Youenn Drezen est un sinistre personnage raciste qui a collaboré avec l’occupant nazi pendant la 2e guerre mondiale.
A St Jean Trolimon, village du Finistère, cet écrivain bretonnant est honoré par un lotissement nommé « Park Youenn Drezen ».
C’est d’autant plus insupportable que le Pays Bigouden a payé un lourd tribut sous l’occupation allemande. Voir le site Internet bigouden1944.
En 2022 une proposition a été faite de retirer ce nom et de le remplacer par celui de Guillaume Bodéré, figure de la Résistance en pays bigouden et originaire de la commune.
En 2026 on a encore la désagréable surprise de retrouver ce nom « Park Youenn Drezen ».
J’ai du mal à comprendre la gène, sinon la complaisance, de certains milieux bretonnant vis à vis de bretons au passé trouble et insupportable sous pretexte qu’ils s’exprimaient en langue bretonne.. Ce n’est pas ainsi que l’on défend la culture bretonne, bien au contraire.
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Lu dans le journal Le Télégramme le 25 février 2022 ,
À Saint-Jean-Trolimon, la rue « Park Youenn-Drezen » va être débaptisée
Le 25 février 2022 à 12h18
Deux ans après Pont-l’Abbé, la municipalité de Saint-Jean-Trolimon s’apprête à débaptiser la rue Park Youenn-Drezen, du nom de l’écrivain pont-l’abbiste rattrapé par son passé trouble durant la collaboration. Cette décision sera discutée lors du prochain conseil municipal et expliquée à la dizaine de riverains concernés.
La municipalité de Saint-Jean-Trolimon va entamer les démarches pour débaptiser la rue Park Youenn-Drezen, du nom de l’écrivain pont-l’abbiste au passé trouble durant la collaboration.
C’est en 1999, sous la mandature de Roger Riou, récemment disparu, que la rue de Saint-Jean-Trolimon, desservant le nouveau lotissement situé en bordure de la rue de Pont-l’Abbé, avait été nommée rue Park Youenn-Drezen. « Pour lui, ardent défenseur de la langue et de la culture bretonne, c’était un hommage au grand auteur bigouden à l’occasion du centenaire de sa naissance, rappelle Jean-Edern Aubrée, maire actuel de la commune. D’ailleurs, à l’époque, il y avait eu un hommage et une conférence sur Youenn Drezen à Pont-l’Abbé, dont une rue portait le nom depuis quelques années ». Mais, depuis, l’écrivain a été rattrapé par son passé trouble durant les années 1940-1944, comme l’ont montré de nombreux travaux d’universitaires et d’historiens. Récemment encore, lors d’une conférence sur la Résistance en Pays bigouden organisée en novembre dernier à Saint-Jean-Trolimon, le professeur Daniel Quillivic avait mis en évidence les errements de certains réseaux autonomistes bretons durant cette période. Jean-Edern Aubrée y assistait et cela a eu l’effet d’un déclencheur.
Youenn Drezen
Youenn Drezen est un écrivain de langue bretonne dont le rôle pendant l’Occupation allemande fait l’objet d’un débat historiographique. Plusieurs chercheurs — notamment Françoise Morvan et Daniel Quillivic — ont mis en avant des éléments montrant son engagement dans la collaboration nationaliste bretonne. Voici l’essentiel de ce que l’on trouve dans leurs travaux.
1. Engagement dans le nationalisme breton radical
Selon Morvan, Drezen est lié très tôt au mouvement nationaliste breton issu du journal et groupe Breiz Atao. Il y adhère dans sa jeunesse et reste engagé dans cette mouvance idéologique toute sa vie. (francoisemorvan.com)
Ce courant défendait une conception ethniste de la Bretagne et, pour certains de ses militants, l’idée d’une Bretagne séparée de la France intégrée à une « Europe des peuples » sous domination allemande. (francoisemorvan.com)
Dans cette perspective, certains nationalistes bretons voient dans la victoire allemande un moyen de briser l’État français.
2. Activité dans la presse collaborationniste
Pendant l’Occupation, Drezen participe à plusieurs organes de presse nationalistes soutenus ou tolérés par les autorités allemandes.
Le plus notable est le journal L’Heure bretonne, considéré comme l’organe du Parti national breton pendant la guerre. (francoisemorvan.com)
Selon Morvan et le dossier du Groupe Information Bretagne :
- Drezen y écrit des articles en breton, parfois sous pseudonyme.
- Il dirige ou collabore aussi à l’hebdomadaire Arvor entre 1942 et 1944. (le-grib.com)
Ces journaux appartenaient au réseau de propagande du mouvement nationaliste breton et recevaient un soutien indirect des autorités allemandes. (francoisemorvan.com)
3. Contenu antisémite et raciste de certains textes
C’est l’aspect le plus controversé de son œuvre.
Françoise Morvan affirme avoir traduit plusieurs articles de Drezen publiés entre 1941 et 1944 contenant :
- des attaques contre les Juifs
- des propos racistes
- des textes favorables à la propagande de l’« Europe nouvelle » nazie. (Le Télégramme)
Elle cite notamment des textes publiés pendant la période des lois antijuives et de la persécution des Juifs en France. (francoisemorvan.com)
Ces traductions ont été rendues publiques lors de polémiques locales, par exemple lors d’hommages municipaux rendus à Drezen dans les années 1990.
4. Les recherches de Daniel Quillivic
Daniel Quillivic a joué un rôle important dans la redécouverte de ces textes.
En 2019, il rassemble et traduit un dossier d’articles de Drezen publiés dans la presse collaborationniste, ce qui conduit la municipalité de Pont-l’Abbé à débaptiser une rue portant son nom. (francoisemorvan.com)
Son travail consistait essentiellement à :
- retrouver les articles originaux en breton,
- les traduire,
- documenter leur contexte politique.
5. Situation après la Libération
Comme beaucoup de militants du mouvement breton impliqués dans la collaboration :
- Drezen est inquiété après la guerre,
- mais il bénéficie finalement d’un non-lieu. (francoisemorvan.com)
Il continue ensuite une carrière littéraire en breton et meurt en 1972.
6. La controverse mémorielle
Le cas Drezen est aujourd’hui au cœur d’un débat historiographique et politique en Bretagne :
- certains mettent en avant son importance comme écrivain breton ;
- d’autres soulignent son rôle dans la collaboration et l’antisémitisme.
Ces tensions apparaissent notamment dans les débats sur les rues ou les hommages publics portant son nom. (Le Télégramme)
✅ En résumé :
D’après les travaux de Morvan et Quillivic, Youenn Drezen fut à la fois un écrivain breton et un militant nationaliste impliqué dans la presse collaborationniste pendant l’Occupation, auteur d’articles antisémites et racistes. Sa figure reste aujourd’hui fortement controversée dans l’histoire culturelle bretonne.
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Des militants bretons dans l’extrême droite fascisante.
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Une documentation sur Youenn Drezen et ses amis
par Daniel Quillivic, Pont L’Abbé
auteur du livre « Bro Goz – L’imposture »
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Youenn DREZEN ( Né Yves Le Drézen à Pont-l’Abbé en 1899 – Lorient, 1972 )
Ecrivain et journaliste très engagé.
«Un élément constitutif du Breiz Atao naissant fut le groupe de bretonnants. Dans ce temps là, aucun gallo de notre âge ne savait le breton. Nous regardions nos camarades bretonnants comme des élus, avec une envie mélangée de respect. Youenn DREZEN, Fanch ELIES qui signait Abéozen, furent les piliers de Breiz Atao adolescent, non moins que Jakez RIOU quand il était dans les parages. Poser la question de savoir quelle était l’opinion politique de ces hommes qui, consacrés à la langue, ne faisaient pas ordinairement de politique, est parfaitement oiseux. »
Extrait de GALERIE BRETONNE de Jean La Bénelais (1955) édité par un petit bis-mensuel rennais d’extrême droite gallo teinté au national socialisme intitulé LA BRETAGNE REELLE, organe des jeunes de la Bretagne Nouvelle fondé par Jacques Quatreboeufs (1) et dont le tirage est à l’époque de 400 exemplaires. En réalité Jean La Bénelais est un pseudonyme, celui d’Olier Mordrel (Olivier Mordrelle à l’état civil), ancien président du feu P.N.B. (Parti National Breton), deux fois condamné à mort pour une totale collaboration avec l’Allemagne nazie. Lorsqu’il écrit ces lignes, Olier Mordrel est toujours en fuite et se trouve à Récife au Brésil.
«…ces hommes…ne faisaient pas ordinairement de politique… ». Si l’affirmation de Mordrel à propos de Jakez RIOU (décédé en 1937) est juste, concernant Youenn DREZEN et Abéozen, elle est tout à fait on ne peut plus erronée. Car s’ils « ne faisaient pas ordinairement de la politique » au terme où on l’entend, ils « s’occupaient de politique », et oh! combien!
Abéozen qui « ne faisait pas ordinairement de la politique » était quand même le censeur en langue bretonne, adoubé par les autorités nazies, de Radio Rennes, filiale « culturelle » de Radio Paris allemande. Quant à Youenn DREZEN, il s’agit d’une longue histoire -affligeante- que Jean La Bénelais Mordrel, en fin connaisseur, appréciait, en nous livrant son jugement: oui, Youenn DREZEN était un vrai Breiz Atao digne du P.N.B.
(1) Archives départementales du Finistère à Quimper, cote 44 J 151.
Olier Mordrel -on peut lui concéder cela- sait reconnaître ses amis fidèles de longue date. Et justement, Youenn Drezen est l’un de ceux-ci: la délégation bretonne présente à Dublin lors du congrès Panceltique de 1925 (1ère semaine de juillet) se compose de 5 personnes: Taldir Jaffrennou pour le Collège des bardes et l’Union Régionaliste Bretonne, Roparz Hemon dans la mouvance de Breiz Atao (et qui vient de fonder la revue Gwalarn avec Olier Mordrel), Morvan Marchal, Olier Mordrel pour Breiz Atao et…Youenn DREZEN, faire valoir bretonnant de Breiz Atao. (1)
Il n’y a là absolument rien de choquant mais ce fait montre bien les liens étroits qui unissent, dès le début, Youenn DREZEN au mouvement Breiz Atao ainsi que, notamment, à Roparz Hemon et Olier Mordrel.
(1) Notes de Taldir Jaffrennou et lettre de Régis de l‘Estourbeillon, président de l’Union Régionaliste Bretonne en date du 14 juillet 1925. Archives départementales du Finistère à Quimper, cotes 44 J 150 et 44 J 102.
11 et 12 SEPTEMBRE 1927
Durant ces deux jours se tient, à Rosporden, le congrès fondateur du Parti Autonomiste Breton
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(Strollad Emrenerien Vreiz). Le P.A.B. se substitue à l’Union de la Jeunesse de Bretagne (Unvaniez Yaouankiz Vreiz) qui édite le mensuel Breiz Atao La nation bretonne. Breiz Atao reste l’organe du nouveau parti (Le P.A.B. disparaîtra à son tour en 1931 pour donner, d’une part la Ligue Fédéraliste de Bretagne plutôt de gauche avec Morvan Marchal et Maurice Duhamel, et de l’autre le Parti National Breton prônant un nationalisme de droite de plus en plus décomplexé avec, entre autres, Olier Mordrel et François Debauvais. Le P.N.B. gardera dans son giron la revue Breiz Atao).
Olier Mordrel,dans son ouvrage Breiz Atao, histoire et actualité du mouvement Breton donne la liste des convives du banquet de la fondation du P.A.B. à Rosporden : il y a là Olier Mordrel, bien entendu, mais également François Debauvais, Célestin Lainé, Roparz Hemon, … et Youenn DREZEN. (1)
Morvan Marchal s’y trouve également avec son nouveau drapeau à bandes blanches et noires, le Gwenn ha du, et voici ce qu’il écrit dans un document de trois pages: « Il y avait, dès la création du Parti Autonomiste, deux tendances. L’une, nationaliste intégrale, qui réunissait grosso modo les bretons bretonnants et dont Olier Mordrel était le chef. D’autre part les éléments de gauche…». (2)
Nul doute que Youenn Drezen trinquait, à ce banquet, à la santé d’Olier Mordrel!.
(1) Olier Mordrel, Breiz Atao, histoire et actualité du mouvement Breton. Editions Alain Moreau, Paris, 1973. Cité page 19 dans Arthur et David, Bretons et Juifs sous l’Occupation d’Yves Mervin.2011. Editions Yoran embanner, 71 hent Mespiolet, 29170 Fouesnant.
(2) LE MOUVEMENT BRETON, témoignage d’un Ancien (Morvan Marchal). Edité par La Bretagne Réelle. Directeur: Quatreboeufs. Dépôt légal 3ème trimestre 1954. Rennes. Archives départementales du Finistère à Quimper, cote 44 J 151.
7 AOUT 1932
Le monument de Jean Boucher commémorant l’Union de la Bretagne à la France vole en éclat. L’attentat est un acte de la société secrète ’’Gwenn ha Du’’ dont on saura bien plus tard qu’elle est une émanation des Breiz Atao du nouveau Parti National Breton d’Olier Mordrel, de François Debauvais et de Célestin Lainé (1).
Youenn DREZEN et François Debauvais, directeur de Breiz Atao, organe du P.N.B., se font prendre -seuls- en photo devant les débris du monument foudroyé (2). En outre, Youenn Drezen est ’’condamné’’ en octobre de la même année par le ‘’Grand Conseil’’ interne de ’’Gwenn ha Du’’ en ces termes : ‘‘M. Youenn Drezen (Vannes) pour s’être approprié le nom’’Gwenn ha Du’’ sans autorisation, en signant un billet laissé sur la place de Rennes: ’’Trugarez evit penn ar Vretonez. Gwenn ha Du.’’; doit payer 250 francs.’’ (2)
Excès de zèle de la part de Youenn DREZEN ? Toujours est-il qu’en décembre de la même année il est ’’dispensé’’ de la peine, …‘‘L’année 1932 ayant été fructueuse pour la Bretagne nationale…’’. (2)
Non seulement Youenn DREZEN confirme son étroite proximité avec le Parti National Breton d’Olier Mordrel, entre autres, mais encore il enfonce le clou en se revendiquant d’être dans la mouvance de ‘‘Gwenn ha Du’’, une organisation clandestine aux actions plutôt sulfureuses!.
(1) Selon Olier Mordrel, l’auteur de l’attentat est Célestin Lainé. Le Mémorial des Bretons, tome V, page 174, BREIZ éditions, 2, Rue de la Chalotais, 35100 RENNES. Dépôt légal 3ème trimestre 1979.
(2) Revue trimestrielle historique DALCHOMP SONJ, 3 place Paul Bert, 56100, LORIENT, n° 2 d’août 1982, page 12. Dossier réalisé par Henri Caouissin et Ronan Caerleon.
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1941
L’Institut Celtique de Bretagne (Framm Keltiek Breizh) est créé à Rennes lors d’une imposante et improbable -surtout pour la dure période de guerre et donc de restrictions au quotidien touchant la population- manifestation culturelle bretonne appelée la Semaine Celtique. Elle va déployer ses fastes du 20 au 25 octobre inclus (1). Cependant, le bilan financier des festivités va s’avérer catastrophique: 218 000 fr de dépenses pour… 18 000fr de recettes. Les 200 000 fr de déficit furent épongés par les autorités allemandes. Et c’est Taldir Jaffrennou, membre du comité d’organisation de l’Institut, représentant le Finistère qui l’affirme ( Propos tenus par Roparz Hemon ! ). (1)
Il faut dire que le projet de création de l’Institut Celtique de Bretagne s’est concrétisé grâce à l’aval, le soutien financier et donc la ’’bénédiction’’ des autorités occupantes, représentées notamment par le celtisant sonderführer Léo Weisgerber, responsable de Radio-Rennes et plus globalement référent allemand de la ’’problématique bretonne ’’. (1)
Le projet de création est officiellement annoncé à diverses personnalités dans un courrier en date du 9 septembre 1941 (2). Il est signé par trois personnes représentant le Comité Provisoire: Jean Trécan (directeur artistique de Radio-Rennes, la Roazon Breiz), Roparz Hemon (directeur de ladite radio) et Jean Merrien (alias Ronan de Fréminville, son vrai nom à l’état civil et avec lequel il signait les éditoriaux de l’Heure bretonne -organe du P.N.B.- fin novembre et début décembre 1940). Ce même courrier fait référence à l’accord donné au projet par l’association artistique ’’Seiz Breur’’ en mentionnant, entre autres, son président, René-Yves Creston, le nom de l’un de ses membres: Youenn Drezen qui approuve donc la création de cet institut.
(1) Compte rendu de la première réunion du comité d’organisation de l’Institut Celtique le 19 décembre 1941 à Guingamp par Taldir Jaffrennou, membre du comité. Archives départementales du Finistère à Quimper, cote 44 J 151. Programme édité en français, breton et en … allemand !
(2) Courrier à en-tête du Comité Provisoire de l’Institut Celtique écrit à Rennes et daté du 9 septembre 1941. Archives départementales du Finistère à Quimper, cote 44 J 151.
1942
Le premier congrès de l’Institut Celtique se déroule à Nantes les 16 et 17 mai 1942. Taldir Jaffrennou y est présent. Il rédige à cette occasion un reportage (1) dont voici deux extraits (toutes les majuscules sont de Taldir) :
« Réunion générale: on nous dirige vers 17 heures vers le château des Ducs, où a lieu la réunion de clôture. La salle comprend 200 auditeurs. M. Roparz Hemon préside. Il propose d’abord à l’assistance quelques vœux d’opportunité:
- condoléances aux familles des victimes des bombardements anglais.
- remerciements au Dr. Léo Weisgerber, Allemand directeur de Radio-Bretagne pour son concours.
- remerciements aux Autorités d’occupation et à la Municipalité de Nantes.
- flétrissure des attentats commis contre des militaires allemands.
Voté sans débats.
(Dans la presse, le lendemain, le nom de Weisgerber a été passé sous silence afin de laisser croire que le Directeur de Radio-Rennes est un Français ou un Breton. Hypocrisie et duplicité, pusillanimité). »
Taldir livre en outre une liste de personnalités présentes à ce congrès (liste non exhaustive):
« Se trouvent présents: Yann Fouéré, Olier Mordrel, Debauvais, ex-condamné à mort par les Conseils de Guerre français, Yann Goulet, chef des Jeunesses Nationalistes et des Milices
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Bretonnes, Louarn et Le Guellec, et d’autres jeunes miliciens des troupes de choc du P.N.B., des représentants de L’Heure bretonne de Rennes…, de l’écrivain bretonnant Yves Drezen,… . »
Un seul commentaire: vraiment affligeant!.
(1) Reportage Au Congrès de l’Institut Celtique à Nantes (16/17 mai 1942) par Taldir. Archives départementales du Finistère à Quimper, cote 44 J 151.
1943
En 1942 est crée la Société Amicale des Auteurs Bretons (Kenvreuriezh Oberourion Vreiz).
Le secrétaire général fondateur n’est autre que Jean Merrien, pseudonyme de René de La Poix de Fréminville, ex-éditorialiste de l’Heure bretonne qui, par exemple, signe un article à la une de l’Heure bretonne n°21 du 30 novembre 1940 intitulé L’Heure de se compromettre et où il écrit: «…Aussi le temps des demi-mesures est passé. C’est entièrement, que nous avons besoin de vous. …Nous comptons, parmi vous, des gens qui sont des chefs-nés, des ardents, des gars, jeunes ou mûrs, qui peuvent disposer de leur temps,d’une part de leur temps. On peut toujours, quand on veut. Nous avons besoin d’eux, tout de suite, complètement.
Ici même, il nous faut des hommes. Des organisateurs, des démarcheurs. Qui veut venir travailler ici avec Mordrel, avec Debauvais, avec Moaz, avec Lainé, avec Le Mée, avec moi ? ».
Appel entendu 5 sur 5 par Youenn DREZEN car il signe dans ce même n°21 de l’Heure bretonne, non pas un, mais deux articles (voir chapitre Youenn DREZEN à l‘Heure bretonne).
Et Youenn DREZEN entendra également l’appel à adhérer à la Société Amicale des Auteurs Bretons. En 1943 il est membre du bureau de l’association en étant même le chef du groupe des bretonnants (1).
La première condition requise pour faire partie du groupement est précisée dans l’article 3:
« Etre Breton. C’est-à-dire, d’une part, se réclamer personnellement de cette qualité, et, d’autre part, être issu, par l’un au moins des pères et mères, d’une famille originairement bretonne ou fixée en Bretagne depuis deux générations au moins et ayant des alliances avec des familles bretonnes. » il est précisé également qu’il faut « être présenté par deux parrains déjà membres du groupement, et accepté par le bureau. » (2)
Le bureau de l’association où siège Youenn DREZEN se donne donc les moyens d’écarter les auteurs ayant, par exemple, une partie de leurs origines arabes, juives, africaines ou encore ayant du sang ‘‘moco’’ coulant dans leurs veines, dans le droit fil de la ségrégation raciale – et plus, si affinité- du moment ( voir chapitre Youenn DREZEN à l‘Heure bretonne ).
(1) Document à en-tête de la Société Amicale des Auteurs Bretons de Rennes en date du 1ER juin 1943 présentant la liste des auteurs ayant adhéré à la Société à la date du 20 mai 1943. Archives départementales du Finistère à Quimper, cote 44 J 151.
(2) Document officiel Société Amicale des Auteurs Bretons STATUTS. Archives départementales du Finistère à Quimper, cote 44 J 151.
Youenn DREZEN à l’Heure bretonne
l’Heure bretonne
Le 3 juillet 1940, les anciens militants séparatistes du P.N. B. investissent le château de Rohan à Pontivy, avec l’accord et le soutien des autorités allemandes. Le but: fonder le Conseil National
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Breton (C.N.B.) et affirmer la future indépendance de la Bretagne. Ainsi, le deuxième point de la déclaration stipule que:
« Le Conseil National Breton, organe représentatif des Bretons soucieux du bien collectif et de l’honneur de leur peuple, agira à l’heure choisie par lui pour doter la Bretagne d’un Etat National, dans un cadre naturel et dans l’esprit de sa tradition, afin qu’elle puisse vivre enfin en nation organisée, libre de ses aspirations et maîtresse de ses intérêts. » ( l’Heure Bretonne n°1 du 14 juillet 1940, troisième page).
Le Comité Exécutif du C.N.B. se compose de quatre personnes: Olier MORDREL, François Debauvais -tous deux revenus d’Allemagne où ils s’étaient réfugiés-, Marcel Guieysse et Célestin Lainé.
Dans la foulée le Parti National Breton (P.N.B.) renaît de ses cendres et l’ancien bis-mensuel Breiz Atao d’avant guerre est remplacé par une nouvelle publication dont le titre se veut être de circonstance: l’Heure bretonne avec pour sous-titre Journal Breton Hebdomadaire.
Le premier numéro ( quatre pages dans un format environ A3 ) paraît le 14 juillet 1940. Le choix de la date n’est pas anodin, il s’agit bien d’un pied-de-nez adressé à la France jacobine!. Ce n°1, qui, pour un certain nombre, va être distribué gratuitement (l’exemplaire des Archives départementales de Quimper porte la mention numéro gratuit au dessus du l’ et du H du titre), en titrant « TOUS UNIS POUR LA BRETAGNE », relate les évènements de la journée du 3 juillet à Pontivy, expose en 18 points le programme du C.N.B. et propose sur la quatrième page une série de petits articles se voulant d’informations générales mais qui en fait préfigurent la teneur de ceux à venir, emprunts de haine envers les « Fransquillons », d’allégeance envers l’armée allemande: « ….Il est de l’intérêt de la population de veiller elle-même à la bonne entente avec l’armée d’occupation. », de ségrégation : le receveur municipal de Pontivy « ayant poussé sur la voie publique des cris hostiles à l’armée allemande », est -déjà- qualifié de « vague moco ». Cette dernière page précise que le gérant du journal est bien Olier Mordrel.
Le bas des deux pages intérieures de ce même journal est barré d’un immense bandeau: « AIDEZ NOUS A VAINCRE : DE L’ARGENT POUR L’ACTION ».
Effectivement, l’argent est le nerf de la guerre dit-on, eh bien ici, cet adage prend tout son sens. Car sans l’argent de guerre des allemands et leur soutien logistique, le premier numéro de l’Heure bretonne n’aurait jamais connu, pour sa venue en ce monde à présent nazifié, de 14 juillet abhorré. (1) (2) . l’Heure bretonne se présente comme un journal hebdomadaire d’information générale comparable à un quotidien, mais il est aussi, et avant tout, l’organe du P.N.B., au service d’une idéologie prônée par les instances dirigeantes du parti, calquée sur celle des vainqueurs nazis et qui donc seront constamment adulés au fil des parutions. Les articles sont rédigés en français et en breton, mais majoritairement en langue jacobine.
l’Heure bretonne sera éditée du 14 juillet 1940 au 2 juillet 1944, soit 203 numéros. De grand format ( environ 50 x 70 ) du 21 juillet 1940 au 25 décembre 1942, il passe ensuite à un format d’environ A3. Le nombre de pages fluctuera plus souvent pour aboutir au dernier numéro réduit à une seule feuille. Quant au tirage, il est de 50 000 exemplaires pour le premier numéro, 42 000 pour le quatrième et de 30 000 à 32 000 pour tous les autres (1). Il est toutefois à supposer que le dernier numéro, conçu dans des conditions très particulières, n’ait bénéficié que d’une diffusion relativement confidentielle.
Jusqu’au n°20 du 23 novembre 1940, Olier Mordrel, président du P.N.B., est également directeur général de l’Heure bretonne (mention précisée en bas de la dernière page). Son dernier éditorial « La France n’a pas changée » fait la une du n°21 du 30 novembre 1940. Mais le 2 décembre il est destitué par les occupants allemands, le maréchal Pétain étant devenu la colonne vertébrale de leur stratégie. Olier Mordrel n’a pas le choix, il rejoint l’Allemagne avant d’avoir
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l’autorisation de revenir en Bretagne à la fin de l’année 1941. l’Heure bretonne connaît une courte transition avec René de Fréminville, vrai nom de Jean Merrien. Le 8 décembre 1940, Raymond Delaporte, plus ’’flexible’’, devient le nouveau président du P.N.B.
Notons une rubrique de l’Heure bretonne intitulée A travers le pays. Le terrorisme et le banditisme en Bretagne où sont relatés pêle-mêle, à la fois des faits divers relevant du droit commun et des actes de résistances à l’occupant ennemi. Les résistants sont nommée ‘’les terroristes’’.
(1) Lire à ce sujet Les nationalistes bretons de 1939 à 1945, pages 69, 70, 71, 72 de Bertrand Frelaut, 1985. Les bibliophiles de bretagne, Editions Beltan.
(2) Egalement Archives secrètes de Bretagne 1940-1944, pages 87,88,89 d’Henri Fréville, avril 2008. Editions OUEST France.
l’Heure bretonne restera, du premier jusqu’au dernier numéro, un journal de collaboration totale avec l’occupant nazi où l’on retrouve tous les poncifs du national-socialisme :
- Soutien à l’Allemagne nazie:
- A. « Les Allemands ont pris possession de la Bretagne sans combat.
Partout, les autorités du pays s’étaient interposées pour empêcher que des simulacres de défense n’attirent, sans rime ni raison, sur nos villes un orage de fer et de feu.
Une escarmouche devant Lorient, une autre à Landerneau, ce fut à peu près tout. Douze soldats allemands tombés sur le sol breton, pas un de plus.
Et la paix continuait à régner dans nos campagnes.
Guère plus gênant que des touristes bien élevés, les soldats allemands, corrects, très corrects, respectaient choses et gens.
Des réquisitions ? Oui. Quelquefois même beaucoup de réquisitions. De pitoyables prisonniers sur les routes…
Mais c’était quand même la paix.
Les Anglais viennent de changer ça. ».
Olier MORDREL, début de Sur le front de Bretagne: BOMBES et MENSONGES, l’Heure bretonne n°13 du 6 octobre 1940.
- B. « L’EUROPE VA SE RECONSTUIRE: La débâcle des armées soviétiques prépare la défaite des Anglo-Saxons.
…Avec la défaite des anglos-saxons, nous n’attendons pas seulement l’effondrement des VIEUX ET PERFIDES ENNEMIS DES CELTES. …
…La dernière phase de la Guerre commence avec l’écrasement de la Russie soviétique. Elle marquera pour les Celtes, aux côtés des autres peuples nordiques, le début d’une nouvelle ère de leur histoire. … ».
Raymond DELAPORTE, titre et deux extraits de l’éditorial de l’’Heure bretonne n°67 du 18 octobre 1941.
- C. Tout au long de la parution seront régulièrement proposés aux lecteurs des articles relatant des faits de guerre toujours élogieux et en faveur de l’armée allemande, des discours de Hitler présentés comme « d’une grande portée politique ». l’Heure bretonne ira même jusqu’à célébrer avec ferveur et enthousiasme la prise en main en 1933 de l’Allemagne par le futur Führer « … c’est qu’il y a dans le national-socialisme une force que l’on ne saurait nier. … » ( Sur un anniversaire,
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l’Heure bretonne n°133 du 5 février 1943 ).
l’Heure bretonne n°9 du 8 septembre 1940, sous le titre « Vous voulez la guerre, M. le Préfet ? A Quimper, le préfet Angeli organise la provocation contre l’Heure bretonne », relate un fait divers: une équipe de 15 vendeurs à la criée de l’Heure bretonne qui, « recueillant partout des manifestations de sympathie », sont pris à partie par des « provocateurs ». Le commissaire Goulard intervient et « invite quinze de nos vendeurs à se rendre au commissariat pour vérification d’identité … La nuit passe et, contre toute légalité, sans objet d’accusation avouable, nos amis restent en prison … Enfin, à 17 heures seulement, finit la comédie. On libère nos camarades, qui ont fait une grève de la faim de trente heures … ».
Oui, mais voilà, l’article de l’Heure Bretonne est totalement édulcoré et ne correspond pas vraiment à la réalité.
Le rapport de police de la ville de Quimper (1) précise ceci: « Pièce 1. L’an 1940 le 25 août à 10 h. … place S. Corentin, nous nous rendons sur les lieux, 500 personnes environ sortant de l’Eglise entouraient une quinzaine de jeunes hommes qui criaient le journal l’HEURE BRETONNE suivis de d’autres cris LIBEREE LA BRETAGNE, LA BRETAGNE AUX BRETONS ? Etc. Pris à partie par la foule hostile, les jeunes gens eurent leurs journaux arrachés, mis en tas sur la chaussée, on y mit le feu. …Il est bien évident que les perturbateurs sont en la circonstance les vendeurs de journaux et les jeunes gens qui les accompagnent qui, par leurs cris ont troublé l’ordre ( décret du 23 oct. 1935 et arrêté préfect. Du 10 oct. 1939). …Quinze personnes sont en conséquence conduites au poste de Police … En leur nom, Lainé, bien connu des services de Police et qui déclare être le chef, nous répond qu’ils se refusent tous à parler … Signé GOULARD. Pièce 2. L’an 1940, le 25 août à 14 heures, devant nous Robert GOULARD, commissaire de Police, se présente MOURET Henri, commandant du Peloton Mobile 2011 C. de Pontivy, qui nous déclare: Chargé de conduire au Parquet 15 personnes incarcérées au violon Municipal je me suis présenté à 15 h.30 au Commissariat …J’ai invité les prévenus à me suivre, ils s’y sont refusés disant qu’ils désiraient être conduits à la Kommandantur; qu’ils ne reconnaissaient qu’une autorité, l’AUTORITE ALLEMANDE. Sur votre ordre j’ai voulu les appréhender. Une vive altercation s’en est suivie, j’ai subi des violences, la manche gauche de ma tunique a été en partie détachée. Il a été sursis à la conduite des prévenus. Je dois signaler que pendant l’altercation les prévenus ont crié : HEIL HITLER. VIVE L’Allemagne. Ils ont entonné un chant dont les paroles n’étaient pas françaises. Signé: MOURET. Pièce 3. … Les prévenus ont bien crié HEIL HITLER, VIVE L’Allemagne, et le chant entonné dont les paroles n’étaient ni françaises ni bretonnes paraît être un hymne hitlérien. Signé GOULARD. … Lainé en leur nom a déclaré ne pas reconnaître l’Autorité Française, que seule l’AUTORITE ALLEMANDE COMPTAIT POUR LUI. Signé GOULARD. … CONCLUSION. La Kommandantur de Quimper a donné l’ordre d’élargir les prévenus le 26 août 1940. ».
(1) Copie des Rapports de Police de la ville de Quimper, n°203. Affaire LAINE-GEFFROY et AUTRES, du 25 août 1940, fonds Taldir Jaffrennou. Archives départementales du Finistère à Quimper, cote 44 J 151.
- Culte du chef, des chefs et décorum:
« La salle est vaste, semblable à tant d’autres du pays, où l’ardente jeunesse de Cornouaille s’adonnait à la danse, aux temps insouciants de l’avant guerre.
Pas de verdure aujourd’hui, ni de girandoles. Mais, là-bas, au fond, où se dresse une tribune tendue de rouge, le mur est tapissé d’un immense drapeau gwenn-ha-du, portant en son milieu le triskel symbolique, jaune noir et blanc.
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De chaque côté de la tribune, les miliciens se tiennent, impassibles et immobiles, appuyés à une haute lance sommée de l’étendard du Parti.
… Puis, suivant un cérémonial qui tend à s’établir et qui ne manque pas de grandeur, sont introduits et conduits à leurs places les chefs de Canton, les membres du Conseil Central, et enfin, le chef du Parti National Breton, Raymond Delaporte.
Tout le monde, debout, applaudit longuement.
Puis retentit le cri de ’’Bevet Breiz ! Clamé trois fois sur un rythme vigoureux.
… C’est Yann Goulet, qui succède à Gaonac’h, Yann Goulet, chef des Organisations de Jeunesse, Doublé d’un tribun à la parole ardente, brûlante de foi bretonne.
… Et Goulet, après avoir fait le procès des gouvernements qui se sont succédés à Paris, désigne l’ennemi véritable. Et il désigne la patrie véritable des Bretons: Breiz ! …
… C’est en breton également que le Chef, Raymond Delaporte, s’adressera à son auditoire. Son arrivée à la tribune est saluée par une tempête d’applaudissements.
… Non ! Vraiment, il n’est pas de place dans le P.N.B. pour les ’’Beni-Oui-Oui’’ qui trouvent que tout va bien dans le meilleur des mondes.
… Le chef fait alors un exposé de la situation bretonne, telle qu’elle résulte des circonstances provoquées par la guerre et ses suites. Ce tour d’horizon, objectif et sans maquillage, est suivi très attentivement par l’auditoire, qui écoute, avec non moins d’attention, les consignes, lesquelles sont d’ordre pratique et d’ordre politique. … Corentin Cariou. ». Titre: Un grand congrès des militants du P.N.B. , l’Heure bretonne n°76 du 20 décembre 1941.
Il s’agit du compte-rendu du premier congrès régional du P.N.B. des années de guerre se déroulant à Kerfeunteun à Quimper. Il est signé de Corentin Cariou, autrement dit, de Youenn DREZEN (voir paragraphe Quelques articles de Youenn DREZEN publiés dans l’Heure bretonne).
- Idéologie raciale :
« Un grave problème pour la Bretagne de demain: La protection de la race bretonne.
Dans les années qui ont précédé la présente guerre, depuis l’avènement du régime national-socialiste en Allemagne, il n’a plus été possible de parler de l’existence des races humaines et de leur protection, sans être qualifié de ’’traître’’, de ’’vendu’’, d’ ’’agent de l’étranger’’, de ’’provocateur fasciste’’, etc…
… Et il nous est possible aujourd’hui de parler sans passion, calmement, raisonnablement du problème de la race bretonne et de sa protection, question qui sera, incontestablement, l’une des principales de la Bretagne de demain. … ».
Raymond DELAPORTE. ( l’Heure bretonne n°50 du 21 juin 1941 ).
- Antisémitisme.
« Une action vigoureuse -et nécessaire- est entreprise contre les Juifs. Voilà qui est parfait. … Les juifs sont, et ont toujours été rares en Bretagne … Les quelques youpins qu’il faudra expulser, le seront tout simplement à titre de ’’Français ’’ … ». Article non signé, l’Heure bretonne n°18 du 10 novembre 1940.
« Il est des gens qui se demandent pourquoi l’on persécute les Juifs , L’on persécute le Juif, parce que lui, il a persécuté l’Europe depuis qu’il existe et ne cherche qu’à saper toute autorité autre quela sienne. … L’idéal serait de les grouper en un seul pays et de les faire travailler manuellement. … ». Article non signé, l’Heure bretonne n°24 du 21 décembre 1940.
« … Parce que les Juifs sont peu nombreux en Bretagne, d’aucuns croient que le péril n’existe
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pas. Or l’infiltration du peuple judaïque a pris depuis l’exode de juin d’inquiétantes proportions. Chaque jour, de nouvelles têtes montrent leur nez caractéristique, dans toutes les professions dites libérales. … Tant qu’on n’aura pas, selon le mot de Céline, ’’viré’’ les Juifs, à commencer par les toubibs, la pourriture continuera à s’étendre chez nous. Ce que nous ne voulons à aucun prix. Le Mezec . » l’Heure bretonne n°43 du 3 mai 1941.
« Il n’est pas sans intérêt, en ces temps d’Etoiles jaunes de faire connaître le nombre de Juifs résidant en Bretagne. … La proportion est infiniment moins grave qu’à Paris. Tous les Bretons ne peuvent, d’ailleurs que s’en féliciter. » Article non signé, l’Heure bretonne n°103 du 4 juillet 1942.
« … Mais, -ce qui serait mieux- puisqu’on nous a débarrassés des Juifs de race, ne pourrait-on maintenant expulser les Juifs d’esprit ? C.B. » l’Heure bretonne n°105 du 18 juillet 1942.
« Edouard Drumont, père de l’antisémitisme français, avait écrit ’’La France juive’’. Un curieux article de M. Guy Crouzet, dans les Nouveaux Temps du 17 juillet, nous permet de poser la question: Les Français sont-ils des Juifs ? … Qu’est-ce à dire, sinon que voilà les Français bel et bien enjuivés, de leur aveu même, et que les vrais Français, en France, ne sont pas loin d’être une minorité. Tel est le résultat d’une politique d’égalisation vers le bas qui ramène l’ancêtre gaulois au niveau racial du métis. … A.L.H. » l’Heure bretonne n°106 du 25 juillet 1942.
Commentaire: Exécrable. Et il ne s’agit ici que d’un ’’florilège puant’’ non exhaustif !
- Délation.
La délation est un véritable ’’fonds de commerce ’’ pour l’’Heure bretonne. Tout au long de ses parutions les dénonciations et les mises à l’index se multiplient. Les plumes acérées trempent dans une encre noire. Une initiative est prise en 1942 par l’’Heure bretonne et, curieusement, celle-ci est restée à ce jour peu ou pas connue. On peut d’ailleurs se poser la question : Pour quelles raisons ?
L’affaire est énorme. Il nous faut absolument s’y arrêter.
Du 14 septembre au 31 octobre 1942, l’Heure bretonne organise un concours à l’intention de ses lecteurs. Quoi de plus banal. C’est oublier que pour le P.N. B. , inféodé à l’occupant nazi, toute initiative doit absolument servir ses intérêts, qu’ils soient à courts ou à plus longs termes. l’Heure Bretonne est avant tout l’organe de propagande du parti : Le concours sera donc une initiative politique s’inscrivant dans le court et, tant qu’à faire, le plus long terme.
L’affichage – expression on ne peut plus juste ici – annonçant le concours, paraît en première page, centrée et directement sous le titre, dans l’Heure bretonne n°114 du 19 septembre 1942.
Il s’agit d’un imposant encadré entouré de trois filets ondulant pour lui donner encore plus d’importance. Extraits significatifs :
« Grand Concours du Moco ( 5.000 frs. de prix )
LISTE DES PRIX :
1er Prix : 1000 frs. en espèces ou en volumes.
2e Prix : 500 frs. en espèces ou en volumes.
…………………………………………….
du 25e au 75e : 25 frs. de volumes.
du 75e au 125e : Histoire de Bretagne de du Cleuziou.
du 125e au 200e : Histoire de notre Bretagne, par Danio.
REGLEMENT
- Le concours, ouvert le 14 septembre, sera irrémédiablement clos le 14 octobre à minuit, le timbre de la poste faisant foi.
- Chaque lecteur est invité à nous fournir la liste complète possible de fonctionnaires ou notabilités mocos, de quelque juridiction qu’ils relèvent, établis en Bretagne. Des indications
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précises concernant le lieu de naissance devront être fournies dans la réponse.
- Nous entendons par Mocos, toutes les personnes nées hors de Bretagne, de père ou de mère non-Bretons.
- Pour départager les concurrents une question subsidiaire est posée : indiquer le nombre de réponses que nous recevrons au concours.
PARTICIPATION AU CONCOURS
- Il suffit pour participer à notre Concours de détacher le ‘’Bon de Concours’’, situé au bas de la page 4.
D’écrire lisiblement son nom et son adresse.
De nous joindre un timbre de 1 frs. 50 pour la réponse.
D’adresser le tout à l’Heure Bretonne, 1, rue d’Estrées, Rennes.
- Les personnes qui pour des raisons diverses désireraient garder l’anonymat, sont priées de nous le faire savoir. Nous leur attribuerons un numéro d’ordre qui leur permettra de participer au Concours.
- Chaque concurrent sera responsable des renseignements qu’il aura fournis. »
La durée du concours sera prolongée d’une quinzaine de jours. C’est l’Heure Bretonne n° 121 du 7 novembre 1942 qui en publie le bilan. En voici quelques extraits où en filigrane, et bien que le rédacteur s’en défende, se dessine le but inavoué de cette initiative du P.N.B. :
« Notre concours du Moco est terminé depuis le 31 octobre.
… Les concurrents ont compris qu’il ne s’agissait pas d’un concours ordinaire mais qu’ils avaient le devoir de nous aider à complèter notre documentation (a).
Celle-ci s’est enrichie (b) , grâce à eux, de listes nombreuses, groupant parfois des centaines de noms.
Car les Mocos sont partout.
… Ils sont les agents permanents de la débretonnisation de notre pays. Ils sont nombreux. Ils sont puissants. Ils sont unis. Leur voix d’hommes en place est si forte qu’elle intimide, ou plutôt qu’elle intimidait jusqu’à ce jour, toute vélléité de particularisme.
En outre, le plus souvent, sur le plan strictement français, la plupart des Mocos représentent tout ce qu’il y a de plus vieux jeu au point de vue politique (c) , de plus anti-révolutionnaire. Comment ces gens pourraient-ils se faire les propagandistes des idées nouvelles et d’un régime nouveau (d), alors que l’ancien régime servait si exactement leurs intérêts privés et que la Bretagne constituait pour eux un succulent fromage ?
… Il convient de dissiper certaine rumeur selon laquelle nous avions l’intention de publier nos listes de Mocos en vouant les dits Mocos à l’exécration publique. C’est tout juste si l’on n’a pas parlé d’une Saint-Barthélémy des Mocos, ou d’un ’’pogrome’’ des Mocos (e).
Nous ne sommes pas des sanguinaires.
Mais du travail utile a été fait par nos concurrents. D’une utilité tellement évidente qu’elle n’a pas besoin d’être démontrée.
Qu’on demande plutôt à nos Services d’Etudes (f) ce qu’ils en pensent !
Quels sont les ’’Mocos’’ mis en cause ?
La plupart des concurrents n’ont pas eu de peine à signaler messieurs les préfets et sous-préfets ainsi que les puissants chefs de service des divers rouages officiels.
… Mais tout cela, nous était connu déjà. Le meilleur travail est celui qui a été réalisé sur le plan local par des concurrents qui ont scrupuleusement noté toutes les notabilités non bretonnes de leur ville ou de leur canton, en nous priant toutefois d’établir certaines utiles distinctions (g).
Cette considération nous a amené à prendre une décision demandée du reste par presque tous les concurrents. Craignant, à juste titre, les représailles sur le plan local, des Mocos en place et
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toujours en bonne place, les concurrents nous ont demandé de ne pas faire état dans le journal de leuts noms.
Nous ne publierons donc pas ici les noms des gagnants.
… Bornons-nous à signaler que le premier prix a été attribué à un voyageur de commerce qui nous avoue dans sa lettre d’envoi, qu’il se livrait pour son compte depuis longtemps à ce travail de dépistage (h) .
Il nous a établi un travail absolument remarquable et qui mérite d’emblée le prix de mille francs.
Si chacun dans son milieu avait opéré de même, il nous serait facile aujourd’hui de constituer le répertoire complet que nous souhaitons d’avoir (i) .
A lui, à tous ceux qui comme lui, nous ont aidé à monter ce répertoire. Merci ! ».
(a). Le Parti National Breton avoue qu’il possède déjà une liste de personnes indésirables et qu’il affuble du sobriquet discriminatoire de « Mocos » (sic).
(b). Cette liste s’est allongée à l’issue du concours. La question se pose, dès à présent, de savoir quelle est sa véritable raison d’être.
(c). Deuxième aveu : le P.N.B. révèle que les informations données ne se réfèrent pas uniquement à l’état civil des personnes, mais aussi à leur sensibilité politique. L’intention se précise.
(d). Un « régime nouveau » pour la Bretagne s’inscrivant certainement dans la ’’nouvelle Europe’’ sous la domination d’un régime national-socialiste hitlérien. Appellation de régime qui par effet de miroir devient pour le P.N.B. le socialisme-national. Car si l’Heure bretonne n°114 du 19 septembre 1942 annonçant le « Grand Concours du Moco » titre, à gauche de l’incitation à la délation éhontée, « Lutter pour la Patrie Bretonne, c’est aussi lutter pour le socialisme-national. », il ne faut pas voir là l’œuvre du hasard.
(e). Plaidoyer en faveur du P.N.B. afin de rassurer des lecteurs -ou non lecteurs- sur ses intentions réelles. Quitte à forcer le trait pour rendre l’argumentation plus crédible : « Nous ne sommes pas des sanguinaires. ». Il ne faut voir là qu’un artifice journalistique car ’’l’exploitation efficace’’ d’une telle liste ne peut s’effectuer que si celle-ci reste confidentielle.
(f). Peine perdue. Le P.N.B. a du mal à masquer sa véritable nature car il affirme que « du travail utile a été fait » (sic). N’est-il pas vrai qu’un travail utile sert toujours à quelque chose, sinon pourquoi l’accomplir ? Le P.N.B. en convient le plus naturellement du monde pour qui cette évidence « n’a pas besoin d’être démontrée ». D’ailleurs, il semble jubiler lorsqu’il nous dévoile que ses ’’Services d’Etudes’’ se réjouissent du contenu de ce « travail utile » (sic). ’’Services d‘Etudes’’, terme administratif faisant penser à ceux de cabinets d’architectes ou de groupes industriels. Terme neutre, passe-partout, rassurant. Surtout ne pas écrire, par exemple, ’’police secrète ’’ ou encore ’’cellule d’investigations’’, car c’est manifestement de cela qu’il s’agit.
(g). L’enthousiasme pour ce « travail utile » est telle au P.N.B. qu’il ne peut s’empêcher de nous mettre dans la confidence : « Le meilleur travail est celui qui a été réalisé sur le plan local… » . Ce qui l’intéresse, c’est de posséder les identités agrémentés d’informations diverses, notamment d’ordre politique, des « Mocos » (sic), que croisent au quotidien, dans les villes, les villages, les bourgs, la ’’vraie’’ population bretonne de souche. Le P.N.B. élargit, du reste, le terme de « Mocos » (sic), la population visée étant « toutes les notabilités non bretonnes ». Les juifs et autres’’étrangers’’ sont donc également concernés.
(h). C’est un voyageur de commerce déjà bien entraîné à ce « dépistage » (sic) qui monte sur le podium de l’infamie. Dans le cadre de sa profession, il dénonçait les personnes qui le faisaient vivre. Forfaiture funeste d’un félon, mercenaire sans scrupules ni états d’âme. Absolument abject !
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Ce qui l’est tout autant : la nature de la carotte qui se décline ici en espèces bien sonnantes et forcément trébuchantes. Sans oublier la petite touche finale, afin de se détendre, au coin du feu, l’esprit apaisé d’avoir accompli un ’’devoir salutaire’’, la lecture réjouissante d’ouvrages éclairants sur l’histoire de la Bretagne, bientôt, peut-être, enfin, épurée !
(i). Un regret est ici exprimé qui en dit peut-être long sur le succès de ce ’’concours’’ car le ’’si’’ indique une déception. La ’’récolte’’, peut-être pas si fructueuse que cela ne permettant pas de mettre en œuvre des initiatives efficaces à grande échelle. Cependant, la liste des ’’indésirables’’ s’est néanmoins étoffée et les ’’Services d’Etudes’’ du P.N.B. disposent d’une réserve de données pour sévir au quotidien, et aussi, plus radicalement, dans un proche avenir désiré. Car le concours du ’’Moco’’ est en réalité une étape planifiée s’intégrant dans la mise en œuvre du programme du Parti National Breton dont le but final est l’indépendance de la Bretagne. Et pour illustrer ce propos, le plus simple est de donner la parole au ’’modéré’’ président du P.N.B., Raymond Delaporte :
« Le PARTI NATIONAL BRETON doit être prêt à faire face à tout évènement, à toute éventualité.
… NOTRE HEURE N’EST PAS PASSEE, ELLE VA BIENTÔT SONNER.
Il viendra un jour où le Parti National Breton sera le Parti unique en Bretagne.
Ce jour-là certains comptes seront à régler.
… Il viendra un jour où les Bretons seront les maîtres de la vie politique, administrative, économique et financière de leur Pays.
… Il viendra un jour où les Services de la Police et de l’ordre public se trouveront entre nos mains.
… Les militants, les activistes doivent comprendre l’appel que je leur adresse ici. Ils doivent l’entendre et agir.
… Le Parti National Breton doit être prêt à faire face à tout évènement.
- DELAPORTE. » ( l’Heure bretonne n° 32 du 10 février 1941.). Editorial écrit dix-sept mois avant le lancement du « Grand Concours du Moco » (sic).
Voilà qui ’’fleure bon’’ le national-socialisme ou encore le socialisme-national. Et alors se pose une dernière interrogation : l’ombre de l’occupant allemand ne se dessinait-elle pas en filigrane du sinistre concours ? La question reste posée … et la réponse – peut-être – dans les précédentes lignes !
Il est possible de consulter toutes les éditions de l’Heure bretonne (sauf l’avant-dernier, le n°202) aux Archives départementales du Finistère, 5 allée Henri Bourde de la Rogerie à Quimper. Inscription gratuite et immédiate. Se munir d’une pièce d’identité.
Ouverture du lundi au jeudi, de 8h30 à 17h, fermeture tous les vendredis et vacances de Noël.
Les éditions de l’Heure bretonne sont reliées et se présentent sous la forme de deux tomes :
1er tome : du n°1 au n°128 du 25/12/1942 inclus. Cote JAL 193 1.
2èmetome : du n°129 au n°203 du 2/07/1944 inclus. Cote JAL 193 2.
QUELQUES ARTICLES DE YOUENN DREZEN PUBLIES DANS l’Heure bretonne.
La collaboration de Youenn DREZEN avec l’Heure bretonne débute au mois de novembre 1940. Elle ne cessera qu’avec la disparition du journal, le dernier de ses articles participant à l’ultime baroud de déshonneur, le 2 juillet 1944.
Dès le départ, Youenn DREZEN devient un journaliste officiellement accrédité par l’Heure Bretonne, et, forcément, adoubé par le Parti National Breton. Voici ce que nous en dit Kristian Hamon dans son ouvrage Les Nationalistes Bretons sous l’occupation :
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« … La rédaction repose sur une équipe restreinte de journalistes. Cinq cartes de presse sont demandées à la préfecture le 13 novembre 1940, aux noms de René de Fréminville, Arsène Gefflot, Jean-Claude Geslin, Youenn Drezen et Ferdinand Joly (1) . Ceux-ci multipliant les pseudonymes, il est difficile pour le lecteur de les distinguer des collaborateurs occasionnels du journal. … ». (2)
Les signatures de Youenn DREZEN sont diverses : soit il paraphe simplement Y. D., soit il écrit Y. DREZEN. Mais il utilise aussi un même pseudonyme présenté sous deux formes : Corentin Cariou pour les textes français et Tin Gariou pour les textes bretons ( Il s’agit du nom de son grand-père maternel ). Les articles les plus nombreux sont en breton et signés Tin Gariou.
Il faut remarquer que parmi les camarades de promotion de Youenn DREZEN figure René de Fréminville, alias Jean Merrien.
(1) Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, cote 43 W 35.
(2) Page 52 de l’ouvrage Les Nationalistes Bretons sous l’occupation de Kristian HAMON. 2005. Yoran Embanner, 71 hent Mespiolet 29170 Fouesnant.
- 30 novembre 1940. … Le Patrimoine des bretonnants
Premiers écrits de Youenn DREZEN dans l’Heure bretonne n°21 du 30 novembre 1940. Au pluriel puisqu’il s’agit de deux articles rédigés en breton.
L’un, signé Tin Gariou est une éloge de Radio-Rennes qui vient de passer sous contrôle allemand. Il titre : « Radio brezonek, e Roazon a-benn ar fin, evit eur milion hanter a vrezonegerien. » ( La Radio de langue bretonne, sur le front de l’excellence à Rennes, pour un million et demi de bretonnants.). A noter que Youenn DREZEN, qui intervient déjà sur cette radio appelée aussi Roazon-Breiz ( Radio Rennes-Bretagne ), continuera, tout le long du conflit d’y animer, en breton, des émissions. Parallèlement il rédigera nombre d’articles pour la revue anti-française Arvor de Roparz Hemon.
L’autre, paraphé Y. D. peut-être considéré comme l’article-socle justifiant ses futurs écrits publiés dans l’Heure bretonne. Il s’agit avant tout de défendre, de faire vivre la langue bretonne et au-delà, la culture qui s’y rattache. Le titre en donne la teneur : « Bev a war hon Danvez ! Talvoudegez ar vrezonegerien. » (Notre Culture est bien vivante ! Le Patrimoine des bretonnants.). Il cite un certain nombre d’écrivains ou de grammairiens bretonnants du 19ème siècle mais aussi d’autres qui lui sont contemporains. Il se situe dans la lignée de ceux-ci car il faut toujours porter le flambeau. Il mentionne également le nom de Korantin Kariou en des termes non équivoques :
« … Ha kavout a rin abeg, koulskoude, e skridenn an Ao. Korentin Kariou ?… » ( Et trouverai-je de la matière, cependant, dans la rédaction de Monsieur Corentin Cariou ? ).
Dans ce même numéro de l’Heure bretonne, Ronan de Fréminville signe son article « L’heure de se compromettre » (déjà cité) et, pour faire bonne mesure, Olier Mordrel propose son dernier éditorial « La France n’a pas changée. » qui se termine par : « … Il y a, certes, quelques fonctionnaires qui se rendent compte que la politique anti-bretonne des Jacobins et de la Judéo-Franc-Maçonnerie doit être renversée, et que la renaissance du peuple breton – COMME FACTEUR DE FORCE ET DE SANTE – doit être favorisée par tous les moyens. Ils n’ont pas malheureusement voix dans les décisions gouvernementales. C’est pourquoi il n’est pour nous qu’une position possible : réclamer, de plus en plus fort, LA BRETAGNE AUX BRETONS. »
- 22 février 1941. AR FOUT BALL KAPOUCHOU
Youenn DREZEN fait paraître dans l’Heure bretonne n° 33 du 22 février 1941 une historiette du
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pays bigouden ( koñchennig bigoudenn ) qui se veut à la fois distrayante, badine voire cocasse et d’essence populaire. Il n’y aurait donc pas de quoi fouetter un chat. Pas de quoi ?
Texte en breton signé Y.D. traduit dans son intégralité ( exceptés le titre et les noms propres ) :
AR FOUT BALL
KAPOUCHOU
( Koñchennig bigoudenn )
S’en allant sur le chemin de l’école, Ivoñ Berr, demeurant au bas de Pont-Gwern, à Pont-L’Abbé, était resté avec des fripons de son âge, à jouer au ballon dans la cour de Jentrig, à Penn-ar-C’hap.
La circonstance voulue qu’ Ivoñ frappa violemment dans la balle en direction des fenêtres de Lij ar Virgoudig. Voilà la vitre brisée. Cela n’aurait été qu’un moindre mal ou tout au plus un mauvais tir, s’il ne s’était trouvé un témoin : Lij ar Virgoudig, en personne, débouchant, juste à ce moment, par la venelle, avec un seau d’eau.
— ça alors ! Sale gosse !
Et voilà Lij directement au bas de Pont-Gwernn, chez la mère d’Yvoñ Berr, l’office du Tavañcher Bleublañrouch [ le tablier bleu-blanc-rouge ]. Celle-ci était en train de parachever la vaisselle du midi.
— Dis donc, Bleublañrouch ! Ton fils a cassé ma vitre, lui-même, avec son fout-ball kapouchou.
Et la mère d’ Ivoñ de répondre, de manière agressive :
— Lui faire quoi ? Le tuer ? On me conduira dans le trou. Et regarde, elle sera mieux réparée après ça. Y.D.
Et c’est ainsi qu’une historiette – sans doute, à raconter au coin du feu – totalement inventée par Youenn DREZEN devient une métaphore anti-France et anti- français. Le Tavañcher Bleublañrouch n’est autre que le drapeau français. La mère d’ Ivoñ symbolise la France, la France qui répond toujours d’une manière rugueuse et belliqueuse, la France qui s’avère incapable d’instruire ( Ivoñ, au lieu de se rendre à l’école, joue et détruit le bien de Lij, une brave dame ) et d’éduquer socialement ses administrés. Le symbole est fort. Un thème récurrent chez Youenn DREZEN. Où l’on voit que celui-ci n’hésite pas à exploiter tous les genres littéraires pour faire passer son message : la France, pays laxiste, malveillant et n’engendrant que des vauriens.
N’oublions pas que, quand ces lignes sont écrites, la France est occupée par l’armée nazie que beaucoup de ces ’’vauriens’’ exécrés par Youenn DREZEN combattent à leurs manières dans des ’’offices Bleublañrouch ’’, chez eux, dans les quartiers, dans les villes, dans les maquis. Mais de cela, Youenn DREZEN n’en a cure.
- 21 juin 1941. ITRON VARIA GARMEZ
l’Heure bretonne n°50 du 21 juin 1941 consacre, en avant première, un large espace à une présentation du nouveau roman de Youenn DREZEN, et dont la parution est imminente : « ITRON VARIA GARMEZ » ( Connu en français sous le titre de Notre Dame des Carmes. ). Au dessus du texte, tirée de l’ouvrage, figure une superbe gravure de René-Yves Creston où l’on peut voir deux couples de bigoudens virevoltants dans un rythme endiablé. La préface est de Roparz Hemon [ agent de la Gestapo n° SR 780 (1) ] , directeur-fondateur de la revue Arvor en janvier 1941 et à laquelle collaborait Youenn DREZEN.
La maison d’édition est Skrid ha skeudenn (écrit et image), 3 bis, rue Duguay-Trouin à Brest et dont l’administrateur est François Goinard, agent de la Gestapo n° SR 782 (1)!
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(1) Archives départementales du Finistère à Quimper, cote 204 J 179.
- 16 août 1941. Ar merc’hed o zreid trikolor.
Un 14 juillet en France signifie crise d’urticaire pour Youenn DREZEN, voire crise d’hystérie aiguë. Alors que ses couleurs sont d’ordre binaire, le noir et le blanc, la seule vue de trois couleurs associées, le bleu, le blanc, le rouge lui occasionne des nausées. Et ne voyant au final que la dernière couleur citée — signe de colère non contenue –, sa plume de noir revêtue, sur sa blanche –non pas hermine, mais…– feuille, vomit des vociférations aussi injurieuses que pitoyable. Le titre, Les filles aux pieds tricolores, est en lui-même assez éloquent. L’article est en breton, signé T.G. ( pour Tin Gariou), la typographie est respectée, larges extraits traduits (l’Heure bretonne n°58, 16 août 1941) :
’’ Les filles aux pieds tricolores
Dieu se garde bien, et la Vierge bénie aussi, de médire ou de penser du mal envers quiconque aimant son pays. Une personne sans l’amour du pays ne peut-être qu’une pauvre et misérable personne.
Eh bien ! je le dis tout de suite, j’ai été choqué, cette année, par le « Katorz Juillet » des Français, et, si j’avais eu la moindre goutte de sang français dans mes veines, je me serais traîné avec la honte.
Sous prétexte de célébrer la fête de leur pays, en l’honneur des couleurs du drapeau de ce pays, les gens en sont venus à se montrer ridicules [ on peut traduire aussi par idiots ou débiles ], comme cela ne l’a jamais été permis.
[ La France est donc un pays étranger pour Youenn DREZEN, né à Pont-L’Abbé, en Finistère, en France. Le reniement de son pays est une attitude récurrente — et définitive — chez Youenn DREZEN. De l’expression ’’de ce pays’’ se dégage tout le dédain qu’il porte à la France, à l’image du peu de considération qu’il nourrit envers ses habitants, traités d’idiots ridicules. ]
Oh ! je le sais, ce n’est pas par l’amour de la République, ou par l’amour de la France elle-même, qu’ils en sont venus à épanouir de manière si étincelante les trois couleurs nationales. Que cela fût demandé par Vichy, dans son orthodoxie, cela n’aurait pu se faire. Mais cela avait été manigancé par « Radio-Londres ».
…Avait été demandé aussi par les Français voulant honorer la fête de la République, d’exposer les trois couleurs de la France — bleu-blanc-rouge — du mieux possible.
…Et pour une fois, on a pu voir de manière avérée qui est resté sain d’esprit et qui est dérangé en perdant la boule.
Quelle floraison tricolore, mes chers amis ! Jamais , de ma vie, je n’ai vu mes compatriotes colorés de la sorte. Quelque peu sous le choc, j’en serais venu à croire le proverbe : « Le Breton est deux fois Français ! ( en français dans le texte ) » . Sauf que j’aurais dû dire : les Bretonnes !
Car, je dois convenir qu’ils ne s’étaient pas « vraiment apprêtés », les hommes entre 22 et 55 ans. Mais les femmes et les morveuses ne savaient comment se mettre pour manifester leur soumission aux juifs de « Radio-Londres ». Rubans tricolores dans leurs cheveux, fleurs tricolores sur leur cœur, petits mouchoirs tricolores à la pochette de leurs vestes, robes bleues, vestes blanches, chemisiers rouges, un ravissement aux couleurs françaises, comme je vous le dis ! … Elles vont sauver la France, ça c’est sûr !
… Une douzaine environ de ces demoiselles avaient revêtu leurs pieds avec le drapeau de leur pays. Oui ! Leurs pieds !…Leurs sabots de bois à la mode-nouvelle étaient rouges à leurs talons et bleu éclatant à leurs garnitures de cuir. Ceux de cuir et bas, blanc sur le dessus, et ainsi donc elles s’étaient singularisées avec leurs pieds tricolores !
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Pauvre misérable France ! Les Allemands se sont mis à rire en les regardant. Avec moquerie, assurément, mais, aussi un peu de mépris.
Bretons, mes compatriotes ! à nous, aussi, il nous arrivera, lors de fêtes ou de conjonctures à venir, de montrer, certainement, et sous l’œil du soleil, notre amour pour le Pays de Bretagne. Ne prenons pas exemple sur les sottises des Français ou des Bretons francisés. Soyons fiers des symboles de notre nationalité : le drapeau blanc-et-noir, les hermines, le hevoud, le triskell. Mais, ne nous égarons pas dans le déshonneur.
Une fête « 14 Juillet », comme celle de l’année 1941, n’a fait que du tort à la France, elle qui est déjà si malade. T.G. ».
Après l’invective de circonstance envers « Radio-Londres », à la genèse dit-il de l’évènement, Youenn DREZEN témoigne, dans une écriture emportée, mais non moins maîtrisée, son aversion viscérale des couleurs françaises. Son antisémitisme ressort tel un diable de sa boîte en brocardant les femmes et les jeunes filles françaises sans cervelles car dans la soumission des juifs de Londres. Nous sommes ici dans les caricatures odieuses à la Louis-Ferdinand Céline ou à la Robert Brasillach du journal Je suis partout. Et pour enjoliver totalement la scène il prend l’occupant nazi allemand comme témoin. On imagine Youenn DREZEN gloser de concert avec les soldats verts-de-gris. Immonde dans le contexte. « Ne nous égarons pas dans le déshonneur » , dit-il alors qu’il s’y engouffre sans barguigner. Ces femmes et ces jeunes filles, au comportement courageux et exemplaire étaient dans la dignité, contrairement à Youenn DREZEN. Elles couraient des risques, elles le savaient, elles étaient dans la résistance. Youenn DREZEN dans la collaboration.
Aux trois couleurs nationales françaises, Youenn DREZEN préfère quatre symboles de sa Bretagne dont :
- le drapeau blanc-et-noir : Il s’agit du drapeau breton connu de nos jours. N’oublions pas qu’il a été conçu vers 1925 par le co-directeur ( avec Olier Mordrel ) de la revue autonomiste Breiz Atao. Il devient la bannière du Parti Autonomiste Breton, le P.A.B., à partir de 1927, puis du Parti National Breton en 1932 ainsi que de sa filiale, la ’’société secrète’’ terroriste Gwenn-ha-Du . Ils ont du mal à le populariser. En 1937-1938, une controverse sur le choix de l’emblème divise les militants des organisations liées à la ’’cause’’ bretonne. Puis arrive la guerre. Le drapeau Gwenn-ha-Du est celui du P.N.B., de son entité terroriste Gwenn-ha-Du, de ses troupes de combat, les Bagadoù Stourm.
- le hevoud : Le hevoud n’est autre que la version bretonne de le svastika, à l’origine ,ancien symbole religieux hindou à quatre branches coudées. Cette croix, utilisée depuis les années 1890 par des nationalistes allemands est adopté comme emblème par Hitler à l’été 1920 : c’est la fameuse croix gammée à branches coudées vers la droite. Déjà, dans ces mêmes années 1920, l’Union de la Jeunesse Nationaliste Bretonne ( qui deviendra le P.A.B. ) plastronne cet insigne sur ses documents, mais avec l’orientation des branches inverses. Le P.A.B. en fait l’un de ses emblèmes comme l’atteste ce document du Groupe Féminin du Parti Autonomiste Breton MERC’hed BREIZ de1931 où l’on voit, sous le titre, la croix gammée, le hevoud, absolument identique à celle des nazis. A côté, les initiales O.M. ( pour Olier Mordrel ). En 1973, le même Olier Mordrel écrit dans son livre BREIZ ATAO, Histoire et actualité du Nationalisme Breton (1) , la phrase suivante : « Quand Hitler attira des commentaires sur la croix gammée qui tourne dans le sens maléfique, le parti breton trouva préférable de changer d’insigne ». L’aveu est de taille. Ainsi c’est uniquement par souci de stratégie que le Triskell va supplanter le hevoud ( documents du P.N.B., décors de congrès, brassard des Bagadoù Stourm… ). Mais il n’en reste pas moins que la croix gammée bretonne, analogue à celle des nazis, le hevoud, va rester pour Youenn DREZEN, un symbole indissociable de sa nation bretonne.
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(1) Editions Alain Moreau. Paris.
- 20 décembre 1941. Un grand congrès des militants du P.N.B.
C’est à Quimper, dans le quartier de Kerfeunteun, que se tient, sur une seule journée, le 10 décembre 1941, le premier Congrès régional du Parti National Breton.
Le compte-rendu de cette journée de congratulations est assuré par le régional de l’étape, à savoir Youenn DREZEN. Il paraît dans l’Heure bretonne n°76 du 20 décembre 1941, en page une et en page deux. Comme l’article est rédigé en français, il est signé « Corentin Cariou ». Sauf que l’observation détaillée du texte va nous révéler un surprise.
Manifestement l’évènement semble l’inspirer, et, déjà, à la lecture du titre, il nous est permis de penser que le choix des mots, opéré d’une manière méticuleuse, ciselée, traduit l’adhésion de son auteur à la cause qui y est défendue :
« Un grand congrès des militants du P. N. B.
300 délégués des cantons de Quimper affirment leur résolution de mener
jusqu’au succès final la lutte pour la cause nationale bretonne. »
Et cette impression se confirme à la vue de la présentation du texte, présentation qui se trouve être divisée en deux parties : un préambule relativement court signé « T. G. » [ ( pour Tin Gariou ). A noter, au bas de ces initiales, dans un encadré qui s’imbrique en partie dans le reportage de Youenn DREZEN figure un article, dont voici le titre : « LA GUERRE. Après le discours du Führer. Une année riche de grandes décisions est devant nous. »] suivi du corps du reportage se terminant donc par « Corentin Cariou ». Pourquoi deux signatures alors qu’une suffisait ? En réalité, il faut voir là une symbolique. En apposant sa signature d’emprunt bretonne au bas d’un écrit rédigé en français (c’est la seule fois où il agira de la sorte), Youenn DREZEN veut inscrire sa propre entité bretonne dans le processus de la mise en application du programme du Parti National Breton peaufiné pour la mère patrie, la Bretagne. Ce faisant, il veut affirmer ainsi sa propre adhésion aux thèses du P. N. B. . Ses propos le confirment :
« C’est au cours du Congrès des Cadres, qui se tint à Rennes, en septembre dernier, que les militants kempérois revendiquaient l’honneur d’organiser à Kemper même le premier Congrès régional du Parti National Breton.
… Belle assemblée, et qui permet d’augurer bien de l’avenir du Nationalisme Breton.
Artisans, petits ouvriers, cultivateurs, représentants de marins-pêcheurs, intellectuels sortis du sein du peuple ou de la petite bourgeoisie du coin, tous animés de l’idéal qui souffle désormais aux sept vents de Bretagane, ont répondu : Présent ! à l’appel de leurs chefs.
Et pour entendre quoi ? Et pour se congratuler mutuellement, comme la mode en était avant la pitoyable aventure de septembre 1939 ?
Non ! Mais pour écouter avec sérieux et conviction des paroles austères, prononcées par des hommes qui pèsent leurs termes, et savent de quoi ils parlent.
J’y étais. J’ai assisté à l’unique et importante séance, dont se composa ce Congrès. Et je peux en donner témoignage.
Je me suis trouvé en présence d’hommes qui savent ce qu’ils veulent, qui se sont astreints à une discipline dure, mais indispensable, et qui tiennent entre leurs mains – car tout le reste n’est que pagaïe – le sort de la Bretagne future.
Je suis sorti de cette réunion avec la conviction que l’avenir breton appartient au Parti National Breton. Il a la foi qui transporte les montagnes, – appelez cela mystique, si vous voulez ! – il a l’ordre et la méthode.
Si d’aucuns sourient, avec scepticisme, ou haussent les épaules, un proche avenir leur réserve
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de désagréables désillusions.
Mieux que des paroles, le compte rendu pur et simple de la séance illustrera mon affirmation.
- G. »
- Q. F. D. Youenn DREZEN, dans une exaltation presque délirante, mais complètement assumée, vient de ratifier sa totale adhésion, sans concessions aucunes, aux thèses du Parti National Breton, à son programme, à sa politique de collaboration avec l’Allemagne hitlérienne.
« Je suis sorti de cette réunion avec la conviction que l’avenir breton appartient au Parti National Breton. Il a la foi qui transporte les montagnes, – appelez cela mystique, si vous voulez ! – il a l’ordre et la méthode. »
L’ordre et la méthode du national-socialisme, pardon, du socialisme-national du Parti National Breton ayant la vocation – puisque mysticisme il y a – de devenir l’unique Parti de la Bretagne, selon l’incantation de son président, Raymond Delaporte, et à présent, selon Youenn DREZEN lui-même.
La suite du reportage mentionne avec la même ardeur impétueuse, les interventions des petits chefs des cantons, du chef départemental, du chef des finances, celui des Organisations de Jeunesse et, bien entendu, l’allocution finale du grand chef, Raymond Delaporte déjà citée plus avant.
La toute dernière phrase en guise de conclusion est une appréciation personnelle de Youenn DREZEN : « Le 10 décembre 1941 aura été pour les militants du ’’Pastell-Bro-Kemper’’ (la circonscription du pays de Quimper) une belle, une bonne, une réconfortante journée. Corentin Cariou. » .
Réconfortante journée ! Mais pour qui ? Et ce que Youenn DREZEN nous cache, le n° 8 de Bretagne Province Française, billet clandestin de 6 pages que l’on peut dater de fin décembre 1941 ou début de 1942, nous le révèle au grand jour. Extrait :
« A Quimper se serait tenu un magnifique congrès si on en croyait l’Heure bretonne. Précisons un peu. D’abord, ce n’est pas à Quimper mais en plein bourg de Kerfeunteun dans une salle réquisitionnée, mais mise à la disposition des séparatistes par les occupants. Et c’est en cachette, sans aucune publicité, que s’est faite cette concentration des nombreux ’’fonctionnaires’’ du parti venus de Rennes et de partout.
Les Quimpérois ont tout ignoré de cette grandiose manifestation à laquelle ne participèrent pas 10 habitants de la ville de Kerfeunteun. Il y avait beaucoup de prisonniers libérés dont on avait exigé la présence. Comme seuls costumes bretons, trois femmes bigouden qu’on avait amenées là en leur assurant qu’elles obtiendraient la libération immédiate de leur mari prisonnier. Une vingtaine de miliciens en tenue. De nombreux parisiens dont Guillou. Plusieurs civils étrangers à la Bretagne et … même à la France. Et en uniforme au premier rang, encadré des frères Delaporte, un ’’nordique’’ aux belles lunettes qui serait un Herr Doctor spécialiste des questions celtiques. Séance bien terne, sans aucun enthousiasme.
Ce ’’grrrand congrès des 300 délégués’’, où il n’y avait pas en tout 120 peresonnes, aurait passé totalement inapperçu s’il n’avait été suivi d’une de ces courageuses manifestations dont ces Messieurs ont la spécialité. Dans la nuit (alors qu’il est défendu de circuler) des inscriptions furent apposées sur des trottoirs et sur la Préfecture. l’Heure bretonne relate qu’une de ces inscriptions disait ’’La mort pour les Traîtres. Exemple X … (Ici le nom d’une personnalité quimpéroise célèbre pour son activité anti-bretonne)’’. Quelle était donc cette personnalité que l’Heure bretonne ne nommait pas ? Il s’agit de M. Le Goaziou, le libraire breton dont tout le monde connaît et les sentiments régionalistes et l’activité bretonne !! Pourquoi donc l’Heure bretonne n’a-t-elle pas osé donner ce nom ? Parce qu’elle voudrait laisser ignorer que le séparatisme est combattu par les plus authentiques et les meilleurs bretons. Il lui eut été difficile du reste de faire croire à ’’l’activité anti-bretonne’’ du meilleur libraire breton dont un récent article de l’Heure bretonne avait dit l’activité
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consacré à la langue bretonne !
l’Heure bretonne dépasse les limites de la plaisanterie quand elle dit les circonstances dans lesquelles les 3 chefs séparatistes quimpérois sortirent de la prison où la Préfecture les avait fait entrer à la suite de cette manifestation !
— [ l’Heure bretonne – toujours n°76 du 20 décembre 1941 -, relate, en effet, à sa manière, ces évènements ainsi que les circonstances de la libération de ces 3 artistes picturaux et c’est … Youenn DREZEN qui est à la manœuvre. Voici des extraits de cet article ( à la Une et en 2ème page, il est rédigé en français, typographie respectée ) :
« A PROPOS DE PEINTURES
Une action française
Une réaction bretonne
On pouvait prévoir que l’important Congrès tenu à Kerfeunteun par les militants du Parti National Breton aurait eu des répercussions et aurait provoqué des réactions. …
…D’abord, dans la nuit du vendredi 12 au samedi 13, inscriptions par des pinceaux inconnus, sur les murs de l’Hôtel de la Préfecture et autres lieux !
Et, dans l’après-midi, la réaction foudroyante, intelligente , d’esprit politique large et compréhensif — oh ! Combien ! — après mûre réflexion des hautes Autorités Administratives !
Et quelle réaction ! Un mandat d’amener, sous forme de lettre de cachet, contre trois citoyens de Quimper, et leur mise en prison de droit commun, sans autre forme de procès.
Que reprochait-on à ces trois citoyens commerçants bien considérés au surplus ? De faire du marché noir ? De la hausse illicite des prix ? Non. D’être les auteurs des « barbouillages ?!? » qui ont « dégradé ?!? » les murs de la Préfecture ? Non plus !
Quoi alors ? Rien, absolument rien, sinon ce fait de proclamer publiquement leur dégoût de la pagaïe dont la France meurt, et la Bretagne à sa suite, le fait de proclamer publiquement que la Bretagne, encore saine, peut se sauver, si on lui donne les moyens de restaurer ses énergies.
Deux de ces hommes sont les chefs du Parti National Breton à Quimper : ce sont MM. Yann ar Beg et Mark ar Berr. Le troisième, M. Y. Lannuzel, appartient à ce groupe de bretons modérés, genre journal « La Bretagne » qui font méfiance à Vichy pour la restauration des Provinces ( alors que Youenn DREZEN collabore à ce même journal en compagnie d’autres militants du P.N.B. dont est également membre Yvon Lannuzel ).
Tous trois sont pères de famille, tous trois sont considérés sur la place comme des commerçants probes, tous trois mènent une vie publique et familiale dont même les adversaires de leurs idées se font un devoir de reconnaître la droiture.
Or le fait est là, brutal. Jetée dans le désarroi, sans doute par l’importance du Congrès, exaspérée par l’ampleur et la teneur des inscriptions faites sur ses propres monuments, à son nez et à sa barbe, l’Administration, perdant son sang-froid et abdiquant toute dignité, FAIT ARRÊTER TROIS HOMMES QU’ELLE SAVAIT INNOCENTS… Et ce, parce qu’il fallait une sanction ! Faire peur, sans doute ?
C’est cela « qu’ils » appellent gouverner ?
Ca n’a pas été l’avis de tout le monde, car ce scandaleux abus de pouvoir à fait frémir tout Quimper. Quand donc les français sauront-ils mesurer les actions bretonnes ?
…Notons seulement parmi les inscriptions qui ont eu le don de troubler l’atmosphère préfectorale, celles-ci, en énormes lettres peintes au goudron : BREIZ ATAO VAINCRA ! GWENN-HA-DU VAINCRA ! DEMAIN DANS UNE EUROPE NOUVELLE LA BRETAGNE SERA LIBRE ! LA MORT POUR LES TRAÎTRES : EXEMPLE X… ( du nom d’une personnalité quimpéroise célèbre pour son activité anti-bretonne ).
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L’effet de ces inscriptions fut énorme. Car c’était samedi, jour de marché, la journée durant, la foule des citadins et des Cornouaillais, venus des environs, défila devant les murs de la Préfecture, lisant et commentant les textes à haute voix.
…La nuit porte-t-elle conseil ? Le lendemain, dimanche, dans l’après-midi, M. George faisait chercher M. Mark ar Berr et lui accordait audience.
Voici, dans ses lignes essentielles, le bref dialogue qui intervint entre les deux hommes :
- GEORGE. — J’ai étudié votre dossier. J’AI ACQUIS LA CONVICTION QUE VOUS N’ÊTES PAS L’AUTEUR DES INSCRIPTIONS. D’autre part, VOUS ÊTES PÈRE DE SIX ENFANTS, que vous élevez par votre travail assidu. Vous êtes libre.
Mark AR BERR. — Je vous remercie, Monsieur le Préfet. Mais je dois vous faire remarquer que j’ai, à la prison, deux camarades. Tous deux, vous le savez, sont également pères de famille, et tous deux sont aussi innocents que moi. Je refuse de quitter la prison si vous ne leur rendez pas la liberté.
- GEORGE. — …
Mark AR BERR. — J’ai le devoir de vous avertir que si, demain, lundi, nous ne sommes pas libres, nous commencerons la grève de la faim. Rien ne fera fléchir notre résolution.
- GEORGE. — …
Mark AR BERR. — D’autre part, je vous avise que j’exigerai que justice soit faite pour l’acte, arbitraire et scandaleux, dont votre Administration s’est rendue coupable envers trois Bretons, dont le seul crime est d’aimer leur pays.
Moins d’une heure après, MM. Lannuzel, Ar Beg et Ar Berr voyaient s’ouvrir devant eux les portes de la fétide geôle de Mesgloaguen.
Ils étaient libres.
Mais libres aussi de proclamer que, face à la carence et à la décadence françaises, il y a la Bretagne, jeune, ardente, et qui veut vivre, et qui sait, elle, pourquoi elle travaille, pourquoi elle souffre…
…Et pourquoi elle vaincra ! Corentin CARIOU. » ( on notera la duplicité manifeste de Youenn DREZEN dans la transcription des évènements : les trois militants du P.N.B. seraient innocents alors que les inscriptions sont réelles et que la teneur de celles-ci semble le réjouir : L’effet de ces inscriptions fut énorme… . Mais il y a aussi un autre fait, que Youenn DREZEN passe sous silence : dans la précédente édition de l’Heure bretonne, n°75 du 13 décembre 1941, une photo hors-texte présente un paysage citadin. Au premier plan, un trottoir bordé d’un long mur, et sur ce mur…des inscriptions. Un petit pan de cette maçonnerie comporte un texte en partie illisible où se détachent « bretons sacrifiés… BRETAGNE LIBRE » . Sur la droite, et sur la plus grande étendue du mur, plastronnent, en très grandes lettres les slogans « La Bretagne aux Bretons » et « GWENN HA DU VAINCRA » – le mot GWENN est souligné de trois traits -. Sous BRETAGNE, une grande hermine noire soigneusement tracée. Sous la photo, la courte légende ne prête pas à confusion : « Les peintres de ’’ Gwenn ha Du ’’ ont opéré à Vannes… ». Ce faisant, et sans autres commentaires, l’Heure bretonne fait sienne ce prosélytisme ’’artistique’’ et graphique. La ficelle était donc trop grosse. Il semble d’évidence que les consignes en la matière venaient de la Direction du P.N.B. . Et Youenn DREZEN, spécialiste de l’organisation terroriste ’’secrète’’ Gwenn-ha-Du, filiale du P.N.B., ne pouvait être dans l’ignorance. De même qu’il ne pouvait méconnaître la devise de Gwenn-ha-Du : « Nous continuerons la tradition de ceux qui, au cours des siècles ont lutté les armes à la main pour affirmer nos droits de Nation. » ) ] —
Ces héroïques séparatistes prétendent avoir obtenu leur libération par une menace de grève de la faim ! En réalité, après avoir passé une nuit en prison, ces courageux chefs s’empressèrent d’écrire au préfet pour l’assurer non seulement qu’ils étaient complètement étrangers à ces
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inscriptions mais, bien plus, qu’ils les réprouvaient !!
Les coupables ? Mais c’était Gwenn ha Du, une association qu’ils ne connaissaient pas et dont-ils désavouaient l’activité.
Quel courage ! Mais quel mensonge ! En effet, c’est le 13 décembre que ces inscriptions ont été apposées. Et le 10, ces messieurs, à leur congrès, glorifiaient Gwenn ha Du. …On a vu que M.M. LE BERRE, LE BEC et LANNUZEL par lettre au préfet ont désapprouvé les inscriptions de Quimper dont l’Heure bretonne se réjouissait.
Ces héros ont trouvé intelligent d’inventer un alibi. ’’Ce n’est pas nous – affirment-ils -. Ces peintures sont l’œuvre de l’organisation secrète Gwenn ha Du dont nous ne sommes pas solidaires et dont l’activité nous gène’’.
Voilà du courage !
Mais alors, Messieurs les Séparatistes, pourquoi glorifiez-vous dans vos congrès cette organisation de Gwenn ha Du ?
N’est-ce pas vous qui avez cru devoir ajouter à la poésie de Villemarqué An Alarc’h [ Le Cygne] ces deux vers :
Enor, enor da Wenn Ha Du ( Honneur, honneur à Gwenn ha Du
Ha d’an dreitourien, malloz ru et aux traîtres malédiction rouge ).
Messieurs Le Berre, Le Bec et Lannuzel, vous avez désavoué Gwenn ha Du le 14 décembre. Mais est-ce que le 10 décembre, à Kerfeunteun, vous ne chantiez pas ces vers à l’honneur de Gwenn ha Du précisément avant d’entendre Yann Goulet le ’’rener’’ [ dirigeant ] de vos ’’Bagadou-Stourm’’ ?
Si vous désapprouvez ’’Gwenn ha Du’’ certains jours, pourquoi, dans vos réunions officielles, chantez-vous ’’Honneur, honneur à Gwenn ha Du’’ que vous prétendez ne pas connaître ?
Sinistres menteurs… Tristes fumistes.». (1)
(1) Archives départementales du Finistère, ADF 204 J 184.
Les trois militants du P.N.B. cités dans l’affaire des inscriptions sont : Marc Le Berre (Mark ar Berr), bigouden originaire de Plonéour-Lanvern, commerçant à Quimper, chef P.N.B de l‘arrondissement de Quimper, antisémite notoire [ voir son article intitulé « Les ’’fils du soleil’’ ( les bigoudens ) relèveront-ils le défi des Juifs ? » qu’il écrira dans l’Heure bretonne n°96 du 16 mai 1942 ]. À Pâques 1944, sentant probablement le vent ’’tourner’’, il démissionne du P.N.B.. Quel courage ! ; Jean Le Bec (Yann ar Beg), pharmacien à Quimper, chef P.N.B de la section de Quimper; Yvon Lannuzel, horloger à Quimper, membre du P.N.B, administrateur du journal dit ’’régionaliste’’ La Bretagne de Yann Fouéré.
Adolphe Le Goaziou, libraire à Quimper, érudit en matières bretonnes, résistant dès 1940, sera emprisonné à Rennes d’octobre 1943 à avril 1944, échappant de justesse à la déportation. Il devient en 1944 le président du Comité Départemental de Libération du Finistère.
- 17 janvier 1942. AR BLOAZ NEVEZ
A nouvelle année, nouvelles résolutions, et celles de Youenn DREZEN adressées à ses compatriotes de Bretagne portent, bien entendu, le sceau du Parti National Breton en route pour l’indépendance…
Article en breton signé Tin GARIOU, l’Heure bretonne n° 79 du 17 janvier 1942, conclusion de Youenn DREZEN :
« LE NOUVEL AN
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… mais les militants du Parti National Breton croient dorénavant au salut de leur pays; Quoi qu’il advienne, la Bretagne sera indépendante après la guerre. C’est ainsi que les fruits des combats, cruels parfois, ont été bien gérés, avec nos militants depuis cette autre guerre, tous superbes. Ils trouveront toujours de l’hostilité à Paris et à Vichy qui apportent leur portion congrue aux Bretons aveugles ou idiots. Cette aversion, pourtant n’est pas une difficulté. Et à la haine ils répondront par un fou-rire sain et victorieux.
… Persévérons dans le travail amorcé en juillet 1940, et agissons sans pause, à la suite de l’année 1941 ! Chacun selon ses possibilités, chacun selon son âge, son métier, son argent, son temps, apportons notre pierre à la Nouvelle Maison pour faire naître la Bretagne Indépendante.
Les dirigeants du Parti National Breton l’ont remarquablement bien organisé. Ecoutons ses directives, plions nous à ses conseils, soyons obéissants ! L’Union fait la Force.
En dépit du malheur et des dégâts, mais aussi avec l’élan pris l’année dernière, l’année 1942 sera une année fructueuse. Tin GARIOU ».
Youenn DREZEN ? Simple journaliste-écrivain a-t’on pu entendre – ou lire – ici ou là. Au pire, journaliste-écrivain égaré. Ou encore, journaliste écrivain de la cause bretonne. Politisé ? Sûrement pas. Tiens-donc ! Après le cri du cœur mystique du 20 décembre 1941 ( Un grand congrès des militants du P.N.B. à Kerfeunteun ) : « Je suis sorti de cette réunion avec la conviction que l’avenir breton appartient au Parti National Breton. », voici, en toute logique, la prédication enflammée à l’adresse de ses ouailles, et qui tient lieu de péroraison par ses diverses prescriptions à suivre et à observer impérativement ! ’’Soyons obéissants !’’
Youenn DREZEN est bien le journaliste-écrivain militant politique engagé jusqu’à la moelle pour l’édification de sa Bretagne Indépendante sous la férule d’un parti unique, le Parti National Breton, dans le cadre de la Nouvelle Europe germanisée. N’est-ce pas l’Heure Bretonne n° 74 du 6 décembre 1941 qui affirme, à droite du titre : « Le vieux rêve des patriotes bretons : La Nation Bretonne dans l’Europe fédérée sera bientôt une réalité. ». N’est-ce pas l’éditorial de Raymond Delaporte qui titrait déjà à la une de l’Heure Bretonne n° 67 du 18 octobre 1941: « L’EUROPE VA SE RECONSTRUIRE : La débâcle des armées soviétiques prépare la défaite des Anglo-Saxons – et poursuivant – : La Guerre se termine à l’Est. Elle se termine par une victoire totale de l’armée allemande. De cette victoire, nous n’avons pas douté un seul instant. Cette conviction absolue, nos écrits le prouvent, nos actes le prouvent. Ce n’est pas sur des renseignements d’ordre techniques que cette conviction était assise. Elle s’appuyait uniquement sur une certitude d’ordre moral…. La CERTITUDE qu’après avoir subi une époque de décadence, L’OCCIDENT connaîtrait une renaissance véritable de son ESPRIT. – et Delaporte termine ainsi son éditorial – : … La dernière phase de la Guerre commence avec l’écrasement de la Russie soviétique. Elle marquera pour les Celtes, aux côtés des autres peuples nordiques, le début d’une nouvelle ère de leur histoire. Une ère que les historiens ne leur permettaient plus de prévoir. L’ère de la construction d’une société celtique. »
Relisons l’article LE NOUVEL AN. Youenn DREZEN demande aux bretons – qui ne sont pas idiots ! – de marcher côte à côte avec les dirigeants du P.N.B., y compris donc avec le premier d’entre eux, Raymond Delaporte. Youenn DREZEN, par ses écrits politiques engagés, utilisant, non pas les armes militaires mais sa plume au service d’une vision philosophique ou le nordisme, autre mot signifiant nazisme, est le creuset d’un nouvel ordre européen dominé par l’Allemagne nazie, devient de ce fait un allié de ceux-ci, un partenaire. Et cela porte un nom: la collaboration.
- 7 février 1942. FRANCE-LA- DOULCE
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Le 3 octobre 1942, dans le n° 116 de l’Heure bretonne, nous avons vu Youenn DREZEN encenser le nazi français Lucien Rebatet. Alors, pourquoi ne pas récidiver avec le collaborateur-écrivain-diplomate Paul Morand (1) ? Chose faite le 7 février 1942 où, à la première page du n° 82 de l’Heure Bretonne, Youenn DREZEN, signe, en breton, un article complimentant, tant et tant, ce zélé collaborateur vichyssois pour FRANCE-LA-DOULCE, l’un de ses livres, paru en 1934. Extraits traduits :
« FRANCE-LA-DOULCE
Pour une fois que nous pouvons donner des poireaux à un écrivain français, allons-y de bon cœur ! Décernons sans chipoter mille éloges à M. Paul Morand, pour son roman : « FRANCE-LA-DOULCE»
Ce n’est pas un livre récent, car il a été imprimé, je le crois, en 1934; Pour moi, cependant, il est nouveau car je n’ai eu l’occasion de le lire seulement la semaine dernière.
… Il a vu la France, devenue putain, se vendre à n’importe qui pour quelques sous ou pour du plaisir. Il a vu les français et les étrangers sucer le pays dans le déshonneur, et, dans l’écœurement de l’exhibition, a écrit le roman : « FRANCE-LA-DOULCE ».
…Les acteurs de cette pièce ? Des parisiens comme de juste, aux noms de Kalitrich, Sacha Sacher, Hermeticos, Max Kron, Tatarin, ainsi de suite et aussi Hautducoeur, Mademoiselle Sylviane, Mademoiselle Mado Tétard… de gentils noms d’oiseaux, les meilleurs à en croire, tous aussi ignares de l’histoire de France, et tous gonflés pour tourner un grand film –un film français ! — d’après la mort de Roland à Roncevaux !…
…Et qui est le dindon de la farce dans cette affaire ? Un breton, un homme bien, le vicomte de Gergael, de Ploërmel. Celui-ci dépensa beaucoup d’argent pour un petit fossé et … Il mourut, tué par sa voiture.
Mais, qu’il était frivole le jeune vicomte — que Dieu lui pardonne ! — chez le notaire, M. Tardif, de Poërmel, il avait la tête à hériter de tous les biens de Gergael. Il avait la tête, et elle était têtue. Nous voyons le notaire aller, de lui-même, auprès des galapiats parasites, — grecs, russes, juifs ou français dégénérés — emporter la mise avec lui, leur dire qu’il est garanti, l’argent emprunté par le vicomte frivole, l’orphelin enrichi.
… Pour finir, nous ferons des compliments, sur le marché, à M. Morand pour une petite erreur, pour nous, plaisante. Il fait parler les gens de Ploërmel en breton, à la manière de Vannes. Et il le fait, en outre, très bien. … ». Signature : Tin GARIOU.
Quelques remarques :
- Cette appréciation d’un roman présentant des français complètement abêtis, ignares ( incapables d’appréhender leur propre histoire ! ) dans une France dépravée sert, encore et toujours, d’argument ultime mais récurrent chez Youenn DREZEN pour dénigrer ses — pourtant — propres concitoyens, qui, à l’heure où il écrit ces lignes, subissent le joug infâme et la terreur destructrice des nazis. Mais il est vrai que la France lui est un pays étranger !
- Dans son article, les ’’méchants’’ affublés de grotesques sobriquets, qui sont qualifiés de vauriens correspondent — oh, miracle ! — à une partie des nationalités ( grecs, russes, français — bien entendu — dégénérés ) formant la coalition en guerre contre les forces de l’axe allemand. Judicieux, tout ça ! Avec en prime les juifs toujours prêts à s’enrichir ! Youenn DREZEN, ici, ne désavoue sûrement pas son compagnon de l’Heure Bretonne n° 43 du 3 mai 1941 qui, sous une fausse signature : Le Mezeg ( Le Médecin ! ) écrivait : « Tant qu’on n’aura pas, selon le mot de Céline, ’’viré’’ les juifs, à commencer par les toubibs, la pourriture continuera à s’étendre chez nous. »
- Et qui sont les victimes ? Les bretons de bonne foi qui se font gruger. Où l’on voit, en
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filigrane, dans cet écrit, le prosélytisme soutenu de Youenn DREZEN en faveur de son P.N.B. .
(1). En 1943, Paul Morand ( 1888-1976) sera nommé par Pierre Laval ambassadeur de Vichy en Roumanie avant d’avoir assumé la charge de Président de la Commission de censure cinématographique. En juillet 1944, pour échapper à l’avancée des troupes soviétiques, il se fait affecter en Suisse ( pratique ! ) où il va séjourner plusieurs années. Interdit de publication en France durant celles-ci, il réussira à se faire élire à l’Académie française en 1968. Pas très académique, cette élection : proprement scandaleux !
- 28 février 1942. Scharnorst, Gneisenau, h. a. pe an dud dall.
Texte en breton signé Tin GARIOU en 1ère page avec une suite en 2ème page du n° 85 de l’Heure bretonne du 28 février 1942. Extraits traduits :
« Scharnorst, Gneisenau, et tous les autres ou l’homme aveugle
Ce n’est pas nous qui le disons !
Des nouvelles ont été annoncées à travers le monde entier par M. Churchill en personne, à la radio, et ensuite par d’autres informateurs.
Afin de détruire trois navires allemands, ancrés à Brest, des avions anglais, à 3.299 reprises sont venus y larguer des bombes, et ces bombardiers en ont déversé 4.000 tonnes sur notre nuque.
Ce n’est pas nous qui le disons !
Il est un aveu des anglais. Et cet aveu, en outre, indique qu’ils ont perdu, qu’ils sont arrivés, d’après eux-mêmes, à sacrifier au-dessus de Brest 43 avions et 242 hommes.
… M. Churchill fait une proclamation au monde entier : –après qu’elle fût donnée, cependant par les allemands ! — le 12 février les navires de guerre « Scharnhorst », « Gneissenau et le « Prinz Eujen » se sont éclipsés en mer de Bretagne, en passant le long des côtes anglaises, –non sans occasionner des dégâts aux anglais, ce qu’il n’a pas dit ! — avant de rejoindre leur port en Allemagne. Spectaculaire, propre et soigné !!!
Les anglais avaient perdu leur temps, — leurs bombes, leurs avions, leurs aviateurs ! — Et lessivés leurs mains crochues et leurs poings.
… Pauvre misérable Churchill !
… Aveugle et sourd !… J’ai entendu dire que l’on devenait aveugle sous la lumière et muet dans le bruit. Il y a pire : qu’à écouter Radio-Londres on devenait fou-allié.
Et ce n’est pas mon écrit de vérité qui guérira un seul Gaulliste ! ». Signé : Tin GARIOU.
Dans cet article Youenn DREZEN se dévoile complètement. Il a choisi son camp, celui de l’Allemagne nazie, de Hitler, de ceux qui ’’préservent’’ la pureté des races nordiques et celtiques.
Youenn DREZEN sur un ton de raillerie et en crachant une morve haineuse sur Churchill, les anglais, et donc, par ricochet, sur les français de la France Libre, fait là œuvre franche, sans aucune ambiguïté, de propagande allemande. Nous sommes fin février 1942. Sur le plan militaire, même si sur le front russe quelques inquiétudes se profilent pour l’armée allemande, l’échec devant Moscou sonnant tel un avertissement, leurs sous-marins, les U-Boote font des ravages au sein la flotte alliée, en Lybie l’offensive germano-italienne avec Rommel est un succès, les japonais s’emparent de Manille, de la Malaisie… De quoi rendre Youenn DREZEN confiant en une victoire finale des membres de l’Axe. Il parie donc, ouvertement, sans complexe, sur celle-ci et dans sa fougue, par sa plume, signe une collaboration totale avec l’occupant allemand. En réalité, Youenn DREZEN est dans un rôle assumé. Il représente l’un des rouages de la propagande au sein du P.N.B.. Avec
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d’autres rédacteurs de l’Heure bretonne, jusqu’au dernier numéro, il tentera de manipuler les consciences.
- 16 mai 1942. En Naoned, gant kendalc’h ar Framm Keltiek.
L’Institut Celtique ( Framm Keltiek ) est créée en octobre 1941 par, entre autres, Roparz Hemon ( voir paragraphes 1941 et 1942 au début du document ). Du 13 au 17 mai 1942 va se tenir, à Nantes, le 1er congrès de cet organisme. A cette occasion, Youenn DREZEN présente l’évènement dans le n° 96 de l’Heure bretonne en date du 16 mai 1942. Mais ce qui est intéressant dans cet article se résume en trois mots : pas de politique. Explications. Mais avant toute chose, quelques extraits du texte. Les termes importants sont sciemment mis en gras et soulignés. Le texte est en breton et signé Tin GARIOU :
« A Nantes, avec l’Institut Celtique en congrès.
J’ai jeté un bon coup d’œil sur les dessous des travaux et des réjouissances qui vont se dérouler, cette semaine, au centre de Nantes, à propos du congrès de l’Institut Celtique.
Le premier congrès, congrès hautement superbe, s’est déroulé à Rennes, l’année dernière au mois d’octobre [ en réalité il s’agissait de la tenue, du 20 au 25 octobre 1941, d’une ’’semaine celtique’’ fastueuse — financée par les allemands ! — au cours de laquelle l’Institut Celtique a été fondée ], magnifique avec des participants de chaque coin de Bretagne. Tous animés par la passion de se rendre utiles à leur pays, sans attendre davantage, et, au-delà, sans rien attendre de la France, sur le terrain de l’éducation, de l’art, des métiers, et sur tant d’autres sujets, hormis la politique.
Puis, après avoir exposé la raison d’être de l’Institut Celtique — sans oublier de rendre hommage a son dirigeant, Roparz Hemon — et présenté les animations studieuses, musicales, festives du congrès de Nantes, il ajoute, concernant le programme de celui-ci :
… mais ce qui est certain, c’est que rien n’a été ignoré… rien, à l’exception de la politique : car, comme je le disais, l’Institut Celtique ne fait pas de la politique son affaire. … Tin GARIOU.»
Donc, affirmation péremptoire de Youenn DREZEN : pas de politique à l’Institut Celtique.
Le Comité Provisoire à l’origine de l’Institut Celtique, au nombre de 6 personnes, se compose, entre autres, de Jean Merrien, du P.N.B., qui n’est autre que René de La Poix de Fréminville, ancien directeur de l’Heure Bretonne, passé au journal La Bretagne. Il est, en outre, secrétaire général de la Société Amicale des Auteurs Bretons, société raciste dont le chef du Groupe des Bretonnants est Youenn DREZEN. On y trouve aussi François Eliès , pseudonyme Abeozen, responsable de la censure de la langue bretonne à la Feld Kommandantur de Bretagne ainsi donc qu’à Radio-Rennes, salarié des allemands. Peut-on croire un seul instant que ces personnes à activité politique vont prendre des positions ou émettre des jugements absolument neutres en tant que membres influents de l’Institut et ce, d’autant plus que, sans les finances allemandes, l’Institut n’existerait pas [ le déficit de 200.000 fr de la semaine du mois d’octobre à Rennes fut épongé par les finances allemandes de Radio-Rennes, succursale de Radio-Paris, la radio nazie (1) ].
l’Heure bretonne n° 100 du 13 juin 1942 relate Les Grandes Assises du Mouvement Culturel de l’Institut Celtique qui se sont déroulées à Rennes. L’élection de Roparz Hemon à la présidence se traduit par un plébiscite sans appel : 95 voix pour, aucune contre, 5 bulletins blancs.
Avant son élection pour le moins luxueuse, Roparz Hemon fait une déclaration en breton et en français. La voici :
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« Je pose ma candidature comme président de l’Institut Celtique.
Mais il est deux points sur lesquels je ne veux tromper personne :
- J’ai consacré ma vie à la lutte pour la langue bretonne. J’entends, si vous me nommez président, lui donner au sein de l’Institut la place la plus grande possible, tout en tenant compte des réalités et des désirs légitimes des francisants qui constituent la majorité dans certaines branches de notre vie culturelle.
- Je me déclare, me tenant sur le terrain strictement culturel qui est le nôtre, partisan d’une collaboration loyale avec les peuples qui façonnent sous nos yeux l’Europe nouvelle. »
Il est une évidence, dans cette communication Roparz Hemon est d’une extrême prudence. Les mots ont été rigoureusement sélectionnés. Prenons l’exemple de l’Europe nouvelle : quelle que soit l’issue de la guerre, l’Europe sera nouvelle. Ce concept d’Europe nouvelle se veut donc neutre, de même pour le terme peuple qui peut-être celui d’outre-Manche ! Reste le terme façonnent du verbe façonner. Le dictionnaire en donne la définition suivante : mettre en œuvre, travailler une (matière…) en vue de donner une forme particulière. La mise en œuvre est donc délibérée, intentionnelle et le but à atteindre est fixé à l’avance. De plus le verbe est d’action. Et il n’y a qu’un pays, qu’un peuple qui a pris l’initiative de vouloir ’’façonner’’ l’Europe à l’image qui est la sienne : l’Allemagne hitlérienne.
La démarche de Roparz Hemon s’inscrit donc bien dans une Europe nouvelle germanique et nazie. Et elle sera loyale… loyale aux allemands ! Roparz Hemon est salarié des nazis et l’Institut Celtique leur est financièrement redevable : outre l‘épurement des dettes de la Semaine Celtique inaugurale de 1941 ( 200.000 fr ), la radio-Rennes allemande a octroyée 250.000 fr de subvention pour la tenue du congrès de Nantes de mai 1942 (2). Et lorsque Roparz Hemon prononce ce mot, c’est aux allemands qu’il s’adresse ! Les initiatives culturelles de l’Institut Celtique ne peuvent ainsi se concevoir que dans le cadre d’une politique précise. Et nous savons de laquelle il s’agit !
La politique, bien que masquée, est aussi bien présente dans le premier paragraphe. L’utilisation ambigüe du terme ’’francisants’’, inconnu du dictionnaire, renvoie à celui de bretonnant. Il y a ici une volonté de ménager les militants de l’Institut Culturel s’exprimant en français, et la raison en est simple, ils sont majoritaires. L’utilisation de ce terme, ici aussi, a été pesée. Il ne fait pas uniquement allusion à la langue française, il englobe dans son sens, dans la justification de son emploi tous les concepts liés à son univers : la France, sa culture, la société française dans son ensemble … la politique française, son jacobinisme [ lire à ce sujet le paragraphe suivant en date du 13 juin 1942 ] . Ce vocable, ’’francisants’’, est déjà en lui-même un terme politique, utilisé dans ce contexte précis il devient lourd de sens et peut être compris — dans un premier temps — comme une invitation à abandonner l’usage de cette langue jacobine dont le destin est de devenir étrangère. Et il faut bien reconnaître qu’en la matière, Roparz Hemon a de la suite dans les idées. La seule différence réside dans la volonté de les mettre en filigrane dans certains propos publics formulés en langue française alors qu’en langue bretonne ces mêmes idées sont exposées au grand jour.
Exactement à la même période, le 7 juin 1942 sort le n° 74 de la revue Arvor fondée par Roparz Hemon en janvier 1941. La publication va très vite bannir le français pour devenir le porte-glaive de la langue bretonne. Dans ce numéro, à la première page, Roparz Hemon écrit, en breton, bien entendu ( extrait traduit ) :
« La Bretagne n’a qu’une langue : le breton. Le français n’est qu’une langue étrangère … chasser le français est notre but. Tant qu’il restera un francisant dans notre pays, il y en aura un de trop. »
Et, pour ce qui n’est pas de la petite histoire, il faut savoir que le siège de l’Institut Celtique et celui de Arvor ont la même adresse : 19 rue de la Monnaie à Rennes !
Roparz Hemon et Youenn DREZE¨N même combat, et surtout, pas de politique à l’Institut.
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Mais alors, ils vont se sentir orphelins, les Yann Fouéré, directeur du journal La Bretagne, agent de la Gestapo n° SR 715, membre du Comité Directeur avec 87 voix; François Goinard, éditeur de Skridou Breizh à Brest , agent de la Gestapo n° SR 782, élu au Comité Directeur avec 80 voix; Marc Le Berre (Mark ar Berr), antisémite, chef P.N.B. de l’arrondissement de Quimper, le peintre du P.N.B. des trottoirs quimpérois ( voir article Un grand congrès des militants du P.N.B. ) et qui vient d’obtenir 10 voix lors du vote au comité directeur; Morvan Marchal, le père du drapeau breton, le gwenn-ha-du, agent de la Gestapo n° SR 779 qui a obtenu aussi quelques suffrages; Yann Bricler, du P.N.B.,dont quelques voix se sont aussi portées sur lui, cousin d’Olier Mordrel Sa spécialité : la dénonciation aux autorités qui-vous-savez, exécuté le 4 septembre 1943 dans son bureau quimpérois; Paul Gaignet, du P.N.B., rédacteur à l’Heure Bretonne, quelques voix également. Dans l’Heure bretonne n° 117 du 10 octobre 1942 il écrira un article intitulé Allons nous suivre la France dans le tombeau qu’elle se creuse ? où il se plaint du désordre économique en ayant cette conclusion : « C’est donc toute la politique de collaboration économique franco-allemande qui se trouve gravement compromise. », membre de la commission Français et Gallo.
Tous membres de commissions de l’Institut.
Vous avez bien sûr relevé que François Goinard n’est autre que l’éditeur de ITRON VARIA GARMEZ de Youenn DREZEN, publié en 1941. Comme le monde est petit !
A noter l’existence d’une commission Propagande.
Et pour quelles raisons pouvait-on voir applaudir, au congrès de Nantes — apolitique d’après Youenn DREZEN — les différents congressistes suivants : Olier Mordrel, ancien directeur de l’Heure Bretonne, agent de la Gestapo n° SR 724 — François Debauvais, compagnon d’Olier Mordrel, agent nazi — Yann Goulet, chef des Jeunesses Nationalistes et des Bagadoù Stourm ( Milices Bretonnes ) du P.N.B. — Alain Le Louarn (Alan al Louarn) , des Bagadou Stourm du P.N.B., national-socialiste breton — James Bouillé, du P.N.B., agent de la Gestapo n° SR 305 et, bien sûr, des représentants de l’Heure Bretonne de Rennes, dont Youenn DREZEN, membre de la commission La Langue Bretonne ?
Au terme du congrès une courte motion finale est présentée. Elle se termine par le paragraphe suivant : « Les membres de l’Institut Celtique de Bretagne, réunis en Congrès à Nantes désapprouvent à nouveau les attentats commis en Bretagne contre l’armée allemande, attentats qui ne peuvent être que le fait d’individus isolés. Le peuple breton a toujours eu le respect des hommes qui accomplissent leur devoir. Le Congrès exprime sa foi en l’avenir de la Bretagne dans l’Europe reconstituée d’après guerre. ( l’Heure bretonne n°97 du 23 mai 1942 ) » .
(1) Archives Départementales du Finistère à Quimper, cote 44 J 151.
(2) Archives Départementales du Finistère à Quimpe, cote 44 J 156.
Les informations précises concernant les agents de la Gestapo sont consultables aux Archives Départementales du Finistère à Quimper, cote 204 J 179, voir également le livre de Françoise Morvan Miliciens contre maquisards, pages 121, 154, et 264 aux éditions Ouest-France, Rennes. Edilage S.A., 2013.
- 6 juin 1942 Première réunion générale de l’AMICALE des AUTEURS BRETONS.
l’Heure bretonne n° 99 du 6 juin 1942, en français avec le titre ci-dessus :
« On nous prie d’insérer :
Le jeudi 28 mai, à eu lieu, à Rennes, la première réunion de ce groupement, en préparation depuis février 1942, et destiné à fédérer les écrivains de langue française, les illustrateurs de livres
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et les compositeurs de musique bretons. Les règles d’admission à cette amicale sont très sévères, seuls sont admis les auteurs, Bretons de race, et faisant preuve en outre d’une réelle professionnalité.
Parmi les personnalités présentes ou représentées, notons : Alphonse de Chateaubriand, Théo Briand, Mme Danis, le professeur Le Fur, les historiens E. Gabory et H. du Halgouët, Roger Grand, conseiller national, H. Pollès, Camille Le Mercier D’Erm, Florian Le Roy, Bernard Roy, Mme M.P. Salonne, Suzy Solidor, le dramaturge Jean Sarment, G.G. Toudouze, etc … , écrivains de langue française. Youenn DREZEN, Méaven [ Francine Rosec ], Abeozen [ Fañch Eliès ], A. de Carné, Loeiz Herrieu, Taldir [ François Jaffrennou ], etc … , écrivains de langue bretonne. R.Y. Creston, Xavier de Langlais, M. Meheut, E. Sevellec, etc, illustrateurs. P. Le Flem, Ladmirault, G. Ropartz, etc …, compositeurs de musique.
Sur rapport de Jean Merrien [ René Paulin de La Poix de Fréminville, ancien directeur de l’Heure bretonne, passé au quotidien La Bretagne], en un accord unanime, le groupement a précisé ses buts : liaison confraternelle, amorce d’une représentation professionnelle, appui aux initiatives culturelles bretonne, fondation de prix, entr’aide, le tout en dehors et au-dessus de toute position politique et de toute exclusive.
… Il a nommé un bureau provisoire, et jeté les bases de ses statuts. Jusqu’à constitution définitive, toute demande de renseignements doit être adressée au secrétaire, Jean Merrien, 11, rue Duhamel, Rennes, ou à G.B. Kerverzion, trésorier, 72, rue Oberthür, Rennes. »
L’Amicale des Auteurs Bretons est « en dehors et au-dessus de toute position politique et de toute exclusive », position démentie par la première règle, celle de l’admission ou le racisme pur et dur s’invite et il suffit de remarquer la liste impressionnante de militants nationalistes du P.N.B. ou proches de ce parti xénophobe pour ne plus avoir de doute quant à la politisation de cette ’’Amicale’’.
- 13 juin 1942. An Aotrou Bimbochet e Breizh.
Il arrive parfois que l’on recherche la solution d’un problème à des lieues à la ronde alors qu’elle se trouve tout simplement au bout de notre nez. Ainsi en-est-il du cas présent. A une nuance cependant : il ne s’agit pas ici de solution, mais de confirmation, celle des commentaires précédents consacrée à cette corroboration : oui, Youenn DREZEN et Roparz Hemon mènent un même combat … politique au sein de l’Institut Culturel. Et nous avons pour ce faire un plaideur de choix : Youenn
DREZEN en personne. Pensez-donc, dans le même numéro de l’Heure bretonne, le n°100 du 13 juin 1942, alors que sur les pages 1 et 4 figure le compte-rendu des Assises de l’Institut Celtique avec la déclaration de Roparz Hemon, en page 3 nous trouvons un court article de Youenn DREZEN, en français, signé Corentin Cariou , consacré à un livre de Roparz Hemon, et pas n’importe lequel car il s’agit d’un roman écrit en breton où Roparz Hemon, sous le couvert d’une fiction, se livre totalement. L’article dans son intégralité :
« An Aotrou Bimbochet e Breizh
Je viens de relire, dans sa nouvelle édition, le voyage qui fera date, de ’’Monsieur Bimbochet en Bretagne’’.
- Bimbochet, professeur à l’université de Rouen ( France ) était venu faire une conférence à Brest ( Bretagne ). Son intention était, en outre, de faire une enquête dans notre patrie et d’y
recueillir les traces de l’influence française. Vains efforts ! La Bretagne avait tout rejeté. Elle ignorait Anatole France. Totalement. Mais elle vivait libre et dynamique dans une Europe
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Nouvelle. Déjà !
An Aotrou Bimbochet e Breizh, est, il faut le dire, un roman d’anticipation, l’auteur en ayant placé l’intrigue en l’an 2127. Je crois même pouvoir ajouter qu’il anticipait audacieusement. C’est un beau rêve que d’imaginer dans 200 ans une Bretagne haute et basse, ne parlant que le breton, une Bretagne ultra-moderne, avec un Grand-Brest, port breton de trafic international. C’était d’une belle audace que d’écrire ce roman, voici vingt ans — car voici vingt ans bientôt que Bimbochet nous fît sa première visite — et la France, vainqueur et glorieuse, était alors à son apogée, et la langue bretonne ignorée officiellement, mésestimée, pour ne pas dire plus, par la grande masse des bretonnants, était toujours empêtrée dans l’anarchie dialecticien [ ici Youenn DREZEN fait allusion à la période antérieure au 8 juillet 1941, jour où s’est tenu, à Rennes, sur insistance des allemands et l’égide de Roparz Hemon, la réunion entérinant l’unification orthographique de la langue bretonne, d’où, d’ailleurs, le h à la fin de Breizh dans le titre qui n’existait pas dans celui d’origine ] . Et les Bretons, serviteurs fidèles et loyalistes, n’avaient d’yeux que pour Paris.
Mais, quoi ! L’auteur, M. Roparz Hemon, lorsqu’il créa son héros, n’avait guère plus de vingt ans [ Roparz Hemon, 1900-1978 ]. C’est avec l’audace de la jeunesse, avec tout son optimisme, et déjà, cet humour froid qui lui est propre, qu’il nous burine l’image de la Bretagne de demain. Une Bretagne qui respire largement, et une France en peau de chagrin, et en train de se ratatiner.
Quand l’ouvrage parut, — en 1925, d’abord, dans la toute jeune revue Gwalarn [ ’’le vent de noroît’’, revue en langue bretonne à l’adresse de ses élites fondée en 1925 par Roparz Hemon et Olier Mordrel, issue de la revue Breiz Atao, et qui paraîtra jusqu’en 1944 ] , puis en 1926, en librairie — il apparut qu’une nouvelle littérature était née. Rompant avec la tradition de ses prédécesseurs, qui se complaisaient dans la description de la vie à la campagne et dans le souvenir du temps passé, l’auteur nous jeta dans le moderne : autos, radio, avions etc., et plaça le breton sur les lèvres des habitants des villes. C’était savoureux, à l’époque, mais un peu paradoxal : le breton ne pouvait devenir une langue de lettrés, n’est-ce pas ?
Or, vingt ans après, que voyons-nous ? Il n’est que mesurer le chemin parcouru, de confronter le passé, pas si lointain, avec le présent et les immenses espérances qu’un proche avenir va nous permettre de réaliser, pour nous convaincre que la Bretagne, vue par Bimbochet, est en marche.
Voilà donc un roman qui n’avait d’autres prétentions que d’amuser les lecteurs bretonnants, et qui nous revient avec des vues prophétiques, en quelque sorte !
L’ouvrage est trop important, et la personnalité de l’auteur aussi, pour que le sujet puisse être épuisé en ces quelques notations. Nous nous réservons d’en reparler plus abondamment dans de
prochains numéros.
Mais, dès aujourd’hui, nous souhaitons bon voyage à Monsieur Bimbochet en son nouveau tour de Bretagne ! Corentin Cariou.
AN AOTROU BIMBOCHET E BREIZH, gant Roparz Hemon. Priz : 24 lur hag 50 lur. Skridoù Breizh, 35, str. Traverse, Brest. » .
Nous devons avoir à l’esprit la date de rédaction de cet écrit : juin 1942. La France est sous le joug de l’Allemagne nazie, la Bretagne se situe dans la zone occupée et le moins que l’on puise dire est que le propos de Youenn DREZEN n’est pas neutre, s’agissant de la France — et du reste aussi, d’ailleurs –. Au contraire, le dénigrement est total, le mépris patent, la hargne anti-française suintante. Imaginez un résistant, au fond de son maquis armoricain , lire ces lignes !
Toujours est-il que, et Youenn DREZEN par sa plume, et Roparz Hemon par son roman affirment leurs vues politiques : chasser la langue française de Bretagne, mais également y gommer toute empreinte française : les efforts de Bimbochet sont vains : plus aucune trace de l’influence
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française. A titre de symbole Youenn DREZEN cite un écrivain français dont le patronyme est coloré de bleu, de blanc, et de rouge : Anatole France. Et c’est ici que le lyrisme dithyrambique fait écho à l’enthousiasme décomplexé, mais la phrase est lourde de sens : « Mais elle ( la Bretagne ) vivait libre et dynamique dans une Europe nouvelle. Déjà ! » .
L’Europe nouvelle, nous y voilà. Ce concept utilisé par DREZEN et par Hemon n’est pas exclusif de leurs harangues. D’utilisation courante dans l’Heure Bretonne tout au long de ses parutions, il désigne une Europe unifiée sous domination germanique. Et pour appeler un chat, un chat, l’Europe nouvelle est une expression aussi complaisante que doucereuse qui désigne, lorsque le fard se dilue, une Europe nazie. Le dernier mot se révèle également terrible : Déjà ! Employé seul, en fin du paragraphe, souligné d’un point d’exclamation, c’est l’apothéose de l’envolée. Il représente autant l’avenir dans le passé ( roman de fiction en 1925 ) que le présent de 1942. Le roman décrit une Bretagne libre, déjà –à l’époque de sa parution, donc — , mais qui est en train de le devenir à celle où Youenn DREZEN écrit ces lignes. Ce Déjà ! D’humeur jouissive revancharde révèle le sentiment de l’écrivain collaborateur : la Bretagne, émancipée de la France déchue, recouvre sa liberté. Une liberté sous influence nazie, ce qui semble ne pas troubler le moindre du monde Youenn DREZEN.
Remarquons par ailleurs que la maison d’édition en charge de la nouvelle publication du roman, Skridoù Breizh, est tenue par François Goinard, membre du Comité Directeur de l’Institut Celtique, agent de la Gestapo et ancien éditeur de Youenn DREZEN.
Youenn DREZEN et Roparz Hemon, ne l’oublions pas, se connaissent et militent de concert, chacun dans son domaine, depuis très longtemps. En 1925 la délégation bretonne présente à Dublin pour le Congrès Panceltique est composée de Taldir Jaffrennou, Morvan Marchal, Roparz Hemon, Youenn DREZEN et … Olier Mordrel. Excepté Jaffrennou, les quatre derniers représentent Breiz Atao, Roparz Hemon, étant dans sa mouvance ( voir le premier paragraphe du début Ecrivain et journaliste très engagé ). Justement, à propos d’Olier Mordrel, il nous donne aussi son avis, concernant le parcours de Roparz Hemon, et ceci, dans des circonstances particulières.
En 1985, Henri Fréville, ancien maire de Rennes, mettant à profit la possibilité d’étudier les archives, jusqu’à lors inédites, de l’Administration militaire allemande récupérés dans les locaux de l’hôtel Majestic de Rennes, publie un livre important intitulé Archives secrètes de Bretagne 1940-1944 (1). Cependant, dans sa rédaction, Henri Fréville commet quelques erreurs ( ne mettant pas en cause son ouvrage ). Des lecteurs –surtout militants nationalistes — polémiquent alors ou écrivent à l’auteur afin de rectifier certains points. En 2008 paraît une nouvelle édition de l’ouvrage, revue et
corrigée par Françoise Morvan. Et c’est dans cette édition que nous trouvons un rectificatif adressé à Henri Fréville par Olier Mordrel. Ce correctif prend ici toute son importance et évacue de manière définitive la moindre parcelle de doute qui pourrait encore subsister concernant les agissements de Roparz Hemon, et donc de Youenn DREZEN, seulement culturels ? :
« … . Cette erreur initiale, jointe à votre ignorance des textes écrits en breton, sont la cause pour laquelle vous n’avez pas jugé exactement les motivations de Roparzh Hémon (sic) . Son idéologie, ses fantasmes, ne posent aucun problème. Il les avait exposés en long et en large dès 1925, dans son premier livre, ’’An Aotrou Bimbochet e Breizh’’, nouvelle d’anticipation historique, où la France et la culture française sont baffouées (sic) avec un humour féroce dans le cadre d’une Bretagne redevenue état indépendant. Son attitude avait une raison tactique. Il était aussi séparatiste que nous, mais il trouvait habile de placer la défense et illustration de la langue sur un terrain neutre, pour obtenir un rassemblement plus large. La politique, Breiz Atao s’en chargeait : division du travail. … Olier Mordrel. ». (1)
Le combat pour la Bretagne de Roparz Hemon-Youenn DREZEN était donc d’apparence
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culturelle, tout en étant, en sous-main, politique.
Par contre, ce qui n’a pas été encore dit à ce jour, à ma connaissance, c’est que Roparz Hemon, dans l’euphorie des victoires allemandes de 1941 , envisageait de créer un Institut Culturel résolument politique , sorte d’annexe culturelle du Parti National Breton, mais sans cache-sexe. Ce projet n’a pas vu le jour, freiné et empêché par … l’occupant allemand.
La confidence nous vient du 5ème membre de la délégation de 1925 citée plus haut, François Jaffrennou, auto-baptisé Taldir ( front d’acier ) Jaffrennou, l’auteur et plagiat du Bro Goz ma Zadou, régionaliste reconverti au Nationalisme intégral, favorable à une victoire allemande, qui proclame à la une de l’Heure Bretonne n° 74 du 6 décembre 1941 que « le régionalisme est caduc et périmé. Les anciens régionalistes doivent embrasser le Nationalisme » [ en réalité, sur le fond, nationaliste depuis 1925 (2) ] . Taldir donc, membre élu avec cinq autres personnes lors de la création de l’Institut Celtique en octobre 1941 ( la Semaine Celtique ) à son Comité d’organisation provisoire ( ils représentent les cinq départements historiques de la Bretagne ainsi que les bretons de Paris ), se retrouve à Guingamp le 19 décembre 1941 pour la première réunion de ce comité. Voici une partie de son compte-rendu consacrée à cette séance de travail, le propos est d’une extrême importance. La typographie est rigoureusement exacte, entre crochets, des précisions ajoutées :
« Je [ Taldir Jaffrennou ] demande à placer un mot. Je m’exprime à peu près ainsi.
’’M. Le Président [ Roparz Hemon ], vous venez de nous mettre loyalement au courant de vos tractations avec les Allemands pour fonder le FRAMM [ l’Institut Celtique ]. Vous avez bénéficié d’une aide financière énorme, que quant à nous nous n’avons jamais espéré ni obtenu du Budget français pendant nos 40 ans de travail. Je pose la question suivante : est-il possible de faire prendre l’Institut Celtique en charge par le Budget des Troupes d’Occupation, puisqu’il a commandité la Semaine Celtique ?
__ ’’Non, répond M. Hémon. La chose ne me semble pas possible pour deux raisons. D’abord, si les Allemands commanditaient l’Institut Celtique, ils sont gens très soupçonneux et pointilleux, et voudraient contrôler non seulement son activité culturelle, mais aussi les opinions personnelles de ses membres. J’ai déjà eu de longs palabres avec les Services de la Feld Kommandatur au sujet des noms mis en avant dans nos listes provisoires, et il m’a été interdit de faire appel au concours d’aucun homme politique ayant eu des attaches avec le précédent gouvernement. En second lieu, il y a pour nous une question d’Opinion publique à ménager. On nous qualifie déjà de ’’Collaborateurs’’, et il faut bien admettre cette évidence que l’Opinion bretonne est Germanophobe pour 90%. Je ne dis pas qu’elle soit foncièrement Anglophile, sinon par réaction,
mais elle ne nous suivrait pas du tout dans des transactions anticipées avec l’Occupant. C’est pour ce motif d’opportunité et non pas exclusive, que nous avons dû renoncer à faire figurer dans nos commissions des hommes dont le patriotisme breton est sans suspicion, mais qui comme Mordrel, Debauvais, Guieysse et Lainé, ont voulu devancer ’’l’heure bretonne ’’ dans l’histoire. ». (2) [ C’est toute l’équipe du P.N.B. formant le Conseil exécutif du Conseil National Breton fondé à Pontivy le 3 juillet 1940 qui adopta une déclaration en six points où il est question d’agir, à une heure choisie, pour doter la Bretagne d’un Etat National et où il est clamé que le Peuple Breton, dans la guerre qui se poursuit contre l’hégémonie anglaise, est, de tout cœur contre l’ennemie des Celtes ( donc, avec les allemands ). l’Heure bretonne n°1 du 14 juillet 1940 ].
Ainsi, le but de Roparz Hemon est on ne peut plus clair : agir pour l’édification de l’Etat Indépendant de Bretagne, de concert avec le Parti National Breton, en agissant sous le contrôle des autorités nazies, à leur côté et avec leur soutien financier, anticipant de ce fait leur victoire.
Tout le reste n’est qu’affaire d’opportunité, de stratégie, de magouilles — n’est t-il pas question
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de transactions anticipées avec l’occupant incompatibles avec l’opinion bretonne du moment ?, ce qui veut dire qu’il faut temporiser en attendant que subvienne le moment ’’convenable’’.
L’Institut Culturel n’était qu’un instrument de propagande et le qualificatif Culturel un terme de camouflage. Et, suivant l’aveu d’ Olier Mordrel, cela participait de la division du travail. Chacun, dans sa position et ses compétences qui lui sont propres, devant œuvrer pour l’avènement d’une Bretagne ’’Indépendante’’ gouvernée par un parti unique, le P.N.B., au sein d’une Europe nouvelle germanisée … mais surtout nazifiée.
Roparz Hemon, Olier Mordrel, François Debauvais, Marcel Guieysse, Célestin Lainé, Youenn DREZEN, même combat !
(1) Archives secrètes de Bretagne 1940-1944, édition revue et corrigée par Françoise Morvan, pages 434 et 435, 2004-2008, Edilarge S.A., éditions 0uest-France, Rennes. La dernière édition date de janvier 2010.
(2) Archives départementales du Finistère à Quimper, côte 44 J 102.
(3) Archives départementales du Finistère à Quimper, côte 44 J 151.
- 20 juin 1942. EMAINT O TONT… pe Lonkerien Tousegi
Dans l’Heure bretonne n°101 du 20 juin 1942, Youenn DREZEN, sur un ton aussi badin que moqueur et sous la forme d’une nouvelle contractée exprime à la fois son mépris des anglais –tout en leur faisant la nique– et son sarcasme envers « les pauvres misérables prêts à avaler des mouches, des crapauds, des chevaux et des chameaux, et prêts à nous dire que voilà nourriture chrétienne » . Article en breton signé TIN GARIOU. Extraits traduits :
« Ils sont en train de venir… quels avaleurs de crapauds
Ils sont entrain de venir… Ils se préparent à descendre avec leurs grands navires, leurs fusils, leurs canons, leurs avions de combats. Ils se préparent à balayer, à assainir le pays, le temps de faire le signe de croix ?
Qui sont en train de venir ? .. Les Anglais, bien sûr ! Les Soldats du Messie à la mode nouvelle…
… ’’— Diable et pute borgne ? ’’ ai-je dit à une femme qui me donnait ces épouvantables informations. ’’ Et où le diable a-t-il pu entendre de pareilles nouvelles ? Je n’ai rien lu de semblable dans les communiqués.’’
’’ –Mais à la radio ! ’’
‘’— J’écoute chaque jour la radio , et ..
’’ — Oh ! Il n’y a qu’une radio qui en vaille la peine. Et elle dit qu’elle a écouté Radio-Londres, nécessairement en cachette, en bord de mer, tellement vrai… ainsi de suite, ainsi de suite… »
Quand je vous dis qu’ils ont empoisonnés les esprits des gens du peuple au sang pur…
Comment ! Depuis qu’ils ont déclaré la guerre — il y a trois ans, sans prévenir –,
… Ainsi la vérité : actuellement les Anglais et les Américains sont sur le déclin, depuis qu’ils sont étranglés par les batailles. Les Russes et les Chinois ne vont pas mieux. Je ne vois pas la force du vent se retourner.
… Ceux qui travaillent n’ont pas de temps à perdre à écouter les bourdes de la Bibisi [ sic, il s’agit de la radio B.B.C. anglaise ]
… « Quand les moineaux voleront, le cul en avant [ autrement dit, nouvelle version de ’’quand
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les poules auront des dents ’’, c’est-à-dire, jamais concernant la proposition finale : ] , les Benêts-d’Anglais descendront en terre de Bretagne pour faire la guerre. TIN GARIOU ».
- 18 juillet 1942. Setu dihunet ’’O, lo, le ! ’’.
Dans cet article ( en breton, signé TIN GARIOU ), Youenn DREZEN fait le point sur la publication O, lo, lê ( d’après l’interjection, en français, ’’ohé’’; le bandeau-titre montre, à gauche, un garçon, interpellant une fille, à droite, et entre les deux O lo lé ) destinée aux enfants des frères Caouissin, Henri ( dit Herri Caouissin ) et René ( dit Ronan Caerléon ), deux nationalistes collaborateurs, purs et durs. Il en assure aussi la promotion, se félicitant « qu’entre 120 000 et 150 000 de petits bretons y trouvent du plaisir et leur bonheur » malgré leur inquiétude que des groupes d’enfants lisant O, lo, lê veulent y associer la France à la Bretagne . Mais non, les « MATILIN AN DALL, SANT ERWAN BENNIGET, SANTEZ ANNA GOZ… font aimer le pays de Bretagne aux jeunes bretons… Longue vie et contenus de qualité à ’’ O lo lê ! ’’ sauvé de la mort à la vie ! ( l’Heure bretonne n°105 du 18 juillet 1942 ) »
Le magazine pour enfants O, lo, lê ( textes et bandes-dessinées ) est une publication aux couleurs du nationalisme breton, d’essence catholique, imprégné d’antisémitisme et d’anglophobie.
Jouxtant le titre on peut lire : « Les youpins à la porte et la Bretagne aux bretons ». Il s’agit de la fin d’un article intitulé « A la porte les juifs et les enjuivés » signé D.R. .
L’article paraît le 18 juillet 1942. L’avant-veille et la veille, les 16 et 17 juillet 1942, près de 13000 juifs de la région parisienne sont arrêtés et internés au VEL’D’HIV, le vélodrome d’hiver, par la police française avant d’être déportés.
René Caouissin ( Ronan Caerléon ) avait publié en 1938 un livre sur l’organisation Gwenn ha Du. Trois semaines après l’article de Youenn DREZEN concernant le magazine O,lo, lê, l’Heure bretonne n°108 du 8 août 1942 imprime un petit encart publicitaire dont voici la teneur ( présentation et typographie respectée ) :
« BRETONS !
Connaissez-vous l’historique du Monument de l’UNION DE LA BRETAGNE À LA France et savez-vous dans quelles mystérieuses circonstances il fut détruit, la nuit du 7 Août 1932 ?
Un seul ouvrage peut vous documenter sur ce sujet d’une actualité brûlante :
GWENN HA DU
( Terrorisme symbolique en Bretagne )
Photos et documents rares
Prix 20 francs ( port : 2 fr. ). Il reste disponible 150 exemplaires seulement.
Editions du Léon, Landerneau. C C R Caouissin. 29 239 Rennes. »
Notons que son frère, Herri Caouissin s‘était, en cette année 1932, au cours des fêtes du Bleun-Brug à Brest, approprié le nom de Gwenn ha Du en signant un billet : « Les vrais Bretons manifestent leur allégresse par des cris au lieu d’applaudir ». ( Le Mémorial des Bretons, 1979, BREIZ EDITIONS, 2, Rue de la Chalotais, 35 100, Rennes ).
- 25 juillet 1942. … Il n’y a plus de serpents de mer.
Dans un article écrit en français intitulé « Pour une littérature bretonne populaire. Il n’y a plus de serpent de mer. » signé Corentin Cariou, Youenn DREZEN fait la remarque suivante :
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« … Revenons à la question : celle d’une littérature bretonne populaire.
Notre campagne a fait l’unanimité sur un point, une unanimité négative. C’est dans l’horreur des fadaises, dites populaires. C’est un ’’tollé’’ général contre le ’’prêchi-prêcha’’ édifiant, la littérature à la guimauve, la fausse sentimentalité, dont une juiverie hypocritement pieuse a déversé, en Bretagne, par trains entiers, et en français, des exemplaires sous forme de romans, ou de revues. On ne veut à aucun prix de cette marchandise en breton. … Corentin Cariou. ». (l’Heure bretonne n°106 du 25 juillet 1942.).
- 3 octobre 1942. A travers ’’ Les Décombres’’
Toujours en français, dans l’Heure bretonne n°116 du 3 octobre 1942, Corentin Cariou, titre « A travers ’’Les Décombres’’».
Les Décombres est en fait le titre d’un livre qui vient de sortir et dont l’auteur est Lucien Rebatet ( bien connu pour sa collaboration à l’hebdomadaire antisémite d’extrême- droite Je Suis Partout ). L’ouvrage, semble-t-il, narre – en des termes que l’on subodore acides, moqueurs, haineux – les évènements qui, de 1938 à 1941, en passant par juin 1940, de Munich à Vichy ont entraînés la France vers le déclin, la débâcle, la défaite … Mais la teneur du propos de Lucien Rebatet n’est seulement, pour Youenn DREZEN, qu’un prétexte à se gausser de la patrie France qu’il ne considère plus être la sienne, tout en octroyant à l’auteur, au passage, le superlatif de ’’héros’’ . Illustration :
« … A la suite d’une pareille opération, il ne reste pas grand-chose des grands hommes qui ont mené ce pays à sa perte; il ne nous reste pas grande estime pour l’homme tout court qui fait le fond de cette nation, abâtardi, enjuivé, alcoolique, froussard, déliquescent, et -chose plus grave ! – toujours prêt à profiter, pour son compte personnel – voir Système D et marché noir ! – des malheurs de sa patrie.
La vérité est désagréable à entendre, quand on est dans son tort, et Les Décombres attireront à leur auteur des haines inexpiables : il nous retrace, en effet, dans une langue où L. F. Céline rejoint les plus vigoureux polémistes d’Action Française, les évènements ahurissants et humiliants qui, de 1938 à 1941, nous traînent de Munich à Vichy… ces évènements vrais, mais incroyables, et dont la postérité taxera d’exagération les malheureux héros qui, tel Rebatet, essaieront de les relater.
Et nous, ses contemporains, qui pouvont le soutenir de notre témoignage, pour avoir vécu le même scénario pour maison de fou, on ne nous croira pas davantage !
Cependant, nous aurons dit la vérité. Souvent même nous serons restés en dessous de la vérité. Ce pays était vraiment pourri jusqu’à la moelle.
Si je ne me sentais Breton et seulement Breton, comme je partagerais les indignations furibondes et mâles de l’écrivain dauphinois ! Mais, comme je le comprends ! Et comme le tableau qu’il me trace de la décadence de son pays me confirme dans mes déjà inébranlables convictions bretonnes ! … Corentin CARIOU ».
(1) Lucien Rebatet est bien connu pour sa collaboration à l’hebdomadaire antisémite d’extrême-droite JE SUIS PARTOUT. Avant la guerre il est le chef d’orchestre d’un numéro spécial antisémite de JE SUIS PARTOUT intitulé LES JUIFS ET LA FRANCE. La revue JE SUIS PARTOUT était, d’après Joseph Barthélémy, ministre de la Justice de Vichy de 1941 à 1943 un « périodique allemand de langue française » ( cité dans ’’Les 100 dates de la France en guerre 1939-1945 ’’ de Jacques Marseille et Régis Bénichi, page 202. Editions PERRIN; 2004. ).
Extraits du livre ’’phare ’’ de Lucien Rebatet ( et encensé par Youenn DREZEN ! ), Les Décombres :
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« … Le 10 juillet 1940, dans les formes les plus brèves, le Sénat et la Chambre contresignaient la fin de la République élective. Pétain devenait le chef d’un état autoritaire, avec Laval comme successeur désigné. L’opération rêvée et réclamée depuis tant d’années avait duré cinq heures. Cette fois, il était permis de jubiler ouvertement. La défaite ’’payait’’ mieux que la victoire ! Elle jetait bas l’ignoble parlementarisme. Un triomphe militaire ne nous eût jamais donné ce bonheur. Je savourais autour de moi les têtes décomposées des juifs… ».
« … L’esprit juif est dans la vie intellectuelle de la France un chiendent vénéneux qui doit être extirpé jusqu’aux plus infimes radicelles, sur lequel on ne passera jamais assez profondément la charrue… Des autodafés seront ordonnés du maximum d’exemplaires des littératures, peintures, partitions juives et judaïques ayant le plus travaillé à la décadence de notre peuple, sociologie, religion, critique, politique, Lévy-Bruhl, Durkheim, Maritain, Benda, Bernstein, Soutine, Darius Milhaud. Les Juifs, essentiellement imitateurs, ont été sans conteste de remarquables interprètes dans tous les arts, sauf le chant. Je ne verrais aucun inconvénient , pour ma part, à ce qu’un grand virtuose musical du ghetto fût autorisé à venir jouer parmi les Aryens pour leur divertissement, comme des esclaves exotiques dans la vieille Rome. Mais si ce devait être le prétexte d’un empiètement, si minime fût-il, de cette abominable espèce sur nous, je fracasserai moi-même le premier des disques de Chopin et de Mozart par les merveilleux Horowits et Menuhin… ». (Extraits cités dans ’’Chronique de LA RESISTANCE’’ de Alain Guérin, pages 162 et 1305; Editions Omnibus, octobre 2000. ).
Lucien Rebatet, condamné à mort en 1946 mais gracié en 1947 et libéré après 5 ans de prison ! Son rédacteur en chef, Robert Brasillach fut, quant à lui, condamné à mort et fusillé en 1945.
- 19 février 1943. GRIBOUILH
l’Heure bretonne n°135 du 19 février 1943 nous offre le brouillon – le bien-nommé, pour une fois ! – de Youenn DREZEN. Enième partition anti-française, anti-anglaise, anti-américaine, anti-soviétique, et donc… pro-allemande. La collaboration avec les nazis se situe aussi dans les écrits, écrits destinés à être lus par le plus grand nombre de personnes afin d’infléchir leur jugement en faveur de celui qui est décliné. Youenn DREZEN a fait son choix, sa responsabilité est entière. Texte en breton, extraits :
« GRIBOUILLE
… il n’y a plus de France pour les français après les évènements de mai et juin 1940.
La guerre perdue et leur pays entièrement occupé par leurs ennemis, qu’ont-ils fait ? Loin à rechercher de relever leur échine, et voir par exemple s’il y avait un moyen de s’entendre avec leurs ennemis, ou même de collaborer avec eux, ils se sont ramassés en tas, ont boudé, et à chacun sa partition avec le secours de la radio en avalant les carottes des vourdou, ils ont renié leur race jusqu’à se transformer d’abord en Anglais, ensuite en Américains, et, il y a peu, en Russes.
Je crois qu’ils ont misé sur un changement de peau.
…. Les Français, quand ils n’avaient pas perdu leur esprit avec ceux-ci, tenaient des propos acérés, et ils avaient trouvé leur nom d’inspiration démente : ils faisaient les Gribouilleurs. … TIN GARIOU » .
- 5 mars 1943. An ORIANT ha tan-gwall ar Saozon
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Article en breton de Youenn DREZEN signé « TIN GARIOU » publié dans l’Heure bretonne n°137 du 5 mars 1943 ( titre et dernière phrase ) :
« AN ORIANT ha tan-gwall ar Saozon
… Bro-Saoz ? . Enebourez a Viskoaz ar Vretoned, ne zisonj ket he gasoniou koz. » .
( Lorient et l’incendie funeste des anglais. L’Angleterre ? . L’ennemie à jamais des Bretons, n’oublie pas ses vieilles haines. ).
- 4 avril 1943. Suzy SOLIDOR
Dans le numéro 137 du 5 mars 1943, Youenn DREZEN, sous la signature de Tin Gariou, dans un petit article en breton relate sa rencontre fortuite, dans une rue de Quimper, avec Maurice Chevalier et l’échange de propos qui s’en est suivi. Mais le dialogue, en tout cas présenté comme tel, tourne court, Maurice Chevalier étant un parisien de Ménilmontant chantant des ’’Ma pomme… ’’, venant peut-être simplement en Bretagne se détendre et profiter de ses bienfaits sans se préoccuper de sa culture, notamment musicale (à noter que sa compagne de l’époque, Nita Raya, est de confession juive).
Une lectrice parisienne, originaire de Saint-Servan-sur-Mer ( Saint-Malo ), lit l’article et expédie à ce sujet un courrier à Youenn DREZEN. Il s’agit de la chanteuse populaire Suzy Solidor (pseudonyme de Suzanne Rocher) qui se produit dans différents cabarets parisiens souvent fréquentés par des officiers allemands. Sa lettre est écrite en breton ( a-t’elle été traduite par Youennn Drezen ? ) . En tout cas celui-ci la publie textuellement dans l’Heure bretonne n°141 du 4 avril 1943 .
Suzy Solidor lui dit « bravo » en ajoutant qu’elle est entièrement de son avis, puis elle précise :
« Chomomp pep hini war hon tachenn. Arabat ober e-giz ar Juzevion, divroet e kement bro, hag o sunãn du-mãn du-hont ar pep gwellãn eus danvez ar re-all. … » (Que chacun d’entre nous se consacre à sa tâche. Il ne faut pas faire comme les Juifs, émigrés dans tellement de pays, et qui sucent ici et là-bas ce qu’il y a de meilleur dans notre patrimoine. … ).
La lettre est publiée dans son intégralité, sans ajout d’un seul commentaire. Ce faisant, Youenn DREZEN avalise le propos. Et, pour que cela soit bien compris par le lecteur, il griffe ceci sous la lettre : « P. c. c. Tin Gariou. Kernevad. (Cornouaillais).». Pour copie conforme. Tout est dit.
Ou presque, car voici un court extrait de la liste des auteurs bretons ayant adhéré à la Société Amicale des Auteurs Bretons de Jean Merrien à la date du 20 mai 1943 :
« 1. Ecrivains de Langue Française.
… Mme Suzy SOLIDOR, 64, avenue de Tokio, Paris ( XVIe ) …
- Ecrivains de Langue Bretonne.
… Youenn DREZEN, 75, bd de la Tour-d’Auvergne, Rennes … ». (1)
La Suzy SOLIDOR qui, en se pâmant, chantait Lily Marlène devant les officiers de la Wehrmacht et Youenn DREZEN de l’Heure Bretonne.
Cette fois, tout est dit.
(1) Archives départementales du Finistère à Quimper, cote 44 J 151.
- 25 juillet 1943. 14 Juillet ha 28 Gouere
L’Heure bretonne a pris l’habitude de fêter des anniversaires historiques liés à des évènements qu’elle estime bénéfiques et importants pour la Bretagne. Mais, de manière systématique, elle
flagelle aussi ceux qui sont perçus comme étant extrêmement maléfiques.
Et, justement, le mois de juillet est l’occasion d’exécrer publiquement deux de ces évènements
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inscrits de manière indélébile sur une liste noire.
C’est ainsi que l’Heure bretonne n°157 du 25 juillet 1943 harangue ses lecteurs en écrivant :
« BRETONS, SOUVENEZ-VOUS ! 28 JUILLET 1488 – St AUBIN-du-CORMIER … Et la Bretagne après mille ans cessait de former un Etat indépendant. … » .
A cette époque règne le dernier duc de Bretagne, François II, qui se désinterresse des affaires publiques, laissant à son entourage la gestion du duché. Il mène une vie dissolue et dispendieuse alors que les richesses de la Bretagne sont en même temps pillées par les délégataires mis en place pour assurer son administration. Les mécontants sont nombreux. Un souffle de tempête secoue les baronnies et les comtés. Un certain nombre de seigneurs bretons demandent ainsi l’aide du royaume de France dont la régence est exercée par Anne de Beaujeu, la fille de Louis XI et sœur du roi Charles VIII. Les partisans de François II tentent de s’organiser en formant une armée disparate dont plus du tiers est composé de mercenaires étrangers, des espagnols, des allemands, des hollandais, des gascons, des anglais… La bataille finale oppose les 11 000 soldats de l’armée ducale aux 15 000 combattants de la coalition franco-bretonne à Saint-Aubin-du-Cormier le 28 juillet 1488. En quelques heures, l’armée bretonne et ses mercenaires sont sévèrement battus (1). La conséquence future de cette défaite sera le mariage, le 6 décembre 1491, d’Anne de Bretagne, fille de François II, avec le roi de France Charles VIII.
C’est pourquoi l’Heure Bretonne, au milieu de sa harangue, plastronne dans un encadré :
« 6.OOO Bretons sont morts ici, le 28 juillet 1488, pour défendre l’indépendance bretonne
SOUVENEZ-VOUS ! » .
Youenn DREZEN n’est pas en reste car, sous cet article, il signe le sien, en breton, sans utiliser de pseudonyme, ce qui n’est pas anodin. Il reprend avec la même verve le thème de Saint-Aubin-du-Cormier mais en l’associant au 14 juillet. Le jour correspondant à la date de la bataille perdue en 1488 est un jour de deuil, tout comme celui de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789. Il habille de ce fait la République Française d’une sombre tunique noire et lugubre que l’Ankou pourrait peut-être, alors, lui envier !
En voici le titre et l’avant dernier paragraphe :
« 14 Juillet ha 28 Gouere
… 14 Juillet !… 28 Gouere !… Abeg div wech da zougen kañv d’hor Frankiz. … Y. DREZEN. ».
( 14 Juillet et 28 Juillet … 14 Juillet !… 28 Juillet !… Les causes qui par deux fois ont endeuillé notre Liberté… ).
Le fait qu’il signe de son propre nom montre, d’une part, qu’il assume totalement son propos, et d’autre part, une volonté d’indiquer au lecteur la profondeur de ses convictions.
(1) Lire à ce sujet l’ouvrage NOUVELLE HISTOIRE DE LA BRETAGNE de Georges Minois. Dépôt légal : décembre 1992. Librairie Arthème Fayard.
- 15 août 1943. UN DEN HAG E VRO
Le 25 juillet 1943 le roi d’Italie, Victor-Emmanuel III, suite aux revers militaires, et avec l’accord du Grand Conseil fasciste, décide de destituer Mussolini. Le Duce est arrêté et emprisonné (transféré dans les Abruzzes, il sera libéré le 12 septembre 1943 par un commando de SS allemands). l’Heure bretonne n°160 du 15 août 1943 présente un article de Youenn DREZEN dédié à Mussolini, véritable éloge du journaliste collaborateur au dictateur et un regard plus qu’admiratif sur la mise en œuvre de sa doctrine, le fascisme. Le texte est en breton, signé Tin GARIOU.
Extraits traduits :
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« UN HOMME ET SON PAYS
Ce n’est pas bien, mais dangereux, de juger un homme politique en donnant notre opinion, quand l’on ne sait rien à son égard, excepté ce qui peut être dit par ses partisans ou ses détracteurs.
Par exemple, qui a été plus célébré, ou rendu plus immonde par des propos à son encontre qu’un homme politique qui a tenu entre ses mains, tout le long de ces vingt ans passées, le destin de son pays et le destin de ses compatriotes, si ce n’est Benito Mussolini seul maître en Italie ?…
Il y a des évènements qui dépassent la volonté de l’être humain. Et Mussolini a été destitué, juste au moment où je pouvais croire qu’il était ce qu’il y avait de meilleur dans une main de fer. Les malheurs de la guerre dans leurs brutalités sont aveugles, et les politiciens mystérieux dans leurs décisions… Attendons un peu pour savoir de quelle manière et comment se règlera cette forfaiture à son égard; il y aura de la furie.
Hier adulé et aujourd’hui détesté , le jugement sûr pourtant, avec une tête dénudée, de grandes œuvres ont été réalisées par cet homme pour son pays. Tel un révolutionnaire sincère, combattant, s’opposant, il est allé de l’avant, courageux et implacable, avec son esprit, avec son corps, avec sa voix . Il s’est consacré à son pays et à ses compatriotes : car il avait mis dans sa tête, sa langue, toute l’énergie de ceux-ci, de l’aide pour le plus démuni demandeur, un peuple dévoué et fort prenant exemple sur les soldats de la Rome antique. En un pays pierreux, relâché par l’ardeur du soleil, sans mines de charbon ou de fer, sans puits de pétrole, il a voulu œuvrer pour les manufactures, les usines métallurgiques.
Et il trouva des écueils, tant et plus. Il les balaya, d’abord de manière désorganisée, fièrement de par le pays, aussitôt après l’autre guerre, avec ses compagnons de l’Aventure, l’occasion de faire naître un Gouvernement Populaire. Et il fut rejoint, bien malgré eux, par les dirigeants de toutes les régions, disons par opportunité, ce n’était pas leur affaire de voir se bâtir une Italie Nouvelle, rajeunie, plus forte et plus riche.
… Etant trop nombreux sur le sol du pays, il a envoyé des combattants conquérir de vastes territoires, l’Ethiopie du Négus, afin d’agrandir l’Italie. Ce n’est pas aux Anglais, ni aux Français- étrangers de lui jeter la pierre, sous prétexte de cette guerre, devant ce qu’il a fait, sinon tout ce qu’il a fait de par le monde entier ?
Il sera secouru, assurément , par l’Italie patriote et courageuse comme lui. On peut dire, certainement, qu’il a porté son pays à bout de bras, pendant vingt ans à l’élever sans arrêt, à l’élever toujours.
Eliminé ou réhabilité, –on le verra, quand la guerre sera terminée, — les efforts effectués, comme l’énergie par lui dispensée sont à être salués. Tin GARIOU. »
Le Youenn DREZEN pro-fasciste fait écho au Youenn DREZEN pro-allemand.
J’ai bien connu un italien originaire de la région de Bari. Entre les deux guerres il réparait des bicyclettes dans une petite échoppe. Tous les mois il avait la visite de nervis fascistes lui demandant d’adhérer au parti de Mussolini. Devant son refus à chaque fois réitéré, ils le forçaient à avaler un ½ litre – et parfois plus – d’huile de ricin pour le ’’purger de ses mauvaises idées’’. Ils repartaient non sans avoir effectué quelques ponctions dans la recette congrue des derniers jours, alors qu’il vivotait. Il a dû se réfugier en France en 1930, sans un sou, après des menaces de mort.
- 28 novembre 1943. Notre Dame Bigoudenn
Dans un petit cadre, l’Heure bretonne n°175 du 28 novembre 1943 annonce la parution de la version française du roman phare de Youennn DREZEN en ces termes :
« Un évènement littéraire Itron Varia Garmez devient Notre Dame Bigoudenn
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Nous apprenons la parution, à la maison d’éditions Denoël, de Paris, de la traduction française du roman de Youenn Drezen : Itron Varia Garmez. Cet ouvrage, qui, en breton, fit couler tant d’encre, se présente au public sous le titre de Notre-Dame Bigoudenn. Il est préfacé par Jean Merrien.
C’est la première fois, croyons-nous, qu’une œuvre bretonne moderne, écrite directement en breton, affronte la critique internationale par l’intermédiaire d’une traduction à grand tirage. » .
Deux remarques :
- a. Le terme utilisé sciemment de « critique internationale » démontre – une fois de plus – que l’Heure bretonne – et donc le Parti National Breton – considère la France comme étant un pays étranger.
- b. La préface est de Jean Merrien-René de Fréminville, anciennement de l’Heure bretonne, et, à l’heure où ces lignes sont écrites, secrétaire général fondateur de la Société Amicale des Auteurs Bretons où siège, au bureau, en tant que chef de groupe des auteurs bretonnants, Youenn DREZEN.
Entre amis, on peut se rendre de menus services.
A noter que son éditeur n’est autre que Denoël, maison d’édition pro-allemande.
- 12 mars 1944. GALL ? FORZH PIOU !
Le racisme est un concept fondamental des idéologies dictatoriales, totalitaires mais il peut-être aussi la conséquence d’un sentiment de supériorité d’ une ethnie sur une autre ethnie, d’un peuple sur un autre peuple, de la pratique de coutumes ou de religions différentes. Mais il permet, dans tous les cas, de justifier — quand le contexte y est favorable –, l’asservissement du faible par le fort, de la minorité par un pouvoir… . Il est certain que la dérive la plus abjecte fut celle des nazis. L’obsession — chimérique — de la quête de la race pure mène toujours à l’accomplissement d’atrocités immondes.
Youenn DREZEN, en cette année 1944, alimente en charbon la locomotive des racistes, des antisémites, en tentant d’y faire monter les lecteurs de l’Heure bretonne et leur offrir en partage des hallucinations, des délires imprégnés de haine, de fanatisme, d’intolérance, de répugnance, avec au final, en bout de chaîne, l’abomination, peut-être, totale.
Article en breton signé Tin GARIOU, l’Heure bretonne n°189 du 12 mars 1944, extraits traduits, typographie respectée :
« Français ? N’IMPORTE QUI !
Une chose, qui ne peut pas être dite à tous sauf à en rire ou à hausser les épaules : Race des
Français [ c’hallaoued : tous les français hors Bretagne ].
… On peut trouver, pourtant, dans certains pays, de nombreuses familles dont les membres se sont protégés et qui ont, d’évidence, préservés leur origine : c’est-ce qui s’est passé, de manière ample, avec les Bretons.
En Pays de France [ Bro-C’hall : la France sans la Bretagne ], rien de semblable. Et, pour dire la vérité,, les Français [ hors Bretagne ] n’en ont rien à foutre avec l’origine de leurs aïeuls. Il en découle de ceci que les avatars sont revenus en Celtie, à cause des Gaulois, ou des Latins, à cause des soldats de César, ou des Germains, à cause du vieux Clovis. Il eut un temps où cette race avait bien géré la totale mixité sur la terre de France, préservant la race, jusqu’aux guerres de Napoléon, où l’on peut dire que les Français sont devenus minoritaires dans le peuple du pays de la France.
C’est ainsi que depuis longtemps, effectivement, la race de ces Français s’est dégénérée. Ils procréèrent de moins en moins. Peu à peu, divers étrangers prirent leur place dans leurs contrées
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et territoires — pas avec l’intervention d’armées, comme l’ont fait les anciens envahisseurs, mais tranquillement, sans faire de bruit, de manière légale avec des contrats de vente. –Polonais ici, Italiens là-bas, Espagnols, Arméniens, Bicots d’Algérie, et Juifs, comme de juste, — ce n’est pas que ces gens-là soient les plus nombreux de tous, mais c’est à cause de leur fourberie.
… Interdit donc de s’étonner que le pays de France ait rendu tous les honneurs à un écrivain français, Mr. Marcel Mouloudji. Un nouveau prix de 100 000 fr. vient de lui être décerné par l’amicale ’’La Pléiade’’ pour son roman ’’Enrico’’ [ le 26 février 1944 ] . Et des louanges envers ses nouvelles : Marcel Mouloudji, un exemple qui fait honneur à la Littérature du pays de France ! Songez aussi combien il est français ! Son père lui-même est originaire de Kabylie en Algérie, arrivé à Paris avec l’autre guerre, et sa femme est… Bretonne.
Quand je vous dis qu’il y a une multitude de pères à être naturalisés Français [ français-étrangers ] !… Ne croyez-vous pas qu’il est temps de créer une société ’’Stud-Book’’ à 100% pour les Français [ de souche ] ou alors 50% vieilliront dans leur coin ignorés par leur cher pays ?
Tin GARIOU. »
Youenn DREZEN, à l’instar des nazis, se fait le chantre des idéologies raciales, le laudateur de la xénophobie, dans un contexte où il n’ignore rien des persécutions dont sont victimes les différentes personnes qu’il cite, de par leurs origines. Quant au conseil final par lequel il termine son article, il sait de quoi il parle, car il en anime une, de société, composée à 100% de ’’bretons/bretonnes’’, l’Amicale des Auteurs Bretons, créée en 1942, où « les règles d’admission sont très sévères, seuls y sont admis les auteurs, Bretons de race… . » ( ’’Première réunion générale de l’Amicale des Auteurs Bretons’’, l’Heure bretonne n°99 du 6 juin 1942 )
Vers 1938, Mouloudji rencontre — entre-autres –, Jacques Prévert, qui raconte : « Mouloudji, quand je l’ai rencontré c’était un enfant, un petit garçon. Il n’avait pas ce qu’il est convenu d’appeler ’’une jolie voix’’ mais une voix vraie. Vivante, troublante ou drôle et parfois déchirante, c’était la sienne, la voix des rues, la voix du cœur.»
- 26 mars 1944. IWERZHON SONN
Durant toute la Seconde Guerre mondiale, l’Irlande respectera une stricte neutralité sous la conduite de son premier ministre, Eamon De Valera, acteur principal de l’indépendance de l’Irlande devenue l’Eire en 1937. L’article de Youenn DREZEN est en breton et signé Tin GARIOU.
l’Heure bretonne n° 191 du 26 mars 1944. Extraits traduits :
« LA DROITE IRLANDE
… Ces jours-ci, précisément, il n’en a pas été question [sont évoqués plus avant les approches des ’’grands’’ pays comme les Etats-Unis auprès de petits pays d’Amérique du Sud où encore de la Russie à l’égard de la Finlande afin d’inciter ceux-ci à rejoindre les pays en lutte contre l’Allemagne] excepté le refus du gouvernement de Dublin à se plier aux ordres de Washington. Accusation des Yankees est faite envers l’Irlande d’héberger des espions allemands, et ils lui ont demandé de les évincer de l’île, sous peine de sanctions. On connaît la réponse de Monsieur De Valera : là voici : non ! Net et catégorique. Les Irlandais n’ont, eux-mêmes, aucune hostilité ni abomination envers les peuples en guerre, et ils n’offriront pas de meilleur second refuge à n’importe qui d’autre. Foulés et affaiblis par le bâton, les Irlandais resteront maîtres en leur pays !
D’évidence, ce n’est pas une accusation de l’Amérique, seulement un prétexte. Il leur faut trouver, pourtant, — car un besoin est apparu à ceux-ci — des ports de mer pour leurs navires endommagés par les sous-mariniers allemands, et de grands terrains pour leurs avions. Face à ces impératifs,
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que va dire, à cette perche tendue, le gouvernement de l’Etat Libre d’Irlande ? Quels sont les droits des Irlandais et les lois internationales pour la défense des petits peuples épris de liberté ? Ils chercheront à descendre sur l’Ile des Saints par la douceur où la contrainte.
Et, pourtant, l’Irlande reste intraitable entre les étaux angoissants des Etats-Unis et de l’Angleterre si puissants.
… Et ils le savent très bien, les Anglais — et les Américains également, — combien les patriotes Irlandais sont prêts à se défendre et à se battre, y compris jusqu’à la tombe. Tin GARIOU. »
Commentaire : Youenn DREZEN à la rescousse d’espions allemands. Un plaidoyer en faveur de la victoire nazie.
- 23 avril 1944. Divunadennoù, krennlavarioù, doareou-komz, h. a.
L’étoile jaune dans le journal La Bretagne.
Le 23 avril 1944 paraît dans l’Heure bretonne n° 195 du 23 avril 1944 une petite rubrique en breton signée Tin GARIOU « Confidences, petits propos, manières de dire, et ainsi de suite… ». Et voici ce qu’il écrit au début de ce court article ( le terme LAN hag HERVE n’est pas souligné dans le texte d’origine ) :
« Confidences, petits propos, manières de dire, et ainsi de suite…
Je lis, comme de juste, et comme vous tous, les savoureux billets LAN hag HERVE dans ’’La Bretagne’’, et, tour à tour, j’y trouve quelques joyaux à méditer dans ces propos informels, et à nourrir, la plupart du temps l’intelligence de l’humble peuple. … . Tin GARIOU. »
Tiens-donc ! L’expression LAN hag HERVE est en fait la signature d’une rubrique du quotidien La Bretagne de Yann Fouéré portant le titre Ar Seiz Avel, Les Sept Vents.
La lecture de cette rubrique semble si délicieuse et si charmante pour Youenn DREZEN qu’il n’hésite pas à la conseiller à l’humble peuple, dont l’intelligence, d’ailleurs, sans cette lecture connaîtrait une certaine disette. Cette sublime nourriture de l’esprit serait-elle, aussi, céleste, au point de stimuler l’intelligence des petites gens en quête de profondes méditations où l’horizon de leurs pensées ne pourrait que s’ouvrir sur un aurore chatoyant et apaisant ?
Pour planter le décor de cet horizon, rien de tel que de s’octroyer un instant de lecture critique (et non de méditation) d’une de ces rubriques intitulées Ar Seiz Avel et signées LAN hag HERVE. Ce texte, en breton, a paru dans le n° 432 du quotidien La Bretagne des dimanche 9 et lundi 10 août
- Ce journal, à l’instar de l’Heure bretonne, créé avec le soutien des allemands était donc pro-nazi ( Voir à ce sujet Archives secrètes de Bretagne 1940-1944 d’Henri Fréville, pages 87/88/89, édition revue et corrigée par Françoise Morvan, 2008, éditions Ouest-France ainsi que le chapitre VI, page 175 de LA PRESSE BRETONNE DANS LA TOURMENTE 1940/1946, PLON, 1979, également d’Henri Fréville ). Rappel : son directeur, Yann Fouéré pointe comme agent de la Gestapo, raciste, antisémite, pseudo-régionaliste. La seule différence entre les deux publications, c’est que La Bretagne affichait son pétainisme. Mais cela n’était qu’une façade. Texte traduit :
« Les sept vents.
L’étoile jaune
Depuis le 7 juin dernier une obligation est faite aux Juifs de porter une étoile jaune sur leur poitrine. En Bretagne, certes, on ne voit guère de ces étoiles à se balader en plein jour. A Paris,
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pourtant, il en est une à chaque pas. Sur la figure de certains étaient déjà écrits leur race et leur religion : nez épais et crochu, cheveux noirs-d’encre ondulés, pieds plats … que sais-je encore ! D’autres cependant étaient semblables à n’importe quel chrétien et on leur aurait accordé leurs sacrements sans leurs confessions. Cela a été une bonne chose de ce fait de les astreindre à exposer
l’étoile de David ; ainsi personne ne sera berné : quand vous commercerez avec un Juif, ce ne sera pas poche perdue, vous pourrez voir venir. D’après moi, les vrais juifs, ceux qui n’ont pas honte de leur race, ne doivent pas vraiment se préoccuper de cette étoile. Il y a pourtant des gens à éprouver de la commisération à leur égard. Hier, dans le ’’métro’’, une femme chrétienne s’approchant de trois filles d’Israël aux corsages étoilés, gémissait de la sorte : « Si ce n’est pas une honte de vous faire subir tout ça, pauvres malheureuses personnes. Et certainement, en plus vous faire gâcher de l’argent. » — Oh, dit la plus jeune des filles de Jacob, mais non. Nous n’avons rien donné pour nos étoiles ». Celle-là était sûrement d’une bonne race; certainement Sarah fille de Deborah et de Samuel, petite fille de Rachel et de Jonathan … et ainsi de suite … sans une seule goutte de sang étranger depuis Moïse. Si j’avais été leur diffuseur d’étoiles, pour une aussi belle réponse, j’aurais attribué à la petite fille du Juif Errant, en plus d’une étoile à coller sur sa poitrine, une autre par-dessus le marché à se coller … à l’endroit que vous savez, comme la nouvelle plaque des vélos.
LAN hag HERVE. »
Le texte est donc anonyme, signé par le pseudonyme LAN hag HERVE ( Alain et Hervé ) mais nous savons quels en sont les auteurs, Xavier de Langlais, militant nationaliste, peintre et écrivain, l’initiateur de la rubrique, en ayant divulgué les autres cosignataires : Loeiz Herrieu, Guillaume Berthou ( Kerverziou ) , Jacques Conan, François Elies ( Abeozen ), Alain Le Berre,, Yves Ollivier ( Youenn Olier ) , Erwan Tranvouez, Antoine Jezequel ( Fanch Poullaouek dans l’Heure Bretonne et Saïk Pennantraon dans Arvor ) , Roperzh Steven, l’abbé Perrot, Jean Piette ( Arzel Even ) et … Youenn DREZEN ( voir à ce sujet LE MONDE COMME SI de Françoise Morvan, pages 176/177/178, octobre 2004, Babel Essai, Actes Sud ainsi que sur internet : Réécriture de l’Histoire en Bretagne, dossier rédigé par Marie-Madeleine Flambard, André Hélard, Françoise Morvan et la section de Rennes de la Ligue des Droits de L’Homme, décembre 2000 ).
Cette rubrique va paraître presque quotidiennement dans le journal de Fouéré. Un certain nombre de ces articles sont violemment racistes et antisémites : outre L’étoile jaune on peut citer Jakob ha Jacob, ha zo !, « Humour » italiat , Marc’had du… Ha marc’had melen !, Mohammed hag ar menez , et il y en a d’autres. L’écriture de ces atrocités est incisive, tranchante, glaçante, odieuse, et Youenn DREZEN la connait bien, très bien, lui qui n’est pas un raciste de la toute dernière heure!
L’étoile jaune paraît dans La Bretagne moins d’un mois après la rafle des juifs à Paris du Vel’ d’Hiv’ ( le 16 juillet 1942 ). Ce même 16 juillet, ce quotidien, La Bretagne, proposait à sa UNE, l’article suivant, signé A.T. ( typographie respectée ) :
« LES ETABLISSEMENTS publics interdits aux juifs
Les juifs n’ont jamais été très nombreux en Bretagne, notre province n’étant pas assez riche pour leur permettre d’y vivre au détriment de la population. Jamais, en effet, on n’a vu un Juif-paysan ou un Juif-pêcheur, ou un Juif-terrassier.
Les Juifs se glissaient dans les professions où les combines permettent de gros profits sans grand effort.
Si leur activité s’était limitée au négoce, le mal n’eut pas été grave, malheureusement, leur esprit perverti s’étendait à tous les cerveaux qui les entouraient. On l’a bien vu en 1936 quand Blum prit le pouvoir.
Il fallait, pour assainir la mentalité française, éliminer cet élément de corruption qu’est le Juif.
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D’où le port de l’étoile de David.
Les Juifs ne parurent pas comprendre. Ils prirent des attitudes de martyrs ou se firent provocants.
Les mesures que vient de prendre à leur égard le chef de la police allemande en France [ il s’agit de l’ordonnance du 8 juillet 1942 édictant des mesures à l’égard des juifs leur interdisant de fréquenter tous les établissements publics et d’assister aux manifestations publiques. Voici la liste : 1. Restaurants et lieux de dégustation de toutes sortes; 2. cafés, salons de thé et bars; 3. théâtres; 4. cinémas; 5. concerts; 6. music-hall et autres lieux de plaisir; 7. cabines de téléphone public; 8. marchés et foires; 9. piscines et plages; 10. musées; 11. bibliothèques; 12. expositions publiques; 13. châteaux-forts, châteaux historiques, ainsi que tous autres monuments ayant un caractère historique; 14. manifestations sportives, soit comme participants, soit comme spectateur; 15. champs de courses et locaux de paris mutuels; 16. lieux de camping; 17. parcs. ( cette liste accompagne l’article signé ) ] , sont destinées à protéger les Français de leur promiscuité afin d’éviter l’influence sur la masse de la population de cette minorité turbulente et délétère. A.T. ( La Bretagne, n° 412 du jeudi 16 juillet 1942 ) »
Les numéros de La Bretagne sont consultables en version papier aux Archives départementales du Finistère à Quimper dans la catégorie ’’journaux’’ à la cote JAL 52 :
JAL 52 1 : de mars 1941 ( début de parution ) à juillet 1941.
JAL 52 2 : d’août 1941 à avril 1942.
JAL 52 3 : d’avril 1942 à décembre 1942.
JAL 52 4 : année 1943.
JAL 52 5: de janvier 1944 à août 1944 ( fin de parution ).
- 30 avril 1944. A travers les Revues bretonnes
Le théatre allemand.
A travers les Revues bretonne est une rubrique, en français, où Youenn DREZEN présente le contenu de diverses revues consacrées à la Bretagne, son patrimoine, sa langue. Dans le n° 196 du 30 avril 1944 de l’Heure bretonne, il présente le contenu de deux mensuels: Dihunamb! Et Gwalarn.
Dihunamb! ( Réveillons-nous! ) est une revue rédigée en breton vannetais fondée par Loeiz Herrieu. Extrait du commentaire :
« Loeiz Herrieu dans son leader, ’’Les tueurs du breton’’, fustige avec vigueur ces directeurs de patronages qui, dans des paroisses essentiellement bretonnes, donnent de plus en plus le pas aux raclures de langue française… Corentin CARIOU. »
Gwalarn ( Vent de noroît ) est une revue fondée par Olier Mordrel et Roparz Hemon en 1925. Mais, très vite, et jusqu’au dernier numéro de mai 1944, c’est Roparz Hemon qui en assume la responsabilité. Il s’agit ici de la présentation du numéro d’avril. Extraits :
« … Après une courte visite, à la suite de T. Pabu, à notre Belle-Isle, … c’est dans l’histoire du Théâtre Allemand que nous plongeons, grâce à M. J.-L. Schucking ,remarquablement traduit par E.
Tranvouez.
Cette étude de M. Schucking, qui semble viser à n’être que vulgarisatrice, n’en ouvre pas moins des aperçus sur le théâtre extrêmement intéressants pour nous, Bretons. Passons sur l’historique, qui suit, à peu de choses près, le même processus qu’en France, sur les noms prestigieux de dramaturges tels que Schiller, Goethe, Lessing ou Hauptmann. Mais nous noterons que, de tout
temps, la scène en Allemagne a été décentralisée. Berlin ne ’’dévore’’ pas tout, comme le fait Paris,
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et c’est tout bénéfice pour les autres régions du Reich.
Ne joue pas, non plus, n’importe quel amateur. Pour paraître à la scène, un diplôme est indispensable, que l’on n’obtient que sur examen de ses qualités d’acteur.
On refuse là-bas au théâtre la qualité d’entreprise commerciale. En revanche, l’Etat, la Province, la Ville le subventionne largement, et les artistes, lesquels, d’ailleurs, ne sont ’’interchangeables’’ qu’exceptionnellement.
L’on est, enfin, parti de ce principe, que si le théâtre doit pourvoir à l’amusement et à la
distraction du public, il doit veiller aussi à sa moralité, et à l’instruire.
Résultats : les théâtres en Allemagne, même en temps de guerre, sont toujours pleins et jouent’’à guichet fermé’’. Corentin CARIOU.» ( suit les propositions d’abonnements à Gwalarn et Dihunamb! ).
Après les « raclures de langue française », l’admiration sans réserves de la politique culturelle hitlérienne par le biais d’une de ses composantes, le théâtre.
- 2 juillet 1944. DALC’HOMP PEG !
Bientôt un mois que les troupes alliées ont débarqué sur le sol de France. Mais Rennes va devoir patienter jusqu’au 4 août pour voir les premiers chars américains. En ce 2 juillet 1944 les allemands occupent toujours la ville cependant que la perspective de leur défaite semble prendre corps. La grande majorité des rennais, comme partout en France, appellent de leurs vœux la Libération tant espérée. Ce n’est pas le cas de certains irréductibles, notamment des partisans du Parti National Breton, pour qui cette éventualité, n’étant pas prévue dans la planification de leur programme, ne peut s’inscrire dans une réalité future.
En ce début juillet, leur posture relève davantage de l’incantation éperdue que de la réflexion raisonnée. Ils veulent croire encore à la victoire de l’Allemagne car ils ne peuvent souscrire à l’abandon d’idéaux issus d’une matrice commune. Résonnent dans leurs pensées les promesses nationales-socialistes : « … Le Reich allemand ne fera aucune objection si d’autres peuples, s’organisant selon un ordre nouveau, se règlent sur sa conception et mettent son expérience à profit, de même qu’il s’efforcera d’utiliser, d’après ses possibilités, les expériences et les apports de valeur des autres peuples. … » ( L’Europe après la guerre, l’Heure bretonne n°143 du 18 avril 1943 ).
Alors il faut tenir, toujours s’imaginer que les illusions sont anglo-saxonnes, l’orage finira bien par passer … . Mais en attendant, il faut faire face à celui-ci. C’est d’ailleurs cette détermination qu’exprime le titre de l’éditorial du tout dernier numéro de l’organe du Parti National Breton, qui paraît sur une seule feuille, et dont voici la teneur (l’Heure bretonne n°203 du 2 juillet 1944) :
« Face à l’orage
Dans la nuit du 8 au 9 juin, les bombes détruisaient en bonne partie notre imprimerie et rendaient inutilisable son matériel.
A cela s’ajoutaient la crise totale des transports et le départ d’une bonne partie de la population rennaise. Autant de raisons majeures qui paraissaient devoir condamner l’Heure
Bretonne au silence pour de longs mois.
Or, par un miracle d’énergie et de constance, notre personnel ouvrier s’est acharné, en dépit des alertes et du voisinage de bombes non éclatées, à ’’rescaper’’ tout ce qui pouvait l’être et à remettre en état un peu du matériel.
C’est à cette énergie toute bretonne que nous devons de pouvoir présenter ce numéro de l’Heure Bretonne après un entracte forcé de quinze jours.
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Il est composé tout entier et tiré à la main. Les connaisseurs, les techniciens savent ce que cela veut dire, particulièrement en de telles circonstances.
Les collectionneurs feront fête plus tard à ce n° 203 qui demeurera une curiosité et, dans l’histoire de la presse bretonne, une date !
Mais il est autre chose qu’une curiosité.
Il est surtout un acte de foi.
Il atteste notre volonté d’affirmer dans l’orage une présence bretonne.
Les extraordinaires difficultés de l’heure présente ne nous permettent pas de lui assurer la diffusion habituelle. Nous ferons en sorte, par des moyens de fortune, qu’il puisse toucher nos meilleurs amis, même les plus lointains. Ils se feront un devoir de le faire lire à d’autres.
Ils nous aideront ainsi à faire la preuve de la vitalité indomptable du mouvement breton, de notre foi dans l’avenir.
Foi dans le destin de la Bretagne !
Foi dans le destin des peuples celtes !
Foi dans une Europe enfin réconciliée et débarrassée de ses ferments de décomposition où tous les peuples de bonne volonté pourront exprimer leur génie dans un climat de paix et de solidarité.
L’HEURE BRETONNE. » .
Une Europe « enfin réconciliée et débarrassée de ses ferments de décomposition » . Le Parti National Breton aspire à un « climat de paix et de solidarité » après avoir procédé à une épuration. Voilà une dernière fois ouvert le bréviaire néfaste des thèses idéologiques nazies. Le P. N. B. parie encore et toujours sur l’Allemagne hitlérienne.
Cette dernière édition de l’Heure bretonne titre également «Déjà un maquis anti-allié ? » ou encore, écrit ceci : « LA GUERRE. Après la bataille de Cherbourg la tentative d’invasion de l’Europe à l’Ouest est entrée dans une nouvelle phase. On s’attend à des engagements plus amples où interviendraient cette fois les réserves allemandes. Mais où ? et quand ? C’est le secret d’un Etat-Major qui, de toute évidence, n’a pas encore fait donner tous ses atouts. …Enfin, il nous paraît sage de rappeler les termes du discours prononcé le 9 novembre 1943 par le Führer : ’’…la dernière bataille sera la seule décisive. Cette bataille s’inscrira à l’actif du peuple qui, doué des plus hautes valeurs de l’âme saura saisir l’heure décisive dans la plus grande constance et le plus grand fanatisme… Cette guerre peut durer autant qu’on voudra, l’Allemagne ne capitulera jamais’’ . ».
L’article de Youenn DREZEN, rédigé en breton et signé TIN GARIOU, est situé au recto de la feuille, en partie accolé à l‘éditorial «Face à l’orage ». Et comme celui-ci, son écrit reprend le thème de la ténacité du militant breton. Ici c’est l’écrivain breton et bretonnant qui se bat pour la langue bretonne malgré les bombes, le malheur et, sans doute, de futures incompréhensions ( ? ). Mais il n’est pas question de renier quoi que ce soit. Titre et fin de l’article :
« DALC’HOMP PEG ! … Sell aze paotred a oar sellout ouzh an heol hep trellan. Kaset em eus va anv. TIN GARIOU ». ( TENONS-DUR ! … Vois ces mêmes camarades regardant le soleil sans s’éblouir. J’ai bien porté mon nom.).
Exactement au dos de l’article, on lit ceci : « Déclaration de M. Albert Speer, ministre de l’Armement du Reich. Le ministre Speer et la nouvelle arme secrète. … Cette nouvelle arme secrète
est seulement la première dévoilée de la nouvelle production allemande. … ».
Et ces armes secrètes porteront, elles, la mort.
Daniel Quillivic
Pont-l’Abbé, février 2014 et juin 2018.
1940-1944 – Youenn DREZEN – l’Heure bretonne
Les écrits révèlent les faits, ce sont des actes
Egaré, Youenn DREZEN ? Naïf de la première heure ? Crève-la-faim face à une opportunité ? Barde enjoué et rêveur sorti du Barzaz Breiz ? Chantre ossianique des légendes celtes ? — en ces années où la croix gammée sanguinolente sévissait en Europe, et en terre de Bretagne — Chevalier de la Celtitude dans une certitude d’une nécéssité à propager, vaille que vaille, hermine et hevoud au vent, une foi occulte générée dans les entrailles de l’Argoat et de l’Armor ?
Foutaises ineptes, mais colportées que voilà.
La réalité est tout autre, prosaïque et vile.
Le creuset, où Youenn DREZEN puise ses convictions profondes dévoilées en ces années noires 1940-1944 est celui où est exposé le concept, pour les êtres humains, de race à la Gobineau que popularisera en France Edouard Drumond avec son journal, La Libre Parole.
De la notion de ’’races’’ à celle de la différence morphologique réelle ou supposée, de celle-ci à la disparité culturelle, de ce constat à l’inégalité des ’’races’’, et de cette affirmation à la hiérarchisation de ce clivage sous forme pyramidale. Au sommet de ce triangle les ’’races’’ blanches, les nordiques et germaniques ainsi que les celtes dont le breton est l’une de ses composantes et, à sa base ’’primitive’’ et en ’’jachère’’ les ’’races’’ africaines et aborigènes. Prenant de la hauteur, les ’’races’’ supérieures, et au ras du sol, les incultes ’’races’’ inférieures. Et comble de l’ignominie pour l’une de ces dernières, la ’’race’’ juive accusée devant l’Eternel et pour l’éternité d’avoir livré le sauveur suprême aux clous des romains, désignée par leurs calomniateurs comme étant perverse et parasite , donc nuisible, et par là-même, contrainte par la vindicte totalitaire, en ces années sombres, d’arborer une étoile jaune sous l’index vengeur pointé vers le sol en signe de jugement définitif.
Le racisme et l’antisémitisme composent le terreau dans lequel se nourrissent les pensées, les idées, les convictions profondes de Youenn DREZEN : « … Les Bretons ont toujours du sang sous les ongles, et c’est pourquoi nous pouvons avoir confiance en l’avenir de la race. Ce n’est pas encore aujourd’hui que l’on verra des nègres, des Polonais ou des bâtards colorés levantins venir s‘approprier, sur les terrains de notre pays, des pratiques des sports délaissés par les jeunes Bretons. Tenons-dur, jeunes gars, et rien à foutre de leur sport !… Youenn DREZEN ( causerie effectuée sur Roazhon-Breizh [ Radio-Rennes ] le 24 octobre 1942. ) », [ Transcription de cette causerie intitulée LA RACE ET LE SPORT dans le magazine Arvor de Roparz Hemon, n° 104 du 10 janvier 1943, pages 1 et 4, signée Youenn DREZEN. Le texte est en breton. ] ou encore « … les galapiats parasites, grecs, russes, juifs ou français … »,[l’Heure bretonne n° 82 du 7 février 1942 ].
Et qu’on ne vienne pas ici parler de racisme ou d’antisémitisme ’’inhérent au climat de l’époque’’ comme pour banaliser le propos afin de le transformer en un argument en faveur d’un jugement emprunt de mansuétude !
NON ! Youenn DREZEN était, et reste toujours par ses écrits, un raciste, un antisémite, et d’une manière plus générale, un xénophobe intraitable, méprisant et vindicatif.
Ne nous méprenons pas, le racisme de Youenn DREZEN n’est ni de façade, ni de circonstance. Il l’a érigé en concept fondateur d’une idéologie où le Celte ( avec un C majuscule ) s’avère être un peuple supérieur et pur. En 1930, il fait paraître un ouvrage intitulé Kan da Kornog ( Chant de l’Occident ). Il s’agit d’une légende poétique. Une exaltation à la ’’race sans mélange’’, une célébration de la ’’race’’ celte pure et dominatrice. Voici ce qu’en dit l’auteur Francis Favreau : « … légende poétique — à l’idéologie discutable — de l’’’invasion de l’occident par les Celtes de Gomer’’ où d’aucuns voient des accents fascisants, influencés par l’obsession du culte italien du corps, par exemple, devenu ici celui de la beauté plastique d’une autre antiquité quasiment alternative (1) ».
Yves Le Drézen à l’état civil devient par sa propre volonté, sur les fonds baptismaux du nationalisme intégral, Youenn DREZEN. En un instant la ’’pureté de sa race’’ s’est diffusée en sa personne, l’irradiant d’une aura celtique. N’était-il pas frère Arthur en religion lors de son noviciat en 1916 et 1918 ? La table ronde et ses chevaliers étaient déjà au chevet de son ’’Occident’’.
En 1941, en pleine occupation nazie, le 14 juillet qu’il qualifiera plus tard de ’’journée de deuil’’, est l’occasion de se moquer, sur fond d’antisémitisme, du bleu, du blanc et du rouge : la France est tombée bien bas, dit-il, et ses couleurs aussi — jusqu’aux pieds de jeunes ’’morveuses’ –, lui qui ne voit la vie qu’en noir et blanc et ne jurera, en cette année 1941, que par « le drapeau gwenn ha du,, l’hermine, le hevoud, le triskèle (l’Heure bretonne n°58 du 16 août 1941) ». Il ne s’agit pas ici de l’hermine contre la croix gammée, mais bien de l’hermine avec la croix gammée, le hevoud, en langue bretonne, absolument identique à la croix nazie. Plus une goutte de sang français ne coule dans ses veines, la
France ’’dégénérée’’ n’est pas sa patrie, l’avenir sera la Nation Bretonne, avec le Parti National Breton, seul au pouvoir
en Bretagne, dans une Europe Nouvelle expurgée de ses éléments ’’impurs, abâtardis, enjuivés, latinisés’’.
Une Nouvelle Bretagne, une Nouvelle Europe façonnée par l’idéologie hitlérienne.
Il applaudit aux exploits allemands, ses navires quittant Brest à la barbe des Anglais, loue la fermeté des Irlandais face aux Alliés, expose son admiration au fascisme et à Mussolini. Le moment du tombé du rideau arrive et sa plume contribue, encore et encore, à noircir le journal l’Heure bretonne réduit à une simple feuille, et bien que le souffle semble coupé, les supputations dans ce dernier numéro ( l‘Heure bretonne n°203 du 2 juillet 1944 ), jouxtant sa propre prose, sur la capacité des armées nazies à répliquer au débarquement de Normandie sont prises en considération de manière positive, et donc salutaire, tandis que les résistants ne peuvent être que des terroristes.
Les actes de la Collaboration — comme ceux de la Résistance — pouvaient s’exprimer de différentes manières. Et la rédaction d’articles était l’un des aspects de la compromission de leurs auteurs avec l’occupant. Pour ce qui est de Youenn DREZEN le terme ’’prosélytisme de collaboration’’ est approprié.
Durant cette période, 1940-1944, Youenn DREZEN se révèle être un homme de plume et de radio raciste, antisémite, xénophobe, anti-français, collaborateur, pro-fasciste.
Ses contributions sont également publiées durant ces années dans les revues Stur du nazi breton Olivier Mordrelle (Olier Mordrel, chef du P.N.B. ), Arvor de Roparz Hemon, le journal collaborateur La Bretagne de Yann Fouéré.
N’oublions pas notre devoir de mémoire, véritable lien mémoriel entre générations, authentique passage de témoin encore rougi du sang de ces héros sur le champ de bataille, de celui de ces résistants de l’humilité et de l’honneur , torturés, fusillés, internés dans de lugubres camps de concentrations, de celui de ces juifs, hommes, femmes, enfants parqués dans de sinistres ghettos et réduits à se laisser mourir dans d’atroces souffrances, de celui qui, décrété impur, ruisselait dans les fosses des camps de la mort ou qui s’évaporait dans les noires fumées du néant. Nous souvenir de ces victimes et de ces héros est une nécessité absolue, leurs abnégations, leurs dévouements, leurs sacrifices ne peuvent souffrir une seule ombre, ce serait celle de l’outrage.
Youenn DREZEN avait parié sur la victoire de l’Allemagne hitlérienne, garante de l’avenue d’une Europe où les races ’’supérieures’’ se seraient ’’harmonieusement épanouies’’, la Bretagne indépendante y étant une entité exclusive ’’maîtrisant’’ sa propre destinée. Sa posture, ses écrits — qui sont des actes — font de lui une de ces ombres. Pour mettre encore d’avantage en lumière notre devoir de mémoire, cette ombre, sur notre espace public, se doit d’être effacée.
La démocratie française ne peut s’auto-flageller en honorant une telle personne qui s’est répandue de manière si méprisante et agressive à son égard en la vomissant au grand jour, aux côtés des barbares, fossoyeurs de toute humanité bienveillante et tolérante.
Le patronyme ‘’Youenn DREZEN’’ ne peut souiller, d’aucune façon, notre espace commun ouvert à toutes et à tous, et entretenu par nos deniers publics.
Les références de la Bretagne, terre d’accueil, sont celles du respect et de la fraternité.
(1) Francis Favereau, Anthologie de la littérature Bretonne au 20ème siècle, tome 2, 1919-1944, SKOL VREIZH, 2003.
Daniel QUILLIVIC
Pont-l’Abbé, juin 2018.
TABLE DES MATIÈRES
Ecrivain et journaliste engagé ……………………………………………………………………….. 1
Youenn DREZEN à l’Heure bretonne
l’Heure bretonne ……………………………………………………………………………………….4
- Soutien à l’Allemagne nazie …………………………………………………………………..6
- Culte des chefs et décorum …………………………………………………………………….7
- Idéologie raciale ……………………………………………………………………………………8
- Antisémitisme ……………………………………………………………………………………….8
- Délation ……………………………………………………………………………………………….9
Quelques articles de Youenn DREZEN publiés dans l’Heure bretonne
- 30 novembre 1940 … Le patrimoine des bretonnants………………………………….13
- 22 février 1941 Ar foot ball kapouchou………………………………………………. 13
- 21 juin 1941 Notre Dame des Carmes ………………………………………………… 14
- 16 août 1941 Les filles aux pieds tricolores ……………………………………………15
- 20 décembre 1941 Un grand Congrès des militants du P.N.B. …………………………17
- 17 janvier 1942 Le Nouvel An …………………………………………………………….21
- 7 février 1942 FRANCE-LA-DOULCE ………………………………………………..23
- 28 février 1942 Scharnorst, Gneisenau et tous les autres ou l’homme aveugle ………..24
- 16 mai 1942 A Nantes, avec l’Institut Celtique en congrès ……………………………25
- 6 juin 1942 Première réunion générale de l’AMICALE des AUTEURS BRETONS. ..27
- 13 juin 1942 Monsieur Bimbochet en Bretagne ………………………………………28
- 20 juin 1942 Ils sont en train de venir … quels avaleurs de crapauds ………………..32
- 18 juillet 1942 Ainsi réveillé, ’’O, lo, lé !’’ …………………………………………..33
- 25 juillet 1942 … Il n’y a plus de serpents de mer ……………………………………33
- 3 octobre 1942 A travers ’’Les Décombres’’ ………………………………………….34
- 19 février 1943 Gribouille …………………………………………………………………35
- 5 mars 1943 Lorient et l’incendie funeste des Anglais ………………………………..35
- 4 avril 1943 Suzy SOLIDOR …………………………………………………………….36
- 25 juillet 1943 14 juillet et 28 juillet …………………………………………………..36
- 15 août 1943 Un homme et son pays …………………………………………………..37
- 28 novembre 1943 Notre Dame Bigoudenn ………………………………………….. 38
- 12 mars 1944 Français ? N’importe qui ! ………………………………………………39
- 26 mars 1944 La Droite Irlande …………………………………………………………..40
- 23 avril 1944 Confidences, petits propos, manières de dire … L’étoile jaune………. 41
( quotidien La Bretagne )
- 30 avril 1944 A travers les Revues bretonnes…Le théâtre allemand…………………..43
- 2 juillet 1944 TENONS-DUR ! ………………………………………………………….44
- Les écrits révèlent les faits, ce sont des actes……………………………………………..46
- Reproduction du dernier n° de l’Heure bretonne, le n° 203 du 2 juillet 1944….………48/49
- Traduction complète en français du dernier article de Youenn Drezen (n°203)………….50
- Itron Varia Garmez/Notre Dame Bigoudenn, étude………………………………….I à XIV