Un électorat près à voter contre ses intérêts.
Comment le lui faire comprendre ?
Certainement pas en lui proposant un homme providentiel, un Zorro usagé, éternel perdant. Cela pourrait même produire l’effet inverse.
Ni Dieu, ni César, ni tribun !
Mais en lui donnant des perspectives, de l’espoir.
10 propositions pour reconquérir l’électoral populaire RN
et un point de vue à discuter :
COMMENT RASSEMBLER À GAUCHE POUR COMBATTRE LE FASCISME 2.0
UNE CRISE POLITIQUE QUI DÉPASSE LES QUESTIONS D’ALLIANCES
Le débat qui traverse aujourd’hui la gauche française est largement déconnecté de la profondeur de la crise historique que nous vivons.
On discute des alliances, des investitures, des candidatures présidentielles, du nombre de sièges obtenus par telle ou telle formation politique. Mais ces questions, bien réelles, restent secondaires par rapport à l’enjeu central : pourquoi des millions d’électeurs populaires ont-ils quitté la gauche pour rejoindre le Rassemblement national ?
Cette question ne peut être comprise qu’en la reliant aux transformations profondes du capitalisme contemporain.
Depuis plusieurs décennies, la mondialisation capitaliste, la financiarisation de l’économie, les délocalisations industrielles et l’affaiblissement des services publics ont désorganisé le monde du travail. Des territoires entiers ont été fragilisés. Les solidarités collectives ont reculé. La précarité est devenue une expérience de masse.
LE BASCULEMENT DU MONDE ET LES RÉPONSES DES CLASSES DIRIGEANTES
Dans le même temps, le centre de gravité de l’économie mondiale se déplace progressivement vers l’Asie et vers un monde multipolaire dont la Chine constitue aujourd’hui l’expression la plus avancée. Cette évolution remet en cause une domination occidentale vieille de plusieurs siècles.
Face à ce déclin relatif, les classes dirigeantes occidentales cherchent à préserver leur position dominante. Elles ne répondent pas aux difficultés sociales par davantage de démocratie économique ou par une réindustrialisation planifiée ; elles organisent au contraire une mise en concurrence toujours plus brutale des travailleurs, des territoires et des nations.
LE FASCISME 2.0 COMME RÉPONSE DU CAPITALISME EN CRISE
C’est dans ce contexte qu’émerge ce que l’on peut appeler un fascisme 2.0.
Il ne prend pas nécessairement la forme des fascismes du XXe siècle. Il se développe à travers l’affaiblissement des protections collectives, la banalisation des inégalités, la fragmentation sociale et la désignation permanente de boucs émissaires. Sa fonction demeure pourtant identique : détourner la colère populaire des véritables causes des crises.
Le Rassemblement national prospère précisément sur ce terrain.
Son électorat est composé en grande partie de salariés, d’ouvriers, d’employés, de retraités modestes, de jeunes précaires et d’habitants de territoires abandonnés. Autrement dit, de catégories qui constituaient historiquement le socle du mouvement ouvrier et de la gauche populaire.
RECONQUÉRIR LES ÉLECTEURS POPULAIRES PLUTÔT QUE SE DISPUTER LES ÉLECTEURS DE GAUCHE
C’est pourquoi la question stratégique centrale n’est pas de savoir comment redistribuer les voix déjà présentes à gauche.
Si une formation de gauche prend un million de voix aux autres formations de gauche, le rapport de force global ne change pratiquement pas.
En revanche, si les communistes, voire d’autres forces de gauche réussissent à reprendre un million de voix au RN, alors le rapport de force national est profondément modifié.
La priorité stratégique devrait donc être claire : reconquérir les couches populaires qui ont basculé vers l’extrême droite.
Cette reconquête suppose d’abord un changement de méthode.
On ne reconquiert pas les électeurs du RN en les insultant ou en les considérant comme définitivement perdus. On les reconquiert en comprenant les raisons matérielles de leur colère et en apportant des réponses concrètes à leurs difficultés.
RECONSTRUIRE LE MONDE DU TRAVAIL COMME FORCE COLLECTIVE
Le combat contre le RN ne peut donc pas être seulement moral. Il doit être social, économique et politique.
Il doit parler d’emploi, d’industrie, de salaires, de logement, de transports, d’école, de santé, de sécurité du quotidien et de souveraineté économique.
Mais il doit également dépasser l’échéance électorale.
Car la progression de l’extrême droite est d’abord le symptôme d’une désorganisation du monde du travail. Tant que les salariés resteront dispersés, isolés et privés de perspectives collectives, les forces de division continueront à progresser.
La tâche historique des communistes n’est donc pas seulement de préparer une élection. Elle est de reconstruire une conscience collective dans le monde du travail, de créer des cellules communistes, de renforcer les syndicats, les associations, toutes les formes d’organisation et d’éducation populaire qui permettent d’éclairer les enjeux.
Autrement dit, la bataille contre le RN ne sera gagnée ni dans les plateaux de télévision ni dans les négociations d’appareil.
Elle sera gagnée si les communistes redeviennent présents dans les entreprises, les quartiers populaires, les villages, les services publics, les lieux d’étude et partout où vivent ceux qui produisent les richesses du pays.
POURQUOI UNE CANDIDATURE COMMUNISTE À LA PRÉSIDENTIELLE EST NÉCESSAIRE
Dans cette perspective, la question de la candidature communiste à l’élection présidentielle prend une signification particulière.
Il ne s’agit pas d’une question d’identité partisane ou de témoignage politique. Il s’agit d’un choix stratégique de reconquête populaire.
Depuis plusieurs années, une partie importante des catégories populaires ne se reconnaît plus dans les discours de la gauche traditionnelle. Beaucoup s’abstiennent. D’autres se tournent vers le Rassemblement national en pensant exprimer ainsi leur colère contre les politiques qui ont accompagné la désindustrialisation, la précarisation du travail et l’abandon des territoires.
Or ces électeurs ne reviendront pas spontanément vers la gauche à travers des accords d’appareil ou des compromis programmatiques élaborés entre directions politiques d’autant plus qu’ils ont été profondément déçus par des politiques dites de gauche qui ont épousé le libéralisme.
Ils reviendront si une force politique parle à nouveau clairement du travail, de l’industrie, des salaires, des retraites, des services publics, de la souveraineté économique et de la maîtrise démocratique des choix industriels et soit capable d’une analyse du monde qui démontre que le capitalisme impérialiste de type libéral ou fasciste ne peut que conduire aux pires difficultés, que la solution passe par le socialisme qui est la nécessité impérieuse pour notre pays de s’approprier les grands moyens de production stratégiques actuellement dans les mains des capitalistes et de conquérir droits nouveaux pour les travailleurs.
Une candidature communiste peut précisément porter cette ambition.
Elle permet de remettre au centre du débat national les questions de classe souvent reléguées au second plan. Elle permet d’aller chercher les électeurs là où ils vivent et travaillent, y compris dans les territoires où le RN réalise aujourd’hui ses meilleurs scores. Elle permet de mener une campagne tournée vers ceux qui ne votent plus à gauche plutôt que vers les seuls électeurs déjà convaincus.
L’objectif n’est pas d’affaiblir les autres forces de gauche ni de fragmenter davantage leur électorat.
L’objectif est d’élargir le camp populaire en reconquérant celles et ceux qui se sont éloignés de la gauche ou qui s’apprêtent à voter pour le RN faute de perspective crédible.
Une candidature communiste n’aurait donc de sens que comme instrument de reconquête populaire, d’organisation du monde du travail et de reconstruction d’un bloc majoritaire capable d’affronter simultanément le pouvoir de la finance, les logiques du capitalisme mondialisé et les dérives du fascisme 2.0.
RECONSTRUIRE UN BLOC POPULAIRE MAJORITAIRE
Le véritable enjeu n’est pas de savoir comment additionner les forces de gauche existantes qui sont si faibles qu’elles ne peuvent prétendre l’emporter.
Le véritable enjeu est de reconstruire un bloc populaire majoritaire capable de faire reculer simultanément le capitalisme financiarisé, le fascisme 2.0 et l’extrême droite qui en constitue l’une des expressions politiques la plus menaçante.
C’est seulement à cette condition que la gauche retrouvera une perspective de victoire durable et que le communisme redeviendra une force historique agissante plutôt qu’une simple force électorale parmi d’autres.
Jean-Paul LEGRAND
06/06/2026
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