En s’entêtant à servir les puissances d’argent jusqu’à sa mort politique, le pouvoir Macron a ouvert une crise de régime inédite. Elle place l’extrême droite en solution de recours autoritaire pour certaines fractions de la bourgeoisie française.
En 2024, le Nouveau Front populaire a permis un sursaut républicain. Cela a empêché l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir sans arrêter pour autant sa progression électorale et idéologique, ni parvenir à imposer à Emmanuel Macron un gouvernement de gauche et une autre politique.
La succession de gouvernements, 49.3, motions de censure, sans qu’apparaisse une issue parlementaire, mine la confiance dans la représentation politique. Les institutions de la Ve République sont à bout de souffle.
La crainte face à l’avenir, le recul du sentiment partagé d’appartenance à une communauté nationale, la sensation d’abandon des classes populaires, la crise des services publics, concourent au recul de l’universalisme républicain et à la montée des replis identitaires.
Le déclassement social et international du pays a affaibli les solidarités, généré du fatalisme et du repli. Les politiques conduites par les gouvernements et les entreprises ont creusé les divisions entre les travailleurs.
Elles opposent les chômeurs aux précaires, les statutaires soumis à l’intensification du travail aux travailleurs fragmentés en petites unités, les travailleurs nationaux aux travailleurs étrangers, les salariés des sous-traitants à ceux des donneurs d’ordres, ceux de la production à ceux de la distribution, ou encore les employés
du public à ceux du privé.
Ces clivages s’étendent aussi entre les générations d’actifs, selon leur niveau de diplôme ou leur reconnaissance professionnelle. Les sur-exploitations fondées sur des critères sexistes et racistes servent à exercer une pression à la baisse sur les salaires et l’emploi de l’ensemble des travailleurs.
À cela s’ajoutent l’individualisation des objectifs et des qualifications, ainsi que la généralisation du management algorithmique, qui achèvent de morceler le monde du travail.
En affaiblissant la conscience de classe, ces politiques économiques et sociales ont alimenté directement l’extrême droite, qui pointe ces divisions non pas pour les dépasser, mais pour désigner des boucs-émissaires et protéger la classe capitaliste.
Cela peut conduire à des tentations de repli chauviniste en France, en espérant qu’un pouvoir autoritaire protège : c’est non seulement vain dans une économie mondialisée, mais ce sont les mêmes nationalistes d’extrême droite qui sont les serviteurs du trumpisme.
L’extrême droite profite pleinement de cette situation. S’appuyant sur de grands groupes multimédias et se déployant sur les réseaux sociaux, elle se dédiabolise et gagne en influence.
Elle se présente comme seule défenseure des catégories populaires.
En réalité, elle porte, en direction de la bourgeoisie, une solution au
toritaire de sortie de la crise française. Ses propositions tournent le dos aux urgences sociales comme aux exigences de la transition écologique.
Pour le seul bénéfice du capital, son discours raciste et suprémaciste oppose entre eux les différents secteurs du monde du travail.
L’extrême droite se nourrit aussi de l’ordre patriarcal et alimente des mouvances masculinistes. Dans les pays où elle accède au pouvoir, il s’en suit systématiquement un recul historique des droits des femmes.
En France, moins de dix ans après #MeToo, cette offensive idéologique produit une remise en question de l’égalité et des droits des femmes, avec une évolution particulièrement inquiétante chez les jeunes générations.
Sa conception identitaire de la nation représente un changement de régime, un grave danger pour la République. Une victoire du Rassemblement National libérerait encore plus l’expression du racisme et des logiques de stigmatisation, elle favoriserait la remise en cause des libertés publiques et syndicales et conduirait à une volonté de museler les forces politiques de gauche et de progrès.
S’il l’emportait en 2027, il chercherait immédiatement à faire adopter un projet de révision constitutionnelle instaurant la “préférence nationale”, imposant au pays un système de ségrégation ethnique.
Pour livrer ces assauts, le capital s’est appuyé sur les gouvernements de droite. D’autres se réclamant de la gauche ont, eux aussi, joué des mécanismes de division sociales à l’appui des politiques de l’Europe capitaliste pour imposer des attaques sans précédent contre les travailleuses et travailleurs notamment avec le
cycle de lois “travail” initiés avec El-Khomri – sous Hollande, et prolongés sous Macron.
Au nom d’un pseudo-réalisme économique et d’une crédibilité institutionnelle, une partie de la gauche demeure prisonnière d’une politique qui refuse de rompre clairement avec ce passif. Cette logique est plus intenable que jamais dans la nouvelle étape de la crise du capitalisme.
De plus, la proposition décroissante dogmatique, moralisatrice et multipliant les injonctions individuelles éloigne tout autant d’une perspective d’émancipation.
Le point cardinal du défi de la gauche est d’unir les catégories populaires. C’est seulement sur des perspectives transformatrices au service du monde du travail qu’elle pourra gagner à nouveau.
De ce point de vue, en organisant des oppositions entre peuple et élite, entre centre et périphérie, entre quartiers populaires et France des pavillons, en agrégeant des demandes diverses, comme autant de parts de marché électorales, en donnant la priorité aux affects, la gauche s’éloigne du renforcement d’une conscience de classe.
De la même manière, les discours communautaristes, les outrances flirtant parfois avec l’antisémitisme, divisent tous ceux et toutes celles qu’il faudrait unir dans le combat pour le dépassement du capitalisme.
Acter des divisions entre travailleurs, de l’affaiblissement historique du mouvement ouvrier organisé et des forces de gauche, c’est renoncer au rassemblement de notre classe et à l’édification d’une dynamique majoritaire en capacité d’inverser le rapport de force, condition indispensable pour faire face à la progression de l’extrême droite et ouvrir un chemin d’espoir.
Par ailleurs, une conception verticale du changement largement déléguée à des représentants institutionnels, en particulier à la figure présidentielle, décrédibilise les possibilités transformatrices de l’implication populaire.
La conquête électorale de l’appareil d’État restera infructueuse sans penser la conquête du pouvoir sur la production et l’affranchissement de la société de l’emprise du capital.
La gauche restera structurellement minoritaire, en rupture avec sa base sociale historique sans intervention populaire agissante.
Ce d’autant que le mouvement social a été puissant ces dernières années sous des formes diverses. Bien sûr il s’est heurté à des oppositions patronales et politiques féroces. Il a cependant permis l’expression de l’affrontement de classe avec des victoires sur les salaires dans de nombreuses entreprises ou encore un mouvement
sur les retraites devenu majoritaire dans le pays.
S’il n’a pas empêché la réforme, il a définitivement mis en minorité le pouvoir Macron. Il a contribué à la prise de conscience populaire de droits à défendre et caractérisé le pouvoir d’agir d’une classe en soi.
Face à cela, le pouvoir politique, à l’appui des puissances d’argent, a réagi par la coercition depuis les lois “travail”, avec une répression syndicale d’une ampleur inédite : la seule CGT comptabilise un millier de syndicalistes menacés par la justice ou le patronat, jusqu’à ses premiers dirigeants et la secrétaire générale elle-même jetée devant les tribunaux par une organisation patronale.
Le PCF réaffirme le rôle incontournable des luttes dans la construction d’une majorité populaire agissante et la nécessité d’un travail complémentaire des organisations syndicales et politiques dans le respect du rôle et de la souveraineté de chacun.
Les obstacles rencontrés par le mouvement syndical comme l’affaiblissement du PCF participent des difficultés à faire gagner un projet politique révolutionnaire porté en commun contre la classe capitaliste.
Pour les forces de gauche, l’enjeu n’est pas de se partager une part du marché électoral plafonnant à 30%.
Il s’agit avant tout de reconstruire une base sociale solide. Cela passe par deux actions essentielles : rendre visibles et compréhensibles les intérêts opposés entre les travailleurs et la classe capitaliste ; construire des convergences et forger une conscience de classe entre les différentes catégories de travailleurs.
C’est une nécessité de reconstruire un projet politique, articulant les enjeux du monde du travail, de l’environnement et des progrès scientifiques et technologiques, capable de parler à la majorité sociale ayant un intérêt commun, de proposer une perspective de transformation crédible, progressiste.
Sans ce travail de fond, toute recomposition restera fragile et incapable de disputer le pouvoir à la droite et à l’extrême droite lors des échéances de 2027 et au-delà.
Le risque n’est pas seulement la victoire de l’extrême droite et l’échec de la gauche en 2027 mais sa marginalisation durable dans le champ politique.
Un communisme de conquêtes. -extrait –
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