Il s’agit ici de retracer un moment d’histoire, une belle lutte de femmes pour leur dignité.
En 1926 les .sardinières bigoudènes de Lesconil ont enclenché une lutte qui a marqué les mémoires de ce petit port de pêche et a été le début de la réputation de Lesconil la Rouge portée pendant plusieurs décennies à juste titre.
Ces luttes ont éré popularisés par l’affiche d’Alain Le Quernec et le tableau de Charles Tillon évoquant le défilé des sardinières, drapeau rouge en tête, vers le port voisin du Guilvinec. – voir plus bas ces deux documents –
Voir ici : Le pays bigouden était rouge
Quelques dates
1894 – 1902 révoltes des ferblantiers-souders qui fabriquaient les boites
1900 – 1914 misère et 1ères luttes, syndicalisation
Les ouvrières obtiennent d’être payées à l’heure et non au millier de sardines
1906 grève à St Guénolé pour avoir 20 centimes de l’heure (au lieu de 7 à 15)
1909 grève des soudeurs et des sardinières à Loctudy
Jean Jaurès à Douarnenez en 1909
1924 – 1925 révolte des « penn sardin » à Douarnenez
1926 – 1927 grèves en pays bigouden
À partir de 1970 suite de fermetures et de délocalisations
CONDITIONS DE TRAVAIL TRÈS DIFFICILES
Travail très pénible, de longues heures debout dans l’humidité et l’odeir de friture
Aucune législation du travail respectée, des gamines de 12 ans travaillaient à St Guénolé
Salaires dérisoires
Aucun revenu régulier, en fonction des arrivaages de sardines
Les événements de 1926
26 Juillet 1926 : la grève éclate dans les conserveries de Lesconil
Fin juillet début août extension du conflit. Durcissement patronal et ouvrier
10 août : réunion préfectorale, victoire des revendications
Fin 1926, début 1927 : répression patronale et vengeance jusqu’à épuisement des luttes (lock-out, chantage, guerre d’usure).
Une revendication : « pemp real a vo » « cinq reaux ce sera »
1 sou = 5 centimes, 1 real = 5 sous 5 reaux = 1,25 fr
CONTEXTE
1917.. révolution en Russie
1920 création du P.C.F.
1922 création de la CGTU. syndicat de classe
Peur bleue des rouges (patronat – église)
Présence active du communiste Charles Tillon et de la syndfcaliqre Lucie Colliard
L’époque était pleine d’espoir du côté des prolétaires..
18 mois plus tôt la victoire des sardinières de Douarnenez avait ouvert la voie.
En 1926-1927 de grandes grèves sardinières eurent lieu en Pays Bigouden.
26 juillet 1926 déclenchement à Lesconil (2 usines Billet Lémy et Maingourd)
Ici les salaires sont inférieurs à ceux obtenus à Douarnenez et à Concarneau (1,40 fr/h). Or certains usiniers, comme Beziers, ont des usines dans des endroits différents où ils appliquent des salaires différents.
28 juillet : Mény, directeur de Maingourd, fait transporter 1500 kg de haricots verts à l’usine Chacun du Guilvinec.
Les patrons de Chacun menacent de renvoi les ouvrières qui discuteraient avec celles de Lesconil
Les 3 patrons de Billet, Maingourd et Chacun veulent isoler les grévistes de Lesconil.
29, 30 juillet : cortèges à partir de Lesconil.

Cette photo a inspiré la belle affiche d’Alain Le Quernec réalisée en 1982 à l’occasion d’une commémoration de ces luttes à Pont L’Abbé (voir ci-dessous)
1er août : Les ouvrières du Guilvinec passent à l’action malgré les intimidations patronales.
2 août : plus de 500 ouvrières en grève. Un cortège de 300 personnes se dirige vers Pont L’Abbé. Le soir une réunion rassemble 800 personnes.

Salariés contre patrons : Pour une somme de vingt-cinq sous qui équivalait à 1,25 franc de l’heure. Les patrons refusant tout net, le conflit s’étend rapidement à tout le Pays bigouden. Le 5 août 1926, près de 1 000 grévistes sont recensés, avant que des marins pêcheurs ne rejoignent le mouvement.
Le patronat craint l’extension vers Penmarc’h, le plus gros secteur avec 11 usines, qui n’a pas bougé et il joue la division.
A Pont L’Abbé et à Penmarc’h les salaires passent à 1,25 fr/h pour éviter la grève et pour isoler Lesconil et Guilvinec (où ils ne proposent que 1,03 fr/h)
Intervention des gendarmes au Guilvinec.
Les usiniers licencient le personnel à Lesconil et Guilvinec et imposent » l’embauchage par voie individuelle »
Les pêcheurs de ces localités sont boycottés par les autres usiniers pour affamer les familles.
Le 4 août le mouvement s’étend à Plonéour (Raphalen) et l’Ile Tudy. Il y a un durcissement des 2 côtés.
Le même jour les patrons de St Guénolé, Kerity, Loctudy, Ile Tudy se réunissent et s’interdisent d’acheter du poisson apporté par les pêcheurs du Guilvinec ou de Lesconil
10 août : réunion préfectorale, une grande partie des revendications sont acceptées. Victoire des grévistes : 1,35 fr/h, application de l’échelle mobile (alignement sur le coût de la vie).
C’est la fête à Lesconil, défilé et bal populaire..
Quelques jours plus tard, les usiniers cèdent. Les Bigoudènes ont gagné. Elles perçoivent maintenant 1,35 franc de l’heure et les hommes 2 francs.
Un marché de dupes, car les usiniers revanchards tronquent les accords à leur profit. Du chômage s’ensuit et vite, la faim arrive.
Quelques jours après c’est le début de la répression patronale : mises à la porte, chantage au chômage, d’autant plus facile que certains possédaient des usines ailleurs. On cherche à affamer la population dans une guerre d’usure: fermeture d’usines, lock-out (1ere moitié de 1927).
Au Guilvinec le travail a repris début 1927 aux conditions convenues mais à Lesconil c’est la revanche patronale : chantage au travail, signature d’une lettre de soumission pour être réembauchée, chute du prix du poisson, lockout.
Au début du mois de mars 1927, Mr Mény, le gérant de l’usine Maingourd se manifeste afin de tester l’état d’esprit des ouvrières. Ainsi il fait connaître à la population que son patron serait disposé å rouvrir son usine. Mais à quelles conditions ! Il les définit dans une lettre adressée au Préfet, de la façon suivante :
“Ceci est un dernier avis pour le cas où un noyau suffisant d’ouvrières serait décidé à travailler à nos conditions. Il faudrait alors qu’elles prennent rapidement position, envoient promener leur syndicat et leurs meneuses une bonne fois et nous le fasse carrément savoir de façon que nous puissions nous-mêmes nous organiser pendant qu’il est encore temps. »
« Avant un mois, il sera trop tard, nous serons engagés ailleurs. »
« Ainsi faudra-t-il que les engagements que le personnel prendra via à vis de nous soient extrêmement nets. »
« Enfin, il ne faut pas que les ouvrières attendant que nous leur demandions si elles veulent travailler, car nous ne leur demanderons pas. »
« Nous avons maintenant des assurances par ailleurs qui font que nous nous moquons complètement de Lesconil et que nous pouvons nous en passer complètement. Si donc les ouvrières veulent travailler, c’est à elles de faire le premier pas. »
« Signé – Mény“ Archives.Départementales.Finistère. 10H. Rapport du commissaire spécial. 25 mars 1927.
En 1927, tout dérape, le prix de la sardine chute, la grève générale s’installe. Fin juin, les députés prennent conscience du conflit. La presse parisienne s’en empare. Des souscriptions s’ouvrent. Imperturbables, les patrons d’usine restent sur leurs positions. Courant juillet, le prolétariat bigouden, vaincu, reprend la mer ou le chemin de l’usine.
Cette épopée glorieuse néanmoins, laisse une trace indélébile dans l’histoire des Bigoudens.
Ensuite, au cours de 1927 le poisson est payé à un prix dérisoire, ce qui provoque un très important mouvement social dans le milieu des marins pêcheurs de notre région, de Douarnenez à Concarneau. (épisode décrit également dans le mémoire d’Anne Lebel

Le refrain d’une chanson des sardinières :
Saluez, riches heureux,
Ces pauvres en haillons
Saluez, ce sont eux
Qui gagnent vos millions
En quelques mots l’essentiel est dit :
- C’est le travail qui crée la richesse
- Et c’est le propriétaire des moyens de production qui s’en empare..



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