier à 40 %, ne peuvent-elles en financer un seul? L’effort côté français, de l’ordre de 200 millions d’euros par an sur dix ans, est-il insurmontable? C’est le produit d’une surtaxe d’un demi-centime sur le gazole automobile… Les opposants au Lyon-Turin craignent aussi que sa réalisation ne pénalise le réseau ferré existant. Mais, si le projet était abandonné, l’effort financier serait inévitablement réorienté vers de grands travaux routiers: contournement autoroutier de Chambéry, deuxième tube au Mont-Blanc. Enfin, les écologistes affirment que le bilan carbone du Lyon-Turin resterait négatif jusqu’en 2050. Une étude réalisée par des experts indépendants ­ Gérard Mathieu, Jacques Pavaux et Marc Gaudry ­ a démontré que les émissions de carbone lors de la construction de l’ouvrage seraient compensées par les effets des reports de trafic sur le rail en moins de dix ans. Bien loin de conduire à un désastre écologique, le Lyon-Turin est un projet rationnel, nécessaire pour transférer massivement les trafics routier et aérien sur le rail, sauvegarder l’environnement alpin et azuréen, réduire les émissions de carbone et rééquilibrer l’économie européenne au bénéfice de la façade méditerranéenne. Pour être efficace, il devra être accompagné, comme en Suisse, d’une maîtrise fiscale du trafic routier. En le diabolisant, ses opposants jouent contre l’environnement et desservent la cause européenne.


 

Les embryons de groupes terroristes qui tuent aujourd’hui étaient entraînés, financés par l’imperium nord-américain, au nom de la lutte contre le communisme.

La France s’honorerait de suspendre les contrats d’armement avec ceux qui financent autant qu’ils inspirent les assassins de Daech.


 

Au lieu de traiter les salariés d’Air France de voyous, le gouvernement aurait pu critiquer une direction qui supprime 3000 emplois.

retraiteArgentExiste

Rentrée 2015,  Universités : Davantage d’étudiants et toujours moins d’enseignants !

Depuis 3 ans le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur a augmenté de 110 735, soit l’équivalent de 4 universités !
Parallélement, entre 2012 et 2014, l’nseignement supérieur a perdu 688 équivalents temps plein.


2015 YEMEN : un pays détruit par les bombardements de l’Arabie Saoudite. Avec des Rafale et des armes livrés par le gouvernement de Hollande, Valls, Le Drian, à ce régime moyenâgeux.
Les gens qui survivent manquent de tout (eau, nourriture, électricité). Silence nos amis bombardent…


TRIBUNES  L’Humanité le 24 Janvier 2014

La laïcité induit-elle une neutralité bienveillante des religions ?

Il convient de libérer l’homme de la fantasmagorie religieuse
Par Yvon Quiniou, philosophe (1).

Dans un livre que j’ai lu avec attention (2), comme dans une récente tribune parue dans l’Humanité, Pierre Dharréville nous présente une conception très ouverte de la laïcité, liée à une conception elle-même très avenante de la religion. Le problème est que cette dernière n’est pas justifiée, ni sur le fond ni dans le visage que nous offrent à nouveau aujourd’hui les religions qui tentent de réinvestir la sphère politique publique, risquant d’altérer la véritable laïcité telle qu’elle existe en France depuis un siècle.

Premier point: les religions – à distinguer de la foi intérieure qui est une option métaphysique sur le réel, tout aussi légitime que l’athéisme et qui n’est pas concernée ici – ne sont pas ce que Pierre Dharréville en dit, à savoir des facteurs de lien social, de pacification des mœurs, voire de solidarité sociale. Elles se sont toujours opposées entre elles, ont suscité ainsi des conflits et offert une structure d’accueil idéologique aux pires violences sectaires et meurtrières comme on le voit, aujourd’hui, avec le judaïsme d’extrême droite en Israël et, surtout, l’islam intégriste au Moyen-Orient. Cela a été l’honneur de la philosophie des Lumières d’en avoir fait le procès en son temps (Spinoza, Hume, Kant, pour ne citer qu’eux).

Par ailleurs, elles ont toujours – je dis bien toujours – été porteuses d’un dogmatisme inadmissible, alimentant l’obscurantisme en refusant les grandes découvertes scientifiques qui contredisaient leur conception du monde et de l’homme: cela s’est manifesté spectaculairement avec Galilée et s’est renouvelé avec Darwin, dont la théorie continue à être combattue par les mouvements créationnistes aux États-Unis ou les tenants du «dessein intelligent» qui ont des relais influents en France. Enfin, elles ont constamment soutenu les pires régimes d’oppression politique et sociale – la carte des dictatures au XXe siècle coïncide avec celle de la domination la plus forte des Églises. Et, sauf naïveté, on ne saurait se laisser prendre aux apparentes avancées du pape François: non seulement il maintient une vision rétrograde des mœurs et de la sexualité (comme les deux autres religions monothéistes), mais son ouverture au social est une magnifique duperie: son «option préférentielle pour les pauvres» est purement «théologique», a-t-il pu proclamer récemment et l’Église «n’a pas à devenir une ONG»! Sans compter que ce sont les excès du capitalisme qu’il condamne et non celui-ci dans son essence.

Deuxième point: il ne faut pas ignorer ou oublier l’immense apport critique des grands théoriciens du XIXe siècle. Non seulement et sous des formes diverses ils nous ont montré, voire démontré, que les religions sont des phénomènes purement humains que l’on peut expliquer, sur un plan strictement immanent, par l’ignorance, le faible développement technique, la psychologie ou l’histoire et dont on peut prévoir la disparition à (long) terme, mais, surtout, ils en ont dénoncé la malfaisance: elles ont dénigré la vie (Nietzsche), enfoncé l’homme dans l’infantilisme ou la névrose (Freud), aliéné l’humanité dans la croyance en un monde fictif (Feuerbach) et, last but not least, elles ont alimenté, selon Marx, l’aliénation socio-historique des hommes en la masquant ou en la justifiant par des illusions idéologiques.

La protestation contre la «détresse réelle» qu’elles constituaient à leur manière n’était suivie d’aucune lutte effective contre elle, voire offrait un dérivatif imaginaire qui en détournait. Et, quand au XXe  siècle, les théologiens de la libération ont voulu inverser ce processus, ils ont été rapidement rappelés à l’ordre. C’est bien pourquoi il faut saluer ce mot de jeunesse de Marx affirmant que «la critique de la religion est la condition préliminaire de toute critique», laquelle doit être suivie de la critique des conditions sociales qui la produisent car la «détresse religieuse» n’a pas de solution en elle-même.

D’où un dernier point, portant sur la laïcité. Celle-ci concerne bien spécifiquement la question religieuse dans son rapport à l’État, et on ne saurait la fondre dans une vague problématique de l’émancipation en général. Celui-ci doit garantir la libre existence des religions (comme l’expression de l’athéisme, ce qu’on oublie souvent) et ne privilégier, ni soutenir financièrement, aucune d’entre elles.

Or, c’est là qu’intervient un contresens: la neutralité de l’État ne signifie en rien celle des citoyens ou de l’école à l’égard du phénomène religieux. Dans le cadre d’une éducation à la raison et au jugement critique qui sous-tend aussi l’exigence laïque, l’examen critique des religions dans leurs dérapages intellectuels, leurs excès et leur malfaisance humaine, est de droit. C’est d’ailleurs, cette fois-ci, un élément, mais spécifique, du combat pour l’émancipation humaine en général.

Il nous faut donc rester fidèles au message de Marx, dans la Critique du programme de Gotha: étant entendu que la liberté de conscience doit être absolument défendue, il ajoutait que le propre des communistes n’était pas de s’en contenter et de libérer les religions des entraves qu’elles rencontrent (c’est la laïcité positive, plurielle et molle), mais de «libérer l’homme de la fantasmagorie religieuse», puisqu’elle est un facteur d’aliénation, par une critique continuée de ses effets.

C’est cela la vraie laïcité: celle qui favorise l’autonomie des êtres humains.

(1) À paraître, en septembre2014, aux Éditions La ville brûle: Critique de la religion. Une imposture intellectuelle, morale et politique.(2) La laïcité n’est pas ce que vous croyez, Éditions de l’atelier, 2013, 144 pages, 16euros.                                                                       Yvon Quiniou,


Réflexions :

La semaine de 32 heures est une solution au chômage :

  • Travailler tous, travailler mieux, travailler moins
  • Pour un nouveau mode de production et de consommation
  • Pour l’emploi, mais aussi pour la santé physique et morale des salariés

« Il faut battre la droite ! » évidemment on ne peut qu’être d’accord, c’est une nécessité.
Mais je préfère « Il faut combattre les politiques de droite » … qu’elles soient menées par la droite qui avoue son nom ou par la « gauche » qui ne mérite pas son nom.

Le Fret ferroviaire abandonné au profit du lobby routier (2013)

Déstabilisé par l’ouverture à la concurrence et victime des choix de la SNCF et du gouvernement, le rail ne capte plus que 8,8% du transport de marchandises. Et pendant ce temps le transport de marchandises par route est en pleine extension. Ecotaxons ?

Solidarité, quel beau mot, quel objectif louable. Eh bien nos dirigeants ont inventé le « délit de solidarité ». C’est scandaleux et cela illustre bien le cynisme de ce système.

Travailler jusqu’à 65 ans ? Jusqu’à 70 ans ? On n’est même pas capable de donner du travail à ceux qui ont moins de 60 ans !

Chemins de fer : La libéralisation du rail, avec séparation entre gestion de l’infrastructure et l’exploitation du réseau, cela a abouti en Grande Bretagne à une situation catastrophique. Alors, en France, faisons la même chose… logique, non ?

La Poste : Aux Pays Bas, la privatisation des services postaux a eu des conséquences désastreuses. Alors, en France, faisons la même chose… logique, non ?

E.D.F : En Californie, la privatisation de l’électricité a déclenché une guerre des profits allant jusqu’à provoquer volontairement « la grande panne » (voir le documentaire « EDF, les apprentis sorciers », qui donne une foule d’arguments). Alors, en France, faisons la même chose… logique, non ?

3 millions d’enfants sous le seuil de pauvreté, c’est en France.

A la Une de Ouest France le 29 octobre : « En France, la crise touche les enfants »
Il y est dit : « Le dernier rapport de l’UNICEF montre les effets dévastateurs de la grande récession de 2008 pour les jeunes, en particulier dans notre pays »
D’après ce rapport le nombre d’enfants vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 15,6% en 2008, ce qui est déjà énorme, à 18,6% en 2012 (3 millions d’enfants !).
         ressources trop faibles pour les familles.
         Privations, logements petits et inadaptés, image de soi dégradée, etc.
Remarquez le titre : « la crise touche les enfants »
C’est « la crise », ce monstre anonyme bien pratique pour camoufler les responsabilités.
NON, ce n’est pas la fatalité (baptisée crise ici), il y a des responsables, des coupables !
Ce sont les différents gouvernements libéraux, de droite ou socialistes, qui ont imposé l’austérité, qui servent ce capitalisme/libéralisme répartissant les richesses de façon scandaleuse.
La misère des enfants est un fait honteux et les responsables ne méritent pas notre respect.

Quel sens cela a-t-il d’être de gauche aujourd’hui ?



Table ronde parue dans l' »Humanité des Débats » vendredi 12 sept 2014.

avec Alain Badiou, philosophe
Christian Laval, sociologue
Monique Pinçon-Charlot, sociologue

un débat incontournable en ce moment.   

         Télécharger le document

Sur le même sujet, un article de
Frédéric Lordon, économiste,
dans Le Monde Diplomatique
de septembre 2014

La violence des riches

Entretien avec Monique et Michel Pinçon-Charlot, autour de leur livre «La violence des riches – Chronique d’une immense casse sociale» (Editions Zones – La Découverte 2013).
Réalisation : Yannick Bovy — Janvier 2014 – 26 mn.
Une émission proposée par la FGTB wallonne & produite par le CEPAG

Alternative à gauche

Alternative à gauche

Remarque préalable : Il ne faut pas confondre alternative et alternance !
L’alternance nous avons connu. Quand une équipe au pouvoir est usée ou discréditée, on nous laisse en changer.
Mais cette nouvelle équipe, avec un autre style et un autre discours, continue en gros la même politique au profit des mêmes. Les capitalistes adorent l’alternance, (voir la Grande Bretagne, les Etats Unis…) elle donne aux gens une impression de changement, une impression de démocratie, mais elle ne remet pas en cause leur système. D’où l’intérêt pour eux de favoriser une bipolarisation qui ne laisse le choix qu’entre deux gestionnaires du même système et de plus, met dans la tête des citoyens qu’il n’y a pas d’autre solution, que toute alternative est vaine et utopique.
La crise actuelle est une crise du système.
Il ne s’agit en rien d’un épisode conjoncturel. Elle se superpose aux crises énergétique, alimentaire, écologique et financière. Leur simultanéité révèle des dysfonctionnements que le système capitaliste mondialisé ne peut qu’amplifier, incapable qu’il est de définir un autre cap que celui de la course folle aux profits. À vouloir ponctionner aux deux extrémités du système marchand ce dernier déséquilibre tout l’édifice. Ainsi pour ce qui concerne le pétrole, la logique purement financière pousse les compagnies pétrolières à garder intactes leurs marges faramineuses quand les prix à la production flambent. La même logique imposant depuis 20 ans une répartition des richesses toujours plus à l’avantage des profits au détriment des revenus du travail, de la spéculation au détriment de l’investissement. Au final c’est un consommateur disposant donc de moins de revenus qui doit payer plus cher son carburant, son alimentation, son logement, ses soins médicaux… Une causalité simple mais bien réelle qui implique que ce ne sont plus simplement les ouvriers, les employés, les salariés qui se sentent opprimés mais toutes celles et tous ceux qui se croyaient à l’abri et insérés dans la société.
Ce système n’est pas une fatalité, il est soutenu par nos dirigeants qui l’assument à tous les niveaux : national (accélération des « réformes », de la déréglementation, de la casse des acquis sociaux), européen (dogme libéral de la mise en concurrence et de l’orthodoxie budgétaire), et mondial (FMI, OMC).
Comment en sortir ?
Sous peine d’une catastrophe planétaire annoncée, il est plus que jamais urgent de construire une véritable alternative à un système devenu aussi malade que pyromane. Nous avons besoin de construire, d’unir et d’organiser une gauche enfin à gauche qui soit en phase avec les aspirations de la population.
Nous avons des propositions, en voici quelques unes :
* Établir d’une autre répartition des richesses. (donc remise en cause du libéralisme).
* Reconquérir et développer des services publics. (donc remise en cause du libéralisme).
* Initier un nouveau type de développement.
* Garantir un accès égal pour tous  et toutes
aux biens communs de l’humanité tout en garantissant leur préservation : l’eau, l’énergie, l’environnement. (par ex établir un pôle public de l’énergie, mettre fin à la privatisation de la distribution de l’eau))
au droit à l’emploi, à la retraite, à la santé, à l’éducation, à une information pluraliste.
* Dégager les moyens d’une alternative (taxation des transferts financiers, réforme de la fiscalité, contrôle des fonds publics).
* Assurer un renouveau démocratique.
* Refondre les institutions françaises (passage à une VIe république) avec
·         .représentation pluraliste des citoyens avec non cumul des mandats et l’élection complète ou partielle des députés au scrutin proportionnel.
.réforme du Sénat.
·         .renforcement des pouvoirs du Parlement, ce qui passe notamment par la suppression de l’élection du président de la république au suffrage universel.
* Construire une autre Europe dans un autre Monde.
L’ampleur de la crise actuelle soulève la question de la remise en cause du système monétaire et financier. « Remettre à l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers » suivant la devise de la Fondation Copernic.
Il y a pour cela nécessité d’une action commune des forces anticapitalistes et antilibérales, c’est l’objectif de notre collectif.

Il ne faut pas sauver le système, mais le changer !
Cela ne se fera pas avec ceux qui le soutiennent et qui l’ont mis en place :
En France : Hollande, Sarkozy et les différents dirigeants depuis 30 ans.
En Europe : Ceux qui soutiennent la stratégie de Lisbonne (droite, centre, socialistes, verts).
Dans le monde : OMC et FMI.
D’où la nécessité absolue de construire à gauche une force d’alternative de progrès social, démocratique et écologique.
Une alternative ne sera possible qu’à deux conditions :
–         une convergence des luttes sociales.
–         un front commun des forces antilibérales qui doit devenir la véritable opposition.